‹ Poésies de SchillerChapitre 157 sur 258 · LIVRE PREMIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEU

les maladies qui en étaient la suite, pouvaient enfin démoraliser et anéantir Tarmée impériale. Mais les craintes du moment aveuglaient Frédéric sur les ressources que l'avenir lui offrait, et il ne put se résoudre à tenter encore une fois la fortune; il poussa même la défiance contre les Bohémiens, qui l'avaient élu leur roi, et pour lesquels il avait été pendant plusieur3 mois un objet d'idolâtrie, jusqu'à les croire capables de le livrer à Fempereur, afin d'acheter ainsi le pardon de ce mo^ narque irrité et vainqueur.

Ne se croyant pas assez en sûreté à Breslau, où il avait d*abord cherché un refuge, il se rendit à la cour de rélecteur de Brandebourg, et finit par se retirer en Hollande..

Le comte de Thurn et tous les chefs des rebelles ne jugèrent pas à propos d'attendre leuf châtiment; ils pas* sèrent d'abord en Moravie, et -allèrent ensuite chercher un refuge au fond de la Transylvanie. La bataille de la montagne Blanche avait décidé du sort de la Bohême; le lendemain Prague se rendit, et toutes les autres villes ouvrirent successivement leurs portes; les représentants des états prêtèrent foi et hommage à l'empereur, sans aucune condition, et la Moravie et la Silésie imitèrent cet exemple.

Trois mois s'étaient ccoujés sans que Ferdinand eût fait une seule démarche annonçant des projets de vengeance contrôles auteurs de la révolte; ^ussi la plupart des chefs, rassurés par cette amnistie tacite, avaient-ils repara à Prague; mais l'orage éclata tout à coup. Le même jour et à la même heure, quarante-huit seigneurs bohémiens furent arrêtés et traduits devant une cour martiale; vingt-sept d'entre eux périrent sur Téchafàid, un grand nombre d'hommes du peuple eurent le même sort. Les chefs absents furent sommés de se présenter, et comme pas un ne répondit à cet appel, ils furent dé-

clarés coupables du crime de lèse-majesté et exécutés en effigie. La confiscation frappa tous les seigneurs condamnés, quel que fût le degré de leur culpabilité; elle n'épargna pas même ceux qui avaient cessé de vivre long» temps avant le triomphe de l'empereur.

Cette tyrannie cependant ne fit pas trop crier, parce qu'elle ne tombait que sur des individus isolés ; et parce que les dépouilles des uns enrichissaient les autres. Il n'en fut pas de même d'une autre mesure qui frappa le royaume entier. D'après cette mesure, toutes les églises protestantes furent fermées, les ministres de ce culte chassés hors du royaume ; et dans une séance solennelle des états, Ferdinand II déchira lui-même la Lettre impériale et en brûla les morceaux et les cachets. Bientôt il ne resta plus rien aux Bohémiens de leur ancienne liberté religieuse. Malgré toutes ces violences, qui annulaient des droits authentiques accordés par ses prédécesseurs, Ferdinand n'osa changer la constitution politique de la Bohème. Se bornant à priver les Bohémiens de la liberté de la conscience et de la pensée, il leur laissa généreusement celle de se taxer eux-mêmes pour le payement des contributions.

La victoire de la montagne Blanche avait rendu à l'empereur tous ses Éf^ts héréditaires ; il y jouissait même d'un pouvoir plus illimité qu'aucun de ses prédécesseurs, car partout la prestation de serment de fidélité s'éiait faite sa*ns condition; et la Lettre impériale qui limitait son autorité en Bohême était anéantie. Il avait donc atteint, surpassé tout ce qu'il lui était permis d'espérer, et l'instant était venu de congédier ses alliés et de licencier une partie de ses troupes. S'il n'avait été guidé que par la justice, la guerre eût été terminée; et s'il avait écouté la voix de l'humanité, sa vengeance eût été satisfaite. L'avenir de l'Allemagne tout entière était entre ses mains ; et le bonheur ou la misère de plusieurs

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