LITRE TROISIÈME
Après ces divers succès , Gustave-Adolphe chercha à se rendre mailrc de Frsincfort-sur-le-Mein. Dès son arrivée en Saxe, il avait entamé des négociations avec cette ville, Tune des premières de TEmpire ; se sentant assez fort pour tenir un langage plus déterminé, il la fit sommer de lui livrer passage et de recevoir une garnison suédoise. Cette sommation mit la ville dans une aller-
native cruelle. Toutes ses prospérités tenaient à ses franchises commerciales et à Téclat de ses foires-, avantages que Ferdinand II ne manquerait pas de lui enlever, si un revers quelconque mettait le roi de Suède dans rimpossibililéde la protéger; mais sa fidélité à la cause impériale pouvait aussi lui devenir funeste , en l'exposant à la vengeance d'un vainqueur prêt avenir camper sous ses remparts. Dans cette extrémité, elle envoya audevant de Gustave-Adolphe une députation chargée de lui expliquer le véritable motif dé ses hésitations. Ce monarque la reçut avec une surprise mêlée de dédain :
« Je suis très-étonné, dit-il, d'apprendre que la ville « de Francfort tient beaucoup plus à ses richesses qu'aux € devoirs que lui imposent la religion et la patrie; et il « est fort peu honorable pour elle de parler de ses bou- € tiques et de ses foires, quand il s'agit de la liberté de € l'Allemagne et de l'avenir de la réformation. Au reste, « depuis l'île de Rugen jusque sur les bords du Rhin , « j'ai trouvé les clefs de toutes les forteresses ; je saurai € bien aussi trouver celles de Francfort. C'est pour le
bonheur de l'Allemagne et pour l'indépendance de la
religion protestante que je combats; aucun obstacle € ne m'arrêtera, car j'ai la conscience *de la justice et c de la noblesse de ma cause. Je le vois bien, ajoutà-t-il, c les habitants de Francfort croient qu'il suffit de me « tendre un doigt; mais il me faut la main tout entière : I à cette condition seulement je les protégerai. »
Et suivant de près la députation , il arriva presque
aussitôt qu'elle aux portes de la ville, où, à la tête de son armée rangée en bataille, il attendit la dernière décision du conseil. Rassurés par cette attitude menaçante, qui, au besoin, ne pourrait manquer de leur servir d'excuse auprès de l'empereur, les magistrats de Francfort ouvrirent leurs portes, et le 4X)i fit son entrée dans la ville impériale avec une pompe imposante et un ordre admirable. Le soir du même jour, il entra sur le territoire de Mayence, où, avant la nuit, il se rendit maître de la ville de Hœchst.
Pendant que Gustave-Adolphe faisait ainsi de brillantes conquêtes sur le Mein, ses généraux et ses alliés furent tous aussi heureux dans le nord de l'Allemagne. Dirigé par le général Tott, Jean- Albert, duc de Mecklembourg, reprit {tostock, Wismar et Doemitz, les seules places fortes du duché qui fussent encore restées au pouvoir des Impériaux. L*évêché de Halberstadt, dent les Suédois s'étaient empairés immédiatement après la bataille de Leipzig, resta en leur possession, malgré les eiïorts constants des ennemis pour les en chasser.
Le même succès les attendait sur le territoire de Mag- . debourg, où le général Banner vint s'établir avec huit mille hommes. Après avoir taillé en pièces les régiments impéi'iaux envoyés au secours de Magdebourg, il cerna la ville de toutes parts, et la serra de si près que déjà le général Wolf, commandant de la place, songeait à capituler, lorsque le général Pappenheim vint le secourir et contraindre les assiégeants à diriger leurs armes sur un autre point. Bientôt cependant les Impériaux abandonnèrent volontairement Magdebourg, ou plutôt les misérables huttes qui s'élevaient tristement au-dessus des ruines de cette ville, naguère si riche et si belle, et les Suédois en devinrent paisibles possesseurs.
La basse Saxe, que Wallenstein et Tilly avaient si