‹ Poésies de SchillerChapitre 174 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Rodolphe de Tiefenbacb, était venu occuper cette pro- A'ince» où, sous prétexte de punir Jean-Georges de son alliance avec Gustave-Adolphe, il avait mis tout à feu €t à sang, conquis la plupart des villes, et répandu la terreur jusque sous les murs de Dresde. Un ordre de Tempereur de cesser toute hostilité contre les provinces saxonnes avait pu seul Tempècher de mettre le siège devant cette ville.

Ferdinand II venait enOn de reconnaître qu'en dédaignant les justes réclamations d*un allié précieux, il IV vait poussé lui-même dans les bras du rci de Suède. Sa vanité lui fit espérer que quelques légères avances suffiraient pour réparer le mal que son injustice et son arrogance avaient causé. Pour se réconcilier avec l'électeur, il avait réclamé et obtenu l'intervention de l'Espagne; . et comme les négociations à ce sujet ne marchaient pas assez vite, il s'était décidé à ordonner au général Tiefenbach de quitter le territoire saxon. Cette démarche cependant n'avait servi qu'à révéler à Jean-Georges la faiblesse de l'empereur, et à le fortifier dans la résolution de ne céder aucun des avantages que les victoires de Gustave-Adolphe lui avaient procurés. Il savait, au reste, qu'il n'aurait pu, sans se déshonorer aux yeux du monde, trahir un monarque auquel il devait la con&er- X vation de ses États et de sa couronne.

Après l'évacuation des troupes impériales, rien n'enipéchait plus l'armée saxonne d'entrer en Bohème, où un concours de circonstances heureuses lui préparait des succès faciles. Dans ce malheureux royauipe, premier théâtre de la guerre qui avait fini par se répandre sur toute l'Allemagne, le feu de la discorde couvait toujours sous des cendres mal éteintes, et les Impériaux semblaient avoir pris à tftche de le faire éclater de nouveau par deô vexations et une tyrannie insupportables. Les jplus grands domaines dont le fisc s'était emparé avaient

été les uns donnés par l*emperear à ses partisane catlioliques, et les autres acquis à vil prix par ies aventuriers, hardis qui savent toujours exploiter à leur profit les calamités publiques. Les vassaux se débattaient en vain sous le joug de fer de leurs nouveaux seigneurs, car les plus nobles défenseurs des libertés de la Bohême avaient péri sur l'échafaud ou erraient loin de leur pays, en proie à toutes les misères de la vie, tandis que les esclaves du despotisme impérial dissipaient les biens dont od les avait dépouillés.

Les persécutions religieuses les plus intolérables étaient exercées contre la partie protestante de la nation, sans distinction de rang, de sexe ou de fortune. Méprisant tous les dangers et dédaignant les leçons de l'expérience, l'esprit de prosélytisme des jésuites ne connaissait plus de frein; là où la persuasion était sans effet, ils avaient recours à la force des armes pour ramener les brebis égarées au bercail de l'Église romaine.

La vallée de Joachini, située dans les montagnes qui séparent la Bohème de la Misnie , était devenue surtout le théâtre des plus cruels excès que peut laire commettre le fanatisme religieux. Deux jésuites, accompagnés de deux commissaires impériaux et de quinze mousquetaires, avaient pénétré dans cette paisible vallée et s'étaient mis à prêcher la religion catholique aux hérétiques qui l'habitaient. Pour donner plus de poids aux paroles des missionnaires, les commissaires imposaieat une forte amende à tous ceux qui refusaient d'aller les écouler; et les mousquetaires logés dans leurs cabanes avaient reçu l'ordre de les mettre à la raison par (auM les moyens possibles.

Des arrêts de baimissement et de mort furent pro^ nonces, et eussent été mis à exécution, si les habitants de cette vallée, poussés au désespoir, n'étaient pas par-

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