‹ Poésies de SchillerChapitre 168 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

d*apprendre que, par leur courage héroïque, les bourgeois et la garnison avalent forcé Tilly à lever le siège et à quitter la contrée. Cette heureuse nouvelle lui permit de reprendre ses opérations contre Mayence. Après une vaine tentative pour passer le Rhin à Gassel, sous le feu des canons ennemis, il se décida à attaquer la ville sur un autre poinL A cet effet il prit la route de la montagne, s'empara de toutes ies places fortes situées sur cette route, et parut une seconde fois sur les rives du Rhin près de Stockstadt, entre Grensheim et Hoppenheim.

Sur la route de la montagne, les Espagnols avaictit constamment fui devant lui ; mais, voulant du moins défendre la rive opposée du Rhin, ils brûlèrent ou cou* lèrent à fond tous les bateaux des environs, et se retranchèrent sur les bords du fleuve, où ils prirent une attitude menaçante, annonçant l'intention de combattre à outrance, dans le cas où les Suédois réussiraient à effectuer leur passage.

N*écoutant que le désir de connaître au juste les positions que l'ennemi venait de prendre, le roi commit une imprudence qui Texposa à tomber entre leurs mains. Monté seul sur une petite nacelle, il eut la témérité de passer ainsi le fleuve; mais, en mettant pied à terre, il fut assailli par une troupe de cavaliers espagnols, qui furent tellement stupéfîés de son audace et de l'intrépidité de sa résistance, qu'il eut le temps de rentrer dans sa nacelle et de regagner l'autre rive. A peine y fut-il arrivé, qu'avec le secours de quelques bateliers il parvint à se procurer deux bateaux de transport, sur lesquels il fit embarquer le comte de Brahe, avec trois cents soldats d'élite. Cette petite troupe débarqua sans obstacle sur le rivage que le roi venait de reconnaître; mais, avant d'avoir pu achever les retranchements qu'elle avait commencés pour s'y fortifier.

elle fut attaquée par quatorze compaguies de dragons el de cuirassiers espagnols.

Malgré la grande supériorité numérique de Fennemi, le comte de Brahe se défendit sans perte considérable jusqu'au moment où le roi lui-même vint le secoorir avec un nouveau détachement. La lutte fut courte, mais terrible : plus de six cents Espagnols tombèrent sur le champ de bataille, le reste prit la fuite et se réfugia à Mayence. Soixante-dix ans plus tard, on voyait encore à cette même place une haute colonne surmontée d*un lion de marbre, coiffé d*un casque, et tenant dans sa patte droite un glaive nu. Ce monument avait été élevé pour apprendre aux passants que là» le héros du Nord s^était rendu maître du principal fleuve de Tantique Germanie.

Immédiatement après ce premier succès, Gustave- Adolphe embarqua son artillerie et le gros de son armée, aBn d*a^iéger la ville d'Oppenheim, qui fut prise d*assaut le 8 décembre 1631 ; la garnison, composée de cinq cents Espagnols, paya de sa vie la valeur avec laquelle elle avait défendu la place.

En apprenant que le roi de Suède était parvenu à passer le Rhin, les Espagnols et les Lorrains, stationnés dans les provinces de la rive gauche de ce fleuve, ne songèrent plus qu*à se soustraire par la fuite à la vengeance des vainqueurs. Les Espagnols s'enfermèrent dans la forteresse de Franckenthal ; les Lorrains abandonnèrent la ville de Worms, après avoir donné aux paisibles bourgeois une nouvelle et dernière preuve de leur cruauté et de leur esprit de rapine.

L^nstant était venu enfin pour Gustave-Adolphe de réaliser ses desseins sur Mayence, qui venait de recevoir dans ses murs le noyau des troupes espagnoles. 11 se disposa donc 'à attaquer cette ville du côté de la rive gauche du Rhin , tandis que le landgrave dq Hesse*

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