‹ Poésies de SchillerChapitre 184 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

cette nouvelle année que les catholiques les plus zélés. Au reste, dès le début de cet armement, il avait déclaié qu'il n'avait aucun rapport avec la religion; mesure prudente qui rassura les protestants, et les disposa à soutenir une guerre entreprise dans le seul but de défendre les droits de tous les membres do la diète. Mais sa politique ne se borna pas à se créer des ressources au dedans.

Plein de confiance au génie de Wallenstein, le duc de Lorraine consentit à s'armer une seconde fois pour ' combattre sous les ordres d'un tel chef; la Pologne lui envoya des Cosaques , et l'Italie lui fournit des munitions de guerre. Aussi les trois mois n^étaientrils pas encore écoulés, que déjà une armée de quarante mille hommes, équipée avec luxe, et approvisionnée avec profusion s'était réunie sous le commandement de Wallenstein. Des officiers du plus grand mérite la commandaient, et l'enthousiasme qui animait cette armée prouvait qu'elle n'attendait qu'un mot de son chef pour se rendre digne de lui par des victoires éclatantes.

A peine Wallenstein avait-il ainsi réalisé sa promesse, qu'il annonça à Tempereur l'intention de retourner dans sa retraite. 11 savait qu'il lui eût été plus facile de lever une seconde armée aussi brillante et aussi nombreuse, qu'à Ferdinand de la faire agir sous les ordres d'un autre que de son créateur* Cette armée, dernier espoir de l'Autriche, n'était, pour ainsi dire, que l'œuvre fantastique d'un charme trompeur, prédestinée à disparaître dès que le magicien qui lui avait donné rexistcncc cesserait de l'animer.

La plupart des généraux et des officiers étaient les amis, les parents ou les débiteurs de Wallenstein ; il avait même eu l'adresse de réduire les autres à devenir ses créanciers, afin que tous fussent personnellement intéressés au maintien de sa puissance. Lui seul, au reste, pouvait réaliser les promesses exorbitantes par lea*

quelles il ayait attiré tant de guerriers sous son étendard; sa parole était leur unique garantie; et leur confiance aveugle en son génie et en sa fortune, Tunique lien qui pouvait fqrcer tai^t d'intérêts divers à tendrt vers un seul et même but.

En faisant avertir Ferdinand de donner nin chef i Tannée qu'il vei)ait de mettre sous les armes*, il avait .voulu le placer dans la nécessité d'acheter ses services au prix que son ambition voulait y mettre. Son attente ne fut point trompée, car le prince d'Eggenberg fiit chargé de nouveau de se rendre près de son opiniâtre ami, et de ne reculer devant aucun sacrifice pour le décider à conserver le commandement des troupes Impériales* Wallenstein reçut Tenvoyé de son mattre à Znaim, où il avait établi son quartier général, et étala à sesyeax tout le faste militaire d'un grand conquérant. Après avoir froidement écouté les sollicitations et les prières que le prince lui adressa au nom de Ferdinand, il répondit, avec l'orgueil dédaigneux d'un souverain irrité :

c Non, jamais je ne croirai à la sincérité d'une offre c que je ne dois pas à la justice de Ferdinand, mais à la « cruelle extrémité à laquelle il se trouve réduit 11 me « recherche parce qu'il attend de moi des secours qu'il c ne peut plus espérer de personne; dès que le péril « sera passé, il oubliera le bras qui l'aura sauvé. Oui, € j'en ai la conviction, 'en redevenant tranquille et « puissant, il redeviendra injuste et ingrat. Qu'ai*je à € espérer en répondant à son appel? Si le sort trahit a mon courage et déjoue mes combinaisons, je perds à

< jamais la gloire que j'ai acquise par mes anciens et a importants services; si la victoire me reste fidèle, c j'expose ma fortune et mon repos, car mes ennemis ne

< manqueront pas d^assiéger de nouveau le trône impéc rial par leurs clameurs; et le faible monarque se € croira une seconde fois forcé de leur sacrifier un ser»

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« viteur qui, pour avoir trop noblement accompli son € devoir, aura cessé d'être indispensable. Non, non, il « vaut mieux pour lui et pour moi que je quitte a Pins- € tant, et de ma propre volonté, un poste que, tôt ou € tard, l'intrigue et l'envie m'enlèveraient honteuse- « ment. Je ne puis trouver le bonheur que dans la vie € privée, et ce n'est que par égard pour la triste isiluà- € tion de mon souverain que j'ai pu me* résoudre' à < sortir momentanément de la douce obscurité qui tsi « devenue un besoin pour moi. > * ' i

Fatigué de ces défaites, dont il cbmmcnçcût à "soupr.

çonner le but, le prince d'Eggenbefg prit enfin un lan-' •

gage plus digne de l'envoyé d'un monarque. ' !

< Si Sa Majesté impériale, dit-il, a bien voulu desccri-'

« dre avec vous jusqu'à la prière, ,c*ést parce qu'elle s'é-* .

« tait flattée que cette condescendance éveillerait dans

« votre âme des sentiments nobles et généreux. Je le

€ vois maintenant, sa confiance n'a servi qu'à flatter

« votre vanité et à augmenter votre obstination. Songez

« que l'empereur a le droit de vous parler en maître,

tt et qu'il peut vous punir de Tavoir réduit à oublier un

H instant sa dignité, enveij^ un sujet incapable d'appré-

« cier un pareil sacrifice. Si Ferdinand a eu des torts

c envers vous, n'oubliez pas que le souverain n'en reste

« pas moins votre maître, et que vous lui devez respect

n et soumission! Au reste, il n'est^point de blessure

« faite par une main impériale, que cette même main

« ne puisse guérir. Demandez des garanties pour votre

c fortune, pour votre personne, pour la durée de votre

c commandement; désignez les récompenses que vous

€ croyez mériter, l'empereur vous accordera tout. Il a

« besoin de vos services, il a le droit de les exiger, et

« pourtant il vous permet de mettre un prix à votre

c obéissance ; mais obéissez, ou craignez la colère d'un

€ maître qui, poussé à bout par l'opiniâtre résistatice

< d*un sujet orgueilleux, se verrait forcé dePaBéantir!» Wallenstein savait qu'il n'était pas difficile de réalisa cette menace, car toutes ses immenses possessions étaient dans les États autrichiens ; mais il avait en même temps la conviction qu*on n'oserait jamais employer des mesures violentes contre lui. Le langage du prince ne fut donc à ses yeux que la preuve qu*il touchait enfin au but de ses désirs, puisque l'empereur acceptait d'avance toutes les conditions auxquelles il consentirait à conserver son poste.

Feignant de céder aux ordres exprès de son souverain, îl se retira pour rédiger les clauses de leur traité de paix. Le prince d'Eggenberg ne fut pas sans inquiétude sur le contenu d'un document par lequel le plus fier des sujets allait dicter des lois au plus orgueilleux des monarques. Il avait une très-haute opinion du génie militaire de son ami, mais il lui était impossible de ne pas douter de sa modestie. 11 s'attendait donc à des propositions outrées» et cependant elles surpassèrent encore ses prévisions et ses craintes.

Wallenstein demandait le cominandement absolu de toutes les armées allemandes de la maison d'Autriche et d'Espagne, et le droit de punir et de récompenser sans contrôle ; il défendait à tous les princes du sang impérial, au roi de' Hongrie, et à l'empereur luimême, non-seulement d'exercer aucun acte d'autorité concernant ces armées, mais encore d'y paraître, ne fût-ce qu'à titre de spectateur. Les nominations, les avancements, enfin tous les actes concernant les récompenses et les punitions, devaient être revêtus de la signature de Wallenstein ; sans cette signature, l'empereur n'avait pas même le droit de faire grâce. Lui seul aussi voulait disposer à son gré, et sans l'interventiim d'aucune cour de justice, qu'elle émanât de l'empereur ou de la diète, des conquêtes et confiscations auxquelles

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