LIVRE TROISIÈME
reur, pressé de tous côtés par des ennemis triomphants, le contraignit pour ainsi dire à le sauver, en reprenant le commandement de ses armées.
Trop bon politique pour ne pas savoir que Ferdi* nand ne se déciderait qu*à la dernière extrémité, à une démarche à laquelle la Bavière et l'Espagne ne cessaient de s'opposer, il favorisa toutes les entreprises des ennemis de la maison d'Autriche, et il est presque certain que ce fut d'après ses conseils que les Saxons s'emparèrent de la Bohême.. Tout porte à croire que dans l'entretien qu'il avait eu à Kaunitz avec d'Ârnheim, sous prétexte d'entamer des négociations de paix, il avait fourni à ce général son plan de conquête. D'un autre côté, les succès des Suédois sur les bords du Rhin autorisaient les agents qu'il entretenait à Vienne, à soutenir hautement que toutes ces calamités ne seraient pas arrivées si Wallenstein eût conservé le commandement des armées; et bientôt des milliers de voix répétèrent ces propos, qui finirent par trouver des échos, même dans le conseil privé de l'empereur.
Alors seulement Ferdinand II crut pouvoir avouer que rhomme qui, six ans plus tôt, avait su créer et entretenir, comme par enchantement, une armée formidable; l'homme que sa fortune, son génie et sa haute renommée plaçaient au-dessus de tous ses contemporains, était le seul général capable de sauver la maison d'Autriche et la religion catholique d'une ruine totale. Après cet aveu humiliant, il ne lui restait plus qu'à solliciter le sujet qu'il reconnaissait avoir injustement offensé; et, malgré les représentations de la Bavière et de l'Espagne, il chargea les amis de Wallenstein de le préparer à son prochain rappel.
Instruit de tout ce qui se passait à Vienne, le duc de Friedland avait eu le temps d'étudier le rôle qu'il voulait jouer, pour augmenter son triomphe et compléter sa
vengeance. Feignant de ç*étre pour toujours consacré auf douceurs de la Vie privée» il déclara avec emphase, que rien ne saurait le décider à sacrifier au vain fantôme de la gloire et à Tinconstante faveur des rois le calme et le repos dont il jouissait dans sa retraite. Il refusa l'invitation qu'on lui fit de se rendre à Vienne; mais il alla s'établir à Znaim, petite ville de la MoraviCt d'où il pouvait facilement communiquer avec la cour impériale.
Après avoir vainement essayé d'empédier l'empereur de rappeler le duc de Friedland, l'électeur de Bavière exigea du moins qu'on limitât le pouvoir qu'on voulait lui confier. A cet effet, Werdenberg et Questenberg, que leur qualité d'amis de Wallenstein rendait aptes à traiter cette affaire délicate, reçurent l'ordre de lui faire pressentir que Ferdinand désirait que son fils, le roi de Hongrie, fit partie de l'armée, afin d'apprendre le métier des armes sous un aussi grand capitaine. Cette ouverture, quoique faite avec beaucoup d'adresse, fut si mal accueillie, qu'elle faillit rompre pour toujours les négociations à peine entamées. Le duc répondit bnisquement :
« Je ne partagerai jamais le commandement d'une c armée avec qui que ce soit, pas même avec Dieu en c personne. >
Forcé de céder sur ce point, l'empereur chargea son premier ministre et son favori, le prince d'Eggenbarg, d'aplanir les autres obstacles que Wall^istein opposait à son retour au pouvoir. Ce nouvel agent profita de l'amitié qui l'unissait au duc pour en appeler aux sentiments généreux dont il le croyait susceptible :
« L'empereur, lui dit-il, sait qu'en vous éloignant c du service il a détaché la pierre la plus précieuse de c sa couronne. Hais songez qu'on l'a forcé à cette déc marche, qu'il s'en repent, et que jamais rien n'a pu