LIVRE PREUIEU
hommes, y compris les huit mille dont se composait le corps d'armée du prince Christian, et les dix mille Hon* grois envoyés par Bethlen Gabor. Une excursion de l'électeur de Saxe dans la Lusace priva les Bohémiens des secours qu'ils attendaient de ce côté, et là pacification de TAutriche détruisit les espérances qu'ils avaient fondées sur ces provinces. Belhlen Gabor était décidé à borner ses secours aux dix mille hommes qu'il avait envoyés, et V Union évangélique s'était réconciliée avec Tempereur.
Il ne restait donc au roi de Bohême d'autres ressources que le courage et le dévouement de ses sujets, qui malheureusement en montraient fort peu. Les grands surtout voyaient avec dépit qu'on leur préférait les généraux allemands; et déjà le comte de Mansfeld s'était éloigné du quartier général, et campait inactif, avec son corps d'armée, dans les environs de Pilsen, uniquement pour ne pas servir sous les ordres des pnnces d'Anhalt et de Hohenlohe. Les soldats, qui manquaient du nécessaire, pillaient à travers les campagnes et mettaient le comble à l'indignation du peuple. En vain Tinfortuné Frédéric vint-il s'établir dans son camp; son exemple n'exerçait plus aucune influence sur la noblesse, qui s'était retirée dans ses châteaux, et sa présence ne pouvait ni ranimer le courage de ses sol- * dats, ni ranienet* la discipline dans Tarmée.
Les Bohémiens s'étaient fortifiés sur la montagne Blanche, près de Prague; ce fut là, que l'armée impériale bavaroise vint les attaquer, le 8 novembre 1620. Au début de la bataille, la cavalerie du prince d'Anhalt eut l'avantage, mais elle fut écrasée par le nombre; les Bavarois et les Wallons enfoncèrent la cavalerie hongroise, l'infanterie bohémienne faiblit, et bientôt la dé route devint si générale, que les troupes allemandes elles-mêmes se trouvèrent entraînées. Toute l'artillerie,
qui au reste ne se composait que de dix canons, tomba au pouvoir de l'ennemi, et plu$ de quatre mille Boliémiens périrent dans cette bataille d'une heure , qui n'avait coûté aux Impériaux que quelques centaines d'hommes.
Ne s'attendant pas à être attaqué sitôt, Frédéric donnait ce jour-là un grand repas , et tandis que ses soldats mouraient pour lui, il était à table! Un messager vint l'en faire sortir en lui apprenant ce qui se passait sur la montagne Blanche, et du haut des rem« parts de son châtetiu il put contempler ce spectacle sanglant. Incapable de prendre à l'instant môme une résolution, il sollicita une trêve de vingt-x]uatre heures; mais il ne put en obtenir que huit, dont il profita pour quitter la ville pendant la nuit. La reine et ses principaux officiers le suivirent dans cette fuite, qui se fit avec tant de précipitation, que le prince d'Anhalt oublia sa correspondance secrète, et Frédéric sa couronne !
Ce malheureux roi venait enfin d'apprécier sa position, et toutes les. consolations qu'on s'emoressait de lui offrir ne purent modérer sa douleur.
« Je viens d'apprendre à me connaître, dit-il, et je c sais maintenant qu'il est des vertus que le malheur « seul peut enseigner aux princes. Oui, le malheur seul c peut dompter notre orgueil et nous contraindre à « ne nous estimer que pour ce que nous sommes en c effet. »
Malgré la fuite de Frédéric et de ses principaux officiers, Prague n*ctait pas perdue encore; Mansfeld, qui n'avait pris aucune part à la bataille, pouvait venir au secours de cette ville; Bethlen Gaborjwuvait recommencer ses hostilités contre l'empereur, et le contraindre ainsi à envoyer une partie de ses forces en Hongrie ; les Bohémiens pouvaient, par une nouvelle levée, réorganiser leur armée; la rigueur de la saison, le manque de vivres, et