‹ Poésies de SchillerChapitre 186 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

dissimulation, feignit de ne pas s'apercevoir, parce que celui qui venait de s'en rendre coupable était en ce mo^ ment Thomme le plus indispensable de la monarchie? L'armée impériale avait enfln un chef digne de ce nom, et devant lequel toute autre autorité, même celle de l'empereur, semblait être rentrée dans le néant. Depuis les rives du Danube jusque sur les bords du Weser et de l'Oder, tout se ranima à l'aspect de l'astre brillant qui venait de reparaître sur l'horizon ; une période nouvelle recommença pour la guerre qui, depuis si longtemps déjà, désolait l'Allemagne. L'enthousiasme régnait parmi les soldats de l'empereur ; les espérances des catholiques se réveillèrent, et les protestants attendirent avec inquiétude la réalisation des vœux et des craintes qui agitaient tous les partis.

À la cour de Vienne on se croyait autorisé à exiger du nouveau généralissime des services proportionnés au prix quMl y avait mis; Wallenstein, cependant, ne parut nullement pressé de satisfaire ces exigences. Campé sur les frontières de la Bohême, un seul mouvement sérieux eût suffi pour en chasser les Saxons ; mais il se borna à des escarm3uches et à des affaires d'avant-postes; car il ne voulait pas les vaincre, mais les amener à s'allier avec lui; et Ferdinand, qui désirait toujours un rapprochement avec l'électeur de Saxe, seconda, sans le savoir, les secrets projets de son généralissime, en approuvant ses temporisations.

Le souvenir des bienfaits du roi de Suède était encore trop récent en Saxe pour c^ue l'on scmgeât à le trahir ouvertement ; et lors même qu'on \aurait pu concevoir une pareille pensée, on eût craint de se confier à la politique du cabinet autrichien, dont la perfidie n'était plus un mystère pour personne. Le caractère équivoque de Wallenstein n'inspirait pas plus de confiance. On refusa donc de croire à la sincérité de

ses oflfreâ» dans le seol cas peut-être où il était réellement de bonne foi. Sa position ne lui permit pas A'&bl donner la preuve, eu révélant à Jêan-Georges les véritables motifs qui lui faisaient rechercher son alliance.

Forcé à regret d'abandonner les négociations pour reprendre les armes, Wallenstein parut tout à coup devant Prague, dont la trahison d'uu capucin lui fit ouvrir les portes; et la garnison, qui s'était réfugiée dans la citatadelle, se rendit aux conditions les plus humiliantes. Ce succès lui permit de reprendre des négociations dont le feid-maréchal d'Ârnheim était toujours l'intermédiaire. Hais, pendant que ce général négociait pour lui, il s'empara des passages entre Âussig et Pirna, afin de couper la retraite à Farmée saxonne, et ce ne fut que grâce à l'habileté et à l'activité dont d'Amheim fit preuve dans cette circonstance, qu'elle parvint à rentrier dans son pays. Bientôt après, Ëger et Leutmeritz, les deux seules forteresses de la Bohême encore occupées par les Saxons, se soumirent aux Impériaux, et le royaume fut rendu à son légitime souverain avec autant de rapidité qu'il lui avait été enlevé.

Beaucoup moins occupé des intérêts de son maître que des siens, le duc de Friedland voulait transporter le théâtre de la guerre en Saxe, et contraindre ainsi Télecteur à prévenir la dévastation de son pays en signant on traité avec l'Autriche, ou plutôt avec son général dictateur; mais la force des circonstances le contraignit à suspendre l'exécution de ce projet.

Pendant que Wallenstein bornait, tous ses exploits à se rendre maître de la Bohême, les Suédois avaient remporté sur les rives du Rhin et du Danube les brillantes victoires que nous avons rapportées plus haut. Vainca sur les bords du Lecb, et resté sans appui par la mort ile Tilly, Maximilien ne cessait de demander avec instance à l'empereur, de détourner l'orage prêt à fondre

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sur ses Étais héréditaires; en venant au secours de la Bavière. Il ne dédaigna même pas de s'adresser à Wailenstein fui-mème; Ferdinand appuya cette démarche des recommandations bs plus pressantes, et chaque jour un courrier pariait pour la Bohême, chargé de dépêches qui priaient, suppliaient et ordonnaient tour à tour au généralissime de se diriger sur le Danube.

L'instant était venu enfin où Témpereur ne. pouvait plus se dissimuler à quel prix cruel 11 avait acheté leb services de Wallenstein ; car, dédaignant les prières de Maximilien et les ordres formels de son maître, ce général refusa positivement de marcher au secours de la Bavière. Sa présence en Bohême, disait-il, était beaucoup plus nécessaire, et l'intérêt bien entendu de la maison d'Autriche, qu'il s'était chargé de défendre, lui faisait un devoir de laisser Gustave -Adolphe sacrifier ses meilleures troupes et diminuer toutes ses ressources, par la conquête de la Bavière et la prise des forteresses de ce pays. Ce fut ainsi qu'il châtia par les armes des Suédois rinfortuné électeur, qui, à la diète de Ratis^ bonne, avait été le principal instrument de sa disgrâce, et qui, tout récemment encore, s'était énergiquemem opposé à sa réintégration.

Bientôt cependant l'entière soumission de la Bohême ne laissa plus de prétextes au duc de Friediand pour justifier son séjour en ce royaume, tandis que les succès , toujours croissants de Gustave- Adolphe menaçaient sérieusement la sûreté de l'Autriche. Aussi comprit-il la nécessité de consentir enfin à la jonction de son armée avec celle de l'électeur Maximilien, événement que les catholiques attendaient avec impatience, comme devant décider du sort de la guerre.

Trop faible déjà pour se mesurer avec l'armée de Wallenstein seule, Gustave- Adolphe devait nécessairement craindre de la voir s'augmenter encore par cell<»

tS8 HISTOIRE DE LA GUERRE ÙE TRE!ITB AITS.

de la Bavière, et pourtant il ne fit rien pour Ten empêcher. La haine bien connue qui existait entre le doc de Friedland et Télecteur lui avait fait erwe que jamais ils ne C(ni8entiraient à agir de concert pour atteindre le même but ; et lorsque révénement lui proora qu'il avait commis une erreur, il était trop tard pour la réparer. En vain se porta-tril en hâte dans le haat Palatinat; le duc de Bavière l'avait prévenu; et les deux armées s'étaient jointes à Éger, ville que Wallensteûii avait choisie pour être le théâtre de son triomphe ^dea vengeance.

Sourd â toutes les représentations, à toutes les prières^ il avait imposé à son ennemi la loi d'abandonno' se& États et de venir, avec ses troupes, solliciter en personne la protection que le malheur lui avait rendue indispensable; et l'orgueilleux Haximilien avait eu le courage de se soumettre à cette humiliation. Ce n'avait été qu'après de longs et pénibles combats qu'il avait pu ^ décider à devoir son salut à l'homme qui, s'il en eât été le maître, n'aurait jamais eu ce pouvoir ; mais une ibis cette résolution prise, il eut assez d'empire sur lui-même pour en supporter toutes les conséquences.

S'il avait été fort difficile de faire adopter à l'électeur de Bavière et au duc de Friedland l'idée d'une réconciliation, il fut plus difficile encore d'arrêter les conditions qui devaient la rendre sincère et durable. Le con^ mandement suprême ne pouvait appartenir qu'à un seul, et cependant tous deux y prétendaient. Haximilien fit* valoir l'éclat de sa naissance et de son rang, sa qualité de chef de la Ligue^ et surtout celle du plus puissant des souverains de l'empire germanique ; Wallen>tein s'appuya sur sa gloire militaire et sur le .pouvoir illimité dont le chef de cet empire l'avait revêtu. Si l'idée de se trouver sous les ordres d'un serviteuF ât l'empereur humiliait ajuste titre la fierté du souverain»

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