LIVRE TROISIÈME
cruellement punie de la part qu'elle avait prise à l'expédition malheureuse du roi de Danemark, était redevenue assez forte pour prendre de nouveau part à la guerre. Les représentants des états de cette contrée se réunirent à Hambourg, où ils décidèrent de lever trois régiments destinés à chasser les garnisons impériales. Ne trouvant pas cette mesure assez vigoureuse, Tévèque protestant dé B^éme, parent de Gustave-Adolphe, recruta pour son propre compte des troupes, avec lesquelles il attaqua des couvents sans défense, et pourchassa des moines inofiensif s ; mais il ne tarda pas à être désarmé par le général impérial comte de Gronsfcld.
Georges, duc de Luncbourg, autrefois colonel au service de l'empereur, prit également le parti de Gustave- Adolphe, et leva» un petit corps d'armée, qui contribua puissamment au succès des Suédois dans la basse Saxe. Guillaume, landgrave de Hesse-Cassel, leur rendit des services plus importants encore; car il soumit à lui seul, l'abbaye de Fuldcs et une partie de la Westphalie : et ses exploits portèrent la terreur jusque dans le palais de l'électeur, archevêque de Gologne.
On n'a pas oublié,' sans doute, qu'immédiatement après l'alliance que le landgrave de Hesse-Gassel contracta à Werben avec Gustave-Adolphe, Tiily chargea deux de ses généraux, Fugger et Âllringer, de le punir de cette infidéhté envers l'empereur, et que ce prince repoussa l'ennemi avec autant de fermeté que de courage, jusqu'au moment où la bataille de Leipzig le délivra entièrement de la présence des Impériaux. Profitant du repos que lui laissait cet heureux événement, le landgrave conquit rapidement Bach, Meuden, Hœxter, Fuld^ Paderborn, et toutes les possessions ecclésiastiques limitrophes de la Hesse, qui se hâtèrent de se racheter du pillage par de fortes i^ançons. Après ces succès, il joignit son armée victorieuse à celle des Suédois, et se rendit à
Francfort pour arrêter avec Gustave-Adolphe de nou* veaux plans d*opérations.
Pendant son court séjour dans cette ville, le héros du Nord ne cessait de recevoir les visites des princes et des ambassadeurs, qui venaient rendre hommage à sa gloire, apaiser sa colère ou itnplorer son assistance. L'infortuné Palatin Frédéric V, ce roi de Bohême d*uii jour, ne pouvait manquer de se trouver au nombre de ces humbles solliciteurs. Accouru du fond de la Hollande pour remercier le vengeur de ses droits, il eut la satisfaction de se voir traité par lui en tète couronnée; mais aucune des espérances qu'il avait fondées sur la puissante protection et la générosité du roi de Suède ne se réalisa. L'inaclion, et plus encore la fausse politique de l'Angleterre, avaient refroidi le zèle de ce monarque en faveur de Frédéric V ; et, pour la première fois, il oublia la noble tâche de défenseur des opprimés, qu*il s'était hautement imposée dès son arrivée en Allemagne.
hSL terreur qu'inspiraient les armes suédoises avait décidé le landgrave Georges de Hesse-Darmsladt à une prompte soumission; mais il n'en continua pas moins à entretenir des relations secrètes avec Tempereur. Soa intention était d'amener les deux partis à conclure la paix; car il s'était fait- des idées aussi fausses de sa propre importance que de la situation des affaires. Aussi le roi de Suède lui'donna-t-il par dérision le surnom de pacificateur. L'admettant dans sa société intime, il jouait souvent aux cartes avec lui; et lorsqu'il le gagnait, ce qui arrivait presque toujours, il lui disait en riant :
« Votre argent me fait d'autant plus de plaisir, que < c'est de la monnaie impériale. »
Cette extrême indulgence envers un prince dont il CX)nnaissait les intentions hostiles, indulgence qu^ poussa jusqu'à se contenter d^unc simple promesse de neutralité et de la permission do mettre une garnison