LITRE TROISIÈME. 25S
iucane résistance, car il ne trouva pas un soldat pour l'arrêter sur son passage. Mais si le pays était sans défense, le fanatisme religieux des habitants avait été tellement excité par les prêtres, qu'il rencontra dans ^chaque Bavarois un ennemi personnel et acharné. Voir sur leur territoire des soldats qui ne croyaient point à Tinfaillibilité du pape, était pour tous les habitants de la Bavière une calamité aussi inouïe que terrible. Et, pour achever de les irriter, on leur répétait sans cesse, du haut des chaires et dans les confessionnaux, que ces soldats étaient des monstres, des suppôts de Tenfer ; que leur roi était 1* Antéchrist, et que le plus Téger acte d'humanité envers cette engeance satanique était une impiété.
Égarés par ces insinuations, ils flrent subir à chaque Suédois qui tomba entre leurs mains toutes les tortures que la cruauté la plus raffinée put inventer. L'aspect de leurs corps mutilés, que leurs compagnons d'armes retrouvaient presque toujours, les poussait à des représailles terribles, malgré les représentations et les défenses de Gustave-Adolphe, qui, au. milieu de ces scènes d'horreur, conserva pure et sans tâche sa répu« tation de héros. Loin de se croire autorisé à maltraiter des hommes qui voyaient en lui l'agent de Satan, il s'efl'orça de leur prouver, par sa douceur et sa modération, qu'il connaissait et pratiquait mieux qu'eux les préceptes de l'Évangile.
L'approche du roi de Suède avait répandu la consternation et la terreur dans la capitale. Espérant le fléchir par une soumission volontaire, elle envoya au-devant de lui une députation qui le rencontra à Freisingen, où elle déposa humblement à ses pieds les clefs de Munich. . La conduite féroce des Bavarois envers son armée, et la haine que leur électeur lui*Bvait vouée, auraient pu Tautoriser à exercer son droit de conquête dans toute
son étendue; ses alliés, Allemands eux-mêmf^s, le conjuraient de venger les victimes de Magdebourg par la destruction de la capitale du souverain dont le généralissime avait ordonné le sac de cette ville infortunée. Le noble cœur de Gustave-Adolphe se refusa à un acte de vengeance inutile, et son juste ressentiment tomba de* vaut un ennemi sans défense. Ce fut en vainqueur humain et clément quUI fit son entrée solennelle à Munich. Et entourant le malheureux Palatin Frédéric Y, de lonl Téclat d'un grand souverain, il le fit entrer à ses c6t^ en triomphateur dans la capitale de Tennemi implorable qui l'avait dépouillé de ses États.
Maximilieu avait eu soin de faire transporter la plus grande partie de ses trésors dans le couvent et dans la forteresse de Werfen ; aussi le roi de Suède ne trouvat-il à Munich qu'un palais dégarni de la plupart des objets qui en faisaient la richesse et le principal ornement. La magnificence de sa construction le frappa de surprise et d'admiration, et il demanda quel en avait été l'architecte. L'intendant deé bâtiments» qui lui faisait visiter le^ appartements, l'assura que c*était l'électeur lui-même.
« £n ce cas, dit le roi, je voudrais bien l'avoir à mon a service, cet habile architecte; je l'enverrais à Stock- (( holm, où je lui donnerais de la besogne. »
€ L'électeur architecte saura bien se garantir d*uB c pareil honneur, » répondit l'intendant. Et Gustave- Adolphe sourit de cette réplique hardie.
L^arsenal, où l'on avait espéré trouver une artillerie considérable, ne contenait plus que des affûts sans canons. Le roi, qui s'y était rendu en personne, s'arrêta tout à coup, et fixant ses regards sur le parquet, i s'écria: t «
« Vous qui reposez dans la terre, ^rtez d^entre les c morts et comparaissez devant votre juge! »