LIVRE TROISIÈME
përer sans sortir des limites du devoir. Aucun obstacle ne s*était opposé à ses espérances jusqu'au moment de sa destitution; mais ce coup, qui était venu le frapper à l'assemblée des électeurs de Ratisbonne, lui avait enfin prouvé la diflérence qui existe entre le pouvoir primor- • dial et le pouvoir concédé ^ entre le souverain et le sujet. Brusquement arraché par ce changement subit à l'enivrement des grandeurs, il s'était mis à comparer l'autorité dont il avait si complètement joui, avec celle qui avait pu la lui enlever sans autre motif qu'un caprice ou des soupçons injurieux; et dès ce moment son génie téméraire compta les degrés qui lui restaient encore à monter sur l'échelle. sociale pour n'avoir plus de chute à redouter.
Ce ne fut qu'après avoir appris, par une expérience cruelle, à connaître tout le prix du pouvoir suprême, qu'il s'était senti atteint de la soif de ce pouvoir ; la spoliation dont on l'avait rendu victime le rendit spoliateur. Si jamais aucune injustice n'était venue l'irriter, il aurait régulièrement suivi son orbe autour des rayons de la majesté impériale, satisfait d'être le plus brillant de ses satellites ; mais lorsqu'on vint l'arracher de sa sphère, il méconnut le système planétaire auquel il appartenait» et se précipita avec toute la violence d'une force destructive contre le soleil à qui il devait son éclat primitif.
Gustave-Adolphe avait traversé le nord de l'Allemagne en marchant de victoire en victoire ; celle de Leipzig avait enfin frappé la puissance impériale au cœur. Wallenstein, qui dans sa magnifique retraite de Prague étudiait la marche et les résultats de la guerre, apprit la nouvelle de cette victoire avec un vif plaisir, car les défaites qui désespéraient le parti impérial et portaient la terreur dans le parti catholique étaient pour lui des présages infaillibles de son prochain retour au pouvoir.
il semblait en effet que Gustave-Adolphe ne triomphait sans cesse que pour rendre plus prompte et plus éclatante la vengeance de Tancien généralissime de Tempereur.
Wallenstein avait cherché à établir des relations intimes avec rheureux adversaire de la maison d'Autriche, afin de faire cause commune avec lui. Le comte de Thurn, depuis longtemps au service du roi de Suède, s^élait chargé de cette négociation, dont le but était d'enlever à l'empereur la Bohème et la Moravie, de le chasser de Vienne et de le reléguer au fond de l'Itahe. Pour réaliser ce projet colossal, Wallenstein ne demandait que quinze mille Suédois, afin de former le noyau de l'armée qu'il se faisait fort de lever à ses'frais.
Cette offre inattendue et des promesses aussi brillantes excitèrent la défiance de Gustave*Adolphe, qui craignit de confier sa gloire aux téméraires entreprises d'une tète exaltée, et d'abandonner quinze mille de ses soldats à la loyauté d'un homme qui pouvait, sans scrupule, trahir son souverain légitime. Ne voulant pas cependant le refuser ouvertement, il lui fit dire que son armée était encore trop faible pour en détacher un corps aussi considérable. Cette prudence, outrée peut-être, l'avait privé du seul moyen possible de terminer promptement une guerre désastrejiise. Il le comprit plus tard, mais ce fut en vain qu'il chercha à renouer des relations avec Wallenstein ; l'orgueilleux duc ne lui pardonna jamais le peu de cas qu'il avait fait d'abord de ses offres.
Au reste, la conduite du roi de Suède dans cette circonstance n'avait fait que hâter une rupture que le caractère de ces deux hommes eût rendue inévitable. Nés l'un et l'autre pour dicter des lois, ils n'auraient jamais pu agir de concert dans une entreprise qui demandait des concessions et des sacrifices réciproques. Pour être utile, Wallenstein avait besoin d'un/e liberté illimitée; il devenait nul quand il ne pouvait être icvL