‹ Poésies de SchillerChapitre 183 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

c altérer la haute opinion qu'il avait conçue de vousc Au reste, il yous en donne en ce moment une preuve

< irrécusable, puisqu'il en appelle à votre dévouement

< et à votre génie pour réparer les fautes qui ont été c commises depuis votre éloignement de Tarmée. Sa-

< crifiez au salut de la patrie votre juste ressentiment, ff et répondez aux calomnies de vos adversaires en re-

< doublant de zèle pour la gloire de votre maître. Si c vous remportez sur\ous-méme cette noble victoire, c elle couronnera dignement toutes celles qui vous « illustrent déjà, et fera de vous le plus grand homme c de notre époque. »

Malgré ces aveux humiliants et ces flatteries outrées^ Walleustein continua à se plaindre amèrement de Tingmtitude de Ferdinand. Trop profond poliiique pour accepter franchement des oOres que ses vœux appelaient depuis longtemps, il fit une pompeuse énumération de ses anciens services, et des malheurs des armes impériales depuis sa retraite. Puis il feignit de céder à un mouvement de générosité, et permit au prince de retourner à Vienne pour y porter un rayon d'espérance. Il avait accepté le grade de général en chef pour trois mois seulement, et promis de recruter une armée et non de la commander.

Par cette conduite il voulait donner à l'empereur une nouvelle preuve de sa puissance et de son talent, en iui montrant de près toute l'étendue des secours qu'il pouvait lui ofiErir, mais qu'il était le maître d'accorder ou de i^efuser. Convaincu qu'une armée tirée par lui du néant y rentrerait dès qu'il cesserait de l'animer par sa présence, il fallait commencer par la créer, afin de décider l'empereur à accepter les conditions exorbitantes qu'il était résolu de lui imposer.

L'engagement qu'il venait de prendre d'organiser une armée imposante dans Tespace de trois mois, devint un

objet de dérision pour l*Allemagne tout entière; Gustave-Adolphe lui-même ne supposa pas qu^il fût possible de le tenir ; et cependant Wallenstein accomplit sa promesse, même avant Fépoque quHI avait flxée. C*est que depuis longtemps toutes ses mesures étaient prises, et quMl ne lui restait plus qu*à faire mouvoir des ressorts tendus d*avance.

Au premier bruit de Tarmement dont il venait de se charger, des hordes d'aventuriers arrivèrent de tous les points de l'Empire, attirés par la certitude que sous un pareil général, la fortune ne pouvait manquer de leur être constamment favorable. Les officiers et les soldats qui déjà avaient servi sous ses ordres et éprouvé les effets do sa munificence, quittèrent leurs retraites pour venir partager une seconde fois la gloire de cet illustre chef, et le riche butin que Ton était toujours sûr de faire en suivant son drapeau.

Les dépenses énormes de cette grande entreprise avaient obligé Tempereur à lever des contributions extraordinaires, et à soumettre tous les sujets de ses États héréditaires, sans distinction de rang et de dignité, à un impôt personnel. Les grands et les ministres augmentèrent le trésor public par des dons volontaires. Wallenstein fournit pour sa part, et de sa fortune personnelle, plus de deux cent mille thalers en espèces, sans compter les secours et les gratifications qu'il accordait aux officiers sans fortune ; en outre, il excitait les riches, par son exemple et par des promesses brillantes, à lever des troupes à leurs frais.

Quiconque recrutait et armait une compagnie ou on régiment en était le chef. La fortune, mise ainsi à la disposition des besoins de l'armée, donnait des droits presque égaux à ceux de la valeur et du talent* Les croyances religieuses elles-mêmes né comptaient pour rien, car les protestants étaient aussi bien reçus dans

Page 1