‹ Poésies de SchillerChapitre 181 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

De son côté, Gustave*Adolphe avait une telle aversion pour toute dépendance, quelle qu'en pût être la nature, qu'il avait été souvent tenté de rompre le traité qui lui assurait l'assistance de la France, uniquement parce que ee traité gênait parfois son esprit actif et indépendant. ' En un mot, Wallenstein était perdu pour le parti dont il n'était pas l'âme; Gustave- Adolphe repoussait d'avance toute autre direction que celle de son génie à lui. L'ambitieux duc de Friedland aurait pu se soumettre un instant aux exigences de son auguste allié, mais ce n'eût été qu'en se promettant d'avance de les braver dès qu'il se serait agi de partager les dépouilles du vaincu. L'orgueilleux monarque aurait pu se résoudre à accepter contre l'empereur le secours d'un de ses sujets rebelles et à le récompenser royalement, mais il n'aurait jamais consenti à ennoblir la trahison en la payant par une couronne.

C'était pourtant là le prix auquel aspirait Wallenstcm , mais il avait fini par comprendre que non-seulement il ne l'obtiendrait jamais avec le secours de Gustave- Adolphe, mais que, dans le cas même où l'Europe entière se tairaiit, le roi de Suède, dans l'intérêt de la dignité royale, protesterait seul contre l'élévation au trône de la Bohême d'un serviteur du chef de l'empire germanique qui a trahi son maître. Et la hauteur à laquelle ce roi était parvenu à s'élever en Allemagne et même en toute l'Europe, faisait d'une pareille protestation un obstacle insurmontable au vœu que depuis longtemps Wallenstein nourrissait en secret. C'est à la conviction de l'ancien généralissime à cet égard, et non à une prétendue allusion au projet qu'aurait eu le roi de Suède de s'approprier le trône impérial, qu'il faut attribuer les paroles échappées au duc de Friedland lorsqu'on vint lui apprendre la mort de Gustave- Adolphe.

< C*est un bonheur pour lui et pour moi, dii-it, car K Tempire germanique n*est pas assez vaste pour oon- < tenir deux têtes comme la sienne et la mienne. »

Persuadé que l'électeur de Saxe pouvait lui offrir plus d'avantages sans lui opposer les mêmes obstacles, il se servit de Tinfluence qu'il exerçait toujours sur son ancien ami» le feld-maréchal d^Amheim, afin de décider Jean-Georges à contracter avec lui une alliance qui devait le rendre aussi redoutable à Ferdinand II qu*à Gustave- Adolphe.

Jean-Georges était trop faible et trop jaloux de la gloire du roi de Suède pour ne pas se laisser facilement entraîner dans une entreprise dont le but avoué était de diminuer TinQuence de ce roi en Allemagne. Wallenstein le savait, aussi ne doutait-il point du consentement de rélecteur de Saxe à une alliance qui devait créer un troisième parti dans l'empire, et en faire l'arbitre des résultats de la guerre. Il était également invaincu qu'il dominerait toujours Jean-Georges, et que, par conséquent, il serait toujours le véritable chef de ce parti. Mais pour le créer il lui fallait avant tout une armée dévouée dont il pût offrir les services en échange de l'appui moral que devait lui donner l'allié ou plutôt le complice qu'il cherchait.

Organiser cette armée sans exciter les soupçons de la cour de Vienne eût été aussi impossible que de la recruter dans le but avoué de la conduiro contre l'empereur. L'autorisation de ce nionarque lui était donc indispensable, et cette autorisation, il ne pouvait l'obtenir qu'en . ressaisissant la dignité de généralissime. Son orgueil ne lui permettait pas de la solliciter, et la prudence lui défendait même de l'accepter à titre de faveur, car alors elle aurait été resserrée ^ans des limites trop étroites. Pour obtenir l'autorité sans bornes dont il ava'.t besoin, il fallait qu'il attendit que l'empe-

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