LITRE TROISIÈME
poussée une entreprise aussi extravagante, et le pauvre duc de Lorraine s'estijna heureux de pouvoir apaiser la colère du vainqueur, en lui écrivant une lettre fort humble, par laquelle il lui demandait pardon de l'erreur dans laquelle il avait été entraîné par la fougue de son caractère. On assure que, pendant saiuite, il fut rencontré et reconnu pai^ un paysan des bords du Rhin» qui frappa de son bâton le cheval qu*il montait, et lui cria en ricanant :
c Alerte, alerte, monseigneur! il faut courir plus vite que ça quand on décampe devant le grand roi de Suède. »
Instruit par le funeste exemple de son voisin de Wurtzbourg, Tévéque de Bamberg se promit de le sur* passer en adresse et en perfidie. Comme lui, il voulait gagner du temps, afin que les troupes impériales pus-^ sent venir à son secours. A cet effet, il affecta une soumission complète, et fit des propositions de paix, que Gustave-Adolphe, trop loyal pour deviner facilement les ruses de ses ennemis, accueillit avec bienveillance. Il se montra d'autant plus modéi-é dans ses prétentions, qu'il regardait le temps consacré à la conquête du Bamberg,. comme pouvant être employé plus utilement dans les provinces des bords du Rhin, vers lesquelles il se dirigea .aussitôt. Sa confiance en la sincérité du prélat lui fit perdre les contributions qu'il en aurait obtenues sans peine, pendant qu'il occupait ses villes et ses forteresses, qui, immédiatement après son départ, s'ouvrirent pour recevoir des garnisons «impériales. Le triomphe de révèque fut de courte durée : un des généraux suédois resté en Franconie se chargea de le punir ; et son terri* toire, devenu le-théâtre d'une lutte sanglante, éprouva toutes les horreurs de la guerre, car les amis et les ennemis le dévastèrent à l'envi.
Débarrassés de la contrainte que leur imposait la présence des troupes impériales, et rassurés surtout par
la générosité et la justice du roi de Suède, la noblesse, la bourgeoisie, et les représentants des étals de la Franconie se déclarèrent en sa faveur, e( Nuremberg se plaça solennellement sous sa protection. Un manifeste adressé à Tordre de la chevalerie, et dans lequel Gustave-Adolphe poussa, la condescendance jusqu*à expliquer les motifs par lesquels il s'était cru autorisé à se permettre d*entrer à main armée en Franconie, acheva de lui gagner l'affection sincère de cet ordre; et la scrupuleuse probité de ses soldats dans leurs relations avec les bourgeois. et les paysans, lui valut des dons - volontaires qui Grent régner l'abondance dans son camp. Enfin , Testime et la confiance qu'il avait su inspirer furent telles , que toute la jeunesse accourait en foule sous son drapeau, au premier roulement de tambour d'un de ses recruteurs. Aussi fit-il la conquête d^ la Franconie en moins de temps qu'un voyageur n'en eût mis à la visiter.
Confiant à Gustave Horn , un de ses meilleurs généraux, le soin de veiller, avec huit mille hommes, à la conservation de ses conquêtes, il conduisit lui-même le gros de son armée sur les bords du Rhin, afin de garantir cette frontière de l'Empire contre les Espagnols* et de puiser dans ces riches contrées de nouvelles ressources pour la continuation de la gueiTe. Suivant le cours du]ifein,il soumit Sebgenstadt^Aschafienbourg, Steinheim, et toutes les provinces des deus rives. Les garnisons autrichiennes l'attendaient rarement, et jamais elles ne lui résistaient au delà de quelques jours. Un colonel suédois réussit, par une ruse adroite, à s'emparer de la ville et de la citadelle de Hanau, dont U conservation était si importante pour le général Tilly. Le souverain de ce comté, heureux d'être débarrassé de U soldatesque frénétique qui se prétendait son alliée, se soumit aussitôt à la domination plus douce des Suédois.