LIVRE TROISIÈME
les Suédois, l'archevêque de Wurlzbourg avait entamé des négociations avec le roi, dans le seul but de donnei à Tilly le temps de venir à son secours. Ce généralissimè, qui avait renforcé son armée par les garnisons de la basse Saxe et par sa jonction avec les troupes des généraux Altringer et Fugger, brûlait du désir d'effacer la honte de sa défaite par une victoire éclatante , aussi attendait- il avec une vive impatience la permission d'attaquer le roi de Suède; mais la Ligue j qui par des efforts pénibles venait de réorganiser une armée, sentait qu'il lui serait impossible de la remplacer une seconde, fois si elle venait k être détruite. Maximilien persista donc à refuser de conGer tout l'avenir de son parti au hasard d'une bataille.
En recevant Tordre qui le condamnait de nouveau à
l'inaction, le vieux général versa des larmes de honte
et de désespoir, tandis que Gustave-Adolphe profita
de la prudence craintive de la Bavière pour étendre
et fortifier ses conquêtes. L'arrivée de douze mille
Lorrains au camp impérial avait encore augmenté
rarmée du généralissime, et il lui eût été facile de
sauver du moins l'archevêché de Wurtzbourg; mais
il ne reçut la permission de le secourir que lorsqu'il
était déjà tombé au pouvoir des Suédois. La nécessité
d^évitcr une bataille paralysait d'avance toutes ses
opérations; et il ne parvint que fort rarement à leur
disputer momentanément la possession de quelques
places fortes. Après avoir vamement essayé de jeter un
renfort dans la* ville de Hanau, il passa le Mein, près
de Seligenstadt, et prit la route de Berg, afin de garantir
le Palatinat d'une invasion suédoise.
Ca fut à cette même époque que le duc Charles de Lorraine osa attaquer Gustave -Adolphe. Ce prince, célèbre par l'inconstance de son caractère, la témérité de ses projets et les revers qu*il s'attirait sans cesse»
ambitionnait depuis longtemps le titre d'électeur. Pour robtenir, il s'était fait le champion zétë de Ferdinand 11, et avait poussé le dévouement à la cause de ce monarque jusqu'à s'attirer l'inimitié de la France. Aussi, {tendant qu'il poursuivait sur une terre étrangère la couronne électorale^ fantôme brillant qui fuyait sans cesse devant lui y» les troupes françaises étaient venues prendre possession de ses États.
Mais cette catastrophe, loin de lui ouvrir .les yeux sur ses véritables intérêts, augmenta son .ardeur pour la cause de Ferdinand, qui lui accorda fort gracieusement, la permission d'imiter les autres princes de la Ligue^ei d'achever sa ruine en épuisant ses dernières ressources pour travailler à la gloire et à la puissance de la maison d'Autriche. Enivré par les promesses dont l'empe» reur avait accompagné cette permission, il était parvenu à lever une armée de dix-sept mille hommes, qu'il conduisit lui-même contre Gustave-Adolphe.
L'expérience et la discipline manquaient entièrement à ces troupes; mais l'éclat de leur uniforme attirait tous les regards, et si jamais l'ennemi n'eut occasion de s^apercevoir de. leur humeur belliqueuse, elles en donnèrent des preuves peu aimables aux paisibles bourgeois qu'elles étaient appelées à défendre. Une armée si bien parée et animée d'un pareil esprit ne pouvait lutter longtemps contre Tintrépide valeur des Suédois ; une seule charge de cavalerie suffit pour dissiper plusieurs régiments; une terreur panique s'eoK para des autres, qui cherchèrent au delà du Rhin un refuge contre les indomptables guerriers du Nord. Honni par les Allemands, méprisé par tout le monde, le duc Charles s'enfuit en Lorraine en passant par Strasbourg.
Après l'avoir ainsi chassé du champ de bataille, Gustave-Adolphe lui fit demander le motif qui l'avait