LIVRE TROISIÈME
venus à en chasser leurs oppresseurs, et à ouvrir ainsi les yeux de Ferdinand 11, sur le danger du mandat qui autorisait les conversions par la violence. Ce mandat fut révoqué; mais le parti protestant n*en resta pas moins exposé aux vexations des catholiques, qui pouvaient tout oser, parce qu'ils savaient qu'à la cour de Vienne leur conduite, sous ce rapport, ne paraîtrait jamais blâmable.
Telle était la situation de la Bohème lorsque les troupes saxonnes y entrèrent ; aussi les accueillit-on avec joie et enthousiasme, et dès qu'elles paraissaient devant une place forte, il ne restait plus aux garnisons impériales qu'à l'évacuer sans la plus légère tentative de résistance. Ce fut ainsi que les Saxons se rendirent maîtres de Schlœcknau, Tetschen, Aussig, Leutmeritz; et partout les demeures et les domaines des catholiques furent livrés au pillage. Ces représailles leur inspirèrept une terreur panique : i)ersuadés qu'il n'y avait plus pour eux d'autre moyen de salut que la fuite, ils se réfugièrent à Prague.
Alors seulement on se décida, à la cour de Vienne, à envoyer des troupes au secours de la Bohème; mais déjà les Saxons étaient sous les murs de Prague, avant que le général Tiefenbach , qui stationnait en Silésie, pût recevoir l'ordre d'aller défendre cette ville. La faiblesse de la garnison et les dispositions hostiles des protestante, qui formaient la majeure partie de la population dç cette capitale, ne permettaient pas d'espérer qu'elle se défendrait longtemps. Dans cette extrémité, les catholiques tournèrent toutes leurs espérances vers Wallenstein, qui résidait toujours à Prague; mais l'ancien généralissime ne vit, dans le danger qui menaçait celte ville, qu'un acheminement au triomphe qui devait le venger de sa disgrâce.
Si Prague était hors d'état de soutenir un long siège»
la garnison pouvait du moins tenir tête à Tennemi jusqu'à i*arrivée du général Tiefenbach. Le comte Maradas, colonéi impérial, en était tellement convaincu, qn*il offrit de se charger de la défense de la place; mais, n^ayant d'autre pouvoir que son zèle et sa valeur, il ne trouva personne pour le seconder. Il se décida enfin à réclamer Tappui de Wallenstein, dont un seul mot, en ce moment, aurait eu Tautorité d'un ordre impérial, car le corps des généraux occupé en Bohème, venait de recevoir de Vienne, Tordre de lui demander ses avis» et de les exécuter religieusement.
Mais ces avis, Wallenstein les refusa et au bravje M aradas et au corps des généraux, sous prétexte qu'il avait été renvoyé du service , quUl n'était plus qu'un simple particulier, et qu'on ne l'avait revêtu d'aucun gcade qui l'autorisât à reparaître sur le théâtre de la guerre. Pour mettre le comble au découragement du parti impérial, il quitta );)resque aussitôt .la ville avec toute sa cour, quoiqu'il sût fort bien qu'il n'avait rien à craindre de la part de l'ennemL
On l'a calomnié peut-êtrç en l'accusant d'avoir attiré les Saxons en Bohême; mais il est certain du moins qu'ils n'entrèrent à Prague que parce qu'en quittant cette ville il avait tacitement déclaré que sa perte était inévitable. La noblesse catholique, les généraux, le clergé, et les officiers de la couronne, se hâtèrent d'imiter l'exemple du due de Friedland. Après avoir emballé pendant la nuit tout ce qu'ils avaient ^e plus précieux, ils prirent la fuite, et ne se remirent de leur terreur qu'en apercevant les clochers de Vienne. Le brave colonel Maradas lui-même quitta Prague avec sa petite troupe, qu'il conduisit à Thabor, résolu d'y attendre la marche des événements.
Le lendemain de cette retraite générale, le cahooe et le silence régnaient dans la capitale de la Bohème. Les