LIVRE TROISIÈME
le succès de ses armes pourrait donner lieu sur toute. l'étendue de l'Empire.
Pour assurer un refuge à ses troupes en cas dé revers, il exigeait que Ferdinand ordonnât à toutes ses prô* vinces héréditaires de les accueillir, de leur fournir tout ce dont elles pourraient avoir besoin, et d'ouvrir devant elles leurs villes et leurs forteresses dès que le généralissime le jugerait convenable. Comme récompense régulière, il demandait la concession d'une province des États héréditaires de rAutriche, et d'unie autre, à son choix, paa*mi celles qu'il powrait conquérir en Allemagne, sans préjudice du duché de Mecklembourg, dont la possession devait lui être assurée par le traité de paix qu'on pourrait conclure par la suite. Prévoyant toujours la possibilité d'une seconde et brusque destitution, il imposait à l'empereur l'obligation de l'en prévenir d'avance aulhentiquennent, et de lui accorder, en ce cas, le délai qu'il ' fixerait lui-même avant de déposer le commandement en chef, formalité sans laquelle il se réservait le droit de regarder comme non avenu tout ordre à ce sujet.
Le prince d'Eggenberg chercha en vain à faire modifier des conditions qui privaient l'empereur de tous ses droiU de souveraineté sur l'armée, et le rendaient Fesclave couronné de son généralissime. On avait trop laissé voir à Wallenstein que ses services étaient indispensables pour songer à les marchander. AU reste, si un concours d'événements malheureux contraignit Ferdinand à se soumettre à de pareilles conditions, ce no fut pas uniquement pour satisfaire son ambition et sa vengeance que Wallenstein crut devoir les imposer. Le plan de sa future révolte était irrévocablement arrêté dans sa tête, et, pour sa réalisation, il ne pouvait 80 passer d'un seul des avantages que devait lui assurer son apparente réconciliation avec la cour impériale. L'usage qu'il se proposait de faire de l'armée qu'il
venait de réorganiser le mettait dans la nécessité d*ètre le seul arbitre de la destinée de cette armée, et de lui fajre oublier que Vautorité illimitée qu'il exerçait sur elle n*était pas sa propriété à lui, mais une concession révocable qui lui avait été faite par le chef de l'empire.
Cette considération explique suffisamment Topiniâtrelé avec laquelle il défendait le séjour de l'armée à l'empereur et à tous les princes de sa maison. Eu s'arrogeant le privilège exclusif de disposer de tous les biens confisqués ou conquis dans l'Empire^ il s'assurait d'avance des partisans nombreux-et dévoués, puisqu'il devenait, pour ainsi dire, le dictateur de rAUemagne, autorité qu'aucun empereur n'avait osé s'arroger ouvertement. La clause qui lui permettait de chercher un refuge dans toutes les provinces autrichiennes, le mettait à même d'assiéger l'empereur dans ses propres États et avec sa propre armée, de dévaster ses possessions, de ruiner ses sujets et d'ébranler ainsi la monarchie dans ses fondements.
Enfin la nouvelle position qu'il était parvenu â se faire, lui assurait, dans toutes les conjonctures possibles, des avantages brillants. Si la marche des événements le mettait dans la nécessité de s'occuper sérieusement de ses projets audacieux, il avait à sa disposition tous les moyens nécessaires pour les réaliser; si au contraire elle lui permettait de jouir tranquillement du pouvoir acquis par ses conventions avec l'empereur, ce pouvoir était assez grand pour flatter son ambition. La seule et véritable faute qu'il commit dans cette circonstance, fut de regarder comme stables et légitimes les conventions arrachées à un maître réduit au désespoir. Comment pouvait-il espérer que Ferdinand tl se croirait lié par un acte qui rendait celai qui le lui avait imposé coupable du crime de ièse-majesté, crime dont Tempereur» maître passé dans l'art de la