‹ Poésies de SchillerChapitre 171 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

faire prendre à Tilly. Lui ordonner de se rapprocher de la Bavière, s^était y appeler les Suédois ; renvoyer sur les frontières de la Bohênie) s'était laisser ses propres États sans défense, en présence d*un ennemi aussi formidable que Gustave-Adolphe. Les craintes du souverain remportèrent enfin sur la prudence de Thomme d'État; et le vieux généralissime reçut Tordre de venir défendre les frontières de la Bavière.

Pendant ce temps, le roi de Suède était arrivé à Nuremberg, où il fut accueilli avec l'enthousiasme le plus exalté. La population tout entière se porta sur son passage pour lui témoigner son admiration et sa reconnaissance; luf-même ne put maîtriser l'émotion qu*il éprouva en se voyant ainsi accueilli au milieu d'une des premières villes du centre de rÂllemagne, où il n'avait jamais espéré de voir flotter ses étendards. Les grâces de sa personne et la bonté affectueuse avec laquelle il répondit aux flatteuses démonstrations de la foule, achevèrent de lui gagner tous les cœurs. Renouvelant de vive voix Talliance qu'il avait contractée avec cette ville avant de quitter les bords du Belt, il enflamma les magistrats et les bourgeois d'un courage héroïque, et leur fit comprendre la nécessité d'éviter tout malentendu qui pourrait troubler l'union fraternelle qui régnait entre eux.

Peu de jours après son départ de Nuremberg, il parut tout à coup devant Donawerth, défendue par une nombreuse garnison bavaroise. Rodolphe-Maximilien, duc de Saxe-Lauenbourg, commandant de celte forteresse, se promit d'en soutenir le siège jusqu'à ce que le général Tilly put venir à son secoure. Mais les Suédois l'attaquèrent avec tant d'impétuosité, que bientôt il ne lui resta plus d'autre espoir de salut qu'une prompte retraite, qu'il eut le bonheur d'effectuer au milieu du feu des batteries ennemies. Après la prise de Donawerth, le roi passa le Danube, et bientôt 11 ne fut plus séparé de

la Bavière que par le Lech, rivière peu imporlanle qui ne pouvait Tarrêler longtemps.

L'imminence du danger réveilla Tactivilé de Maximilien. Si jusque-là il semblait avoir pris à lâche de faciliter aux Suédois ('approche de ses Étals, il se montra tout à coup décidé à les empêcher, n'importe à quel prix, de faire un pas de plus. Tilly établit son camp près de Rain, petite ville trèa-forte et arrosée par trois rivières. Tous les ponts furent rompus, et de nombreuses garnisons furent jetées dans toutes les places fortes des bords du Lech jusqu'à Augsbourg; mesure d'autant plus prudente qu'elle mettait celte ville dans l'impossibilité d'imiter l'exemple de Francfort et de Nuremberg, ainsi qu'elle en avait manifesté le désir : on poussa même la défiance à son égard jusqu'à désarmer la bourgeoisie, car on ne comptait que sur la garnison pour la défense de cette place importante. Quant à l'électeur Maxiroitien, il vint avec les troupes qu'il avait levées en hâte s'enfermer dans le camp de Tilly, fermement convaincu que ce camp serait l'écueil contre lequel la fortune de Gustave-Adolphe viendrait échouer.

Le roi de Suède avait commencé par s'emparer d'une partie du territoire d' Augsbourg, et ce ne fut qu'après avoir ainsi assuré des vivres à son armée qu'il la conduisit en face du camp bavarois.

On était alors à la fin de mars : la fonte des neiges accumulées sur les montagnes du Tyrol, avait converti le Lech en un torrent furieux, menaçant d'une mort certaine l'audacieux qui oserait braver les^vagues écuniantes qu'il roulait contre ses borda escarpés; et, sur la rive opposée, les canons ennemis montraient leurs bouches meurtrières. Si, en dépit de la double résistance que lai opposaient l'eau et le feu, le roi de Suède parv^aail à réaliser un passage presque impossible, ses troupe, épuisées par tant d'efforts, n'auraient pu manquer de

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tomber sous les coups de rennemi, qui les attendait sur l^autre rive. Au reste, dans celte position critique, la plus légère défaite devait nécessairement causer la perte de son armée ; car le même torrent qui protégeait les Bavarois lui rendait la retraite impossible.

Le conseil de guerre que le roi de Suède avait assemblé fit valoir tous ces motifs pour le détourner d*une entreprise aussi périlleuse; et les plus illustres généraux vieillis au service de la Suède n-hésitèrent pas à manifester leurs craintes et leurs inquiétudes. Gustave Horn lui-même les appuya de toute, rautorité que lui donnaient ses triomphes récents. I^ résolution du roi resta inébranlable :

c Eh quoi! s*écria-t-il, nous avons traversé la Balti- , € que, nous avons passé tous les grands fleuves de TAI- « lemagne, et nous nous arrêterions devant un misérat ble ruisseau ! »

Ayant été lui-même, et au péril de sa vie, reconnaître le terrain, il s*assura que Tinégalilé de hauteur des deux bords du Lechr donnait à Tartillerie suédoise un trèsgrand avantage sur celle de Tennemi. Immédiatement après cette découverte, il fit dresser trois batteries à la place où la rive gauche se courbe sur la rive droite; et pendant que le feu croisé et perpétuel des soixante-douze canons de ces batteries, portait le fer et la mort dans le camp ennemi, ses soldats contruisaient un pont. L'é* paisse fumée produite par les énormes amas de bois vert, de paille mouillée, entassés et allumés h cet effet, dérobait les travailleurs à la vue des Bavarois,, tandis que les détonations de l'artillerie couvraient le bruit des marteaux et des scies. Pour exciter et entretenir Tardeur de ses troupes, Gustave-Adolphe prit part à leun^ fatigues, à leurs travaux; on le voyait sans cesse sur les points les plus dangereux, et plus de soixante-dix canons furent pointés et allumés de ses propres mains.

L*cnncmi chercha, mois en Tain, à démonter les bat*

teries suédoises : elles leur étaient supérieures non-seulement par le nombre *des canons, mais encore par lear situation ; car elles étaient placées sur la rive la plus élevée du tiech, qui dominait toutes les redoutes, et derrière laquelle les tirailleurs trouvaient un parapet naturel. Pendant cette journée terrible, Tiliy fit des prodiges de valeur; il commanda les troupes en personne, et aucune considération ne put l'éloigner du bord de la rivière, d'où Ton aperçut enfin le pont que les Suédois venaient d'achever. Cette vue porta le découragement et la terreur dans le camp bavarois. Lé vieux Tilly redoubla d'ardeur, et finit par trouver la mort glorieuse que sans doute il était venu chercher sur ce rivage. Une balle de fauconneau lui brisa la cuisse, et presqu'au même instant un de ses plus vaillants compagnons d*armes, le général Altringer, reçut à ses côtés une blessure dan* gereuse à la tète.

Privés de leurs deux principaux chefs, les Bavarois abandonnèrent leurs postes, et Maximilien lui-même ne chercha plus à les retenir ; car Tilly mourant s'était efforcé de lui faire comprendre l'inutilité d'une plus longue résistance. D'un autre côté, Gustave-Adolphe venait de découvrir un point guéable par lequel il fit aussitôt passer une partie de sa cavalerie. Cette dernière circonstanœ triompha des hésitations de l'électeur, qui abandonna aussitôt un camp qu'il n'espérait plus pouvoir défendre.

A peine le premier cavalier suédois avait-il atteint la rive du Lech occupée par l'armée bavaroise, que cette ar> mée, profitant de Tobscurité de la nuit qui déjà comiaeiçait à tomber, se retira avec autant de mystère que de précipitation et de désordre. Le lendemain, dès la pointe du jour, Gustave-Adolphe fit passer la rivière au resl de ses troupes ; mais quel fut son étonnement ! il rencontra pas un seul ennemi pour chercher à rarrèter; le camp était désert ! Les travaux d'enceinte e^ toutes

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les fortifications de ce camp, qu'il visita avec le plus grand soin, le frappèrent d'admiration, et la fuite de l'électeur lui parut ineiplicabie.

<( Si j'avais été à la place dQ ce Bavarois, s'écria-t-il, lamals, non, famaîs je n*aurais abandonné une pareille position, lors même qu'un boulet rouge serait venu m'y enlever la barbe et le menton. »

Dès ce moment, la Bavière se trouvait à la merci des Suédois. Mais avant de s'avancer dans ce pays florissant, qui jusque-là, avait été à l'abri de toutes les calamités de cette guerre, Guslave^Adolphe délivra Augsbourg du joug des Bavarois, et reçut le serment de fidélité de cette ville; et pour l'empêcher de trahir ce serment, il y jeta une forte garnison suédoise. Après cette sage précaution, il conduisit enfm son armée sous^ les murs d'Ingolsladt, où Maximilien s'était rendu après sa fuite, et que défendait l'élite de ses troupes. C'était dans cette mêm^ forteresse que Ton avait ^ transporté Tiliy mourant, et qu'il avait trouvé le terme de sa longue et orageuse carrière. Vaincu par le génie plus vaste et le caractère plus noble de Gustave-Adolphe, il ne semblait être arrivé à la vieillesse que pour éprouver la douleur de voir lui-môme se flétrir, un à un 9 les lauriers ensanglantés dont jadis il s'était couvert. Puisse cette expiation terrible l'avoir emporté dans la balance delà justice éternelle, sur les cruautés qui ont souillé sa vje ! puisse-t-elle, surtout, avoir apaisé les mânes irrités de Magdebourg !

Avec Tilly, Tarmée impériale et celle de la Ligue perdirent un général expérimenté; la religion catholique, un partisan zélé et actif; et Maximilien, le plus fidèle de ses serviteurs.

Animé par une assurance belliqueuse que tant de triomphes rendaient excusable, Gustave- Adolphe attaqua Ingolstadt avec la conviction que peu d'heures lui

suffiraient pour s'en rendre maître; mais la solidité des remparts et la bravoure de la garnison lui opposèrent des obstacles qui firent croire à l'Europe qu'il venait enfin d'arriver à la limite que le destin avait fixé à ses conquêtes. Dans une des excursions qu'il fit pour rsoonnaltre la forteresse, un boulet de vingt«quatre toa son cheval, tandis qu'un autre boulet frappait à moii son jeune ami le comte palatin de Bade, qui se tenait à ses côtés. En voyant tomber leur roi, les soldats le crurent mort et poussèrent des cris de désespoir; mais l'intrépide Gustave-Adolphe se releva avec prédpitaUon, rassura ses troupes en les remerciant de la preuve d'ak* tachement qu'elles venaient de lui donner» se fit amen» un autre cheval, et continua la tâche' périlleuse qu'il . s'était imposée.

Surmontant les angoisses de l'agonie pour ne s'occuper que des intérêts de son maître, Tiliy l'avait» peu d'instants avant sa mort, engagé à s'assurer la possession de Batisbonne, afin de pouvoir rester maître du Danube et entretenir des communications faciles avec la Bohème. Pénétré de la justesse de ce conseil» Maximilien était parvenu à surprendre cette ville» et la nombreuse et vaillante garnison qu'il l'avait forcée de recevoir l'attachait malgré elle â sa cause. De son côté» le roi de Suède s'était flatté de se faire de cette cité impériale et protestante une alliée aussi fidèle que Nuremberg» Augsbourg et Francfort. La rapidité avçc laquelle Té* lecteur venait de s'en emparer le força à ajourner la réalisation d'un projet si important pour lui.

Pour contraindre, en attendatit, les Bavarois à retira de Batisbonne et des bords du Danube une partie des troupes qui les défendaient, il lcva*brusquement le si^e d'Ingolstadt, où il perdait inutilement son temps et ses soldats, et s'avança vers Munich. Mosbourg» Landshnt et tout rarchevèché d(} Freisingen se soumirent

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