‹ Poésies de SchillerChapitre 197 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Suédois à le suivre au combat; la douleur, et sur* tout la perte do son sang qui coule a vec abondance, le rendent incapable d'avancer. C'est alors qu'il demande au duc de Lauenbourg, mais en français, aOn de n'être compris que par lui, de te conduire sans bruit hors de la mêlée. Le duc obéit; et, peut-être pour épargner aux Suéoois le spectacle cruel de leur roi blessé, il prend la roule la plus longue pour le conduire à l'aide droite et victorieuse de son armée. Pendant ce trajet, un second coup lui traverse le dos; le reste de ses forces Tabandonne, il se sent défaillir, et tendant la main au duc de Lauenbourg, il lui dit d'une voix mourante :

« J'en ai assez, frèie, va-t'en, laisse«moi, et sauve te^ € jours! »

 peine a-t-il prononcé ces mots, qu'il tombe à bas de son cheval; une grêle de balles le crible de nouvelles blessures, et il expire, abandonné- par l'homme qu'il croyait son ami, ignoré des siens, et enveloppé par les pillards et sanguinaires Croates.

La vue de son cheval couvert de sang, fuyant seul et aa hasard, révèle bientôt à la cavalerie suédoise le coup horrible qui vient de la frapper ; elle demande le cadavre de son roi, et pour ses restes mutilés s'engage un combat plus furieux que tous ceux qui l'avaient précédé. Bientôt l'armée entière sait, qu'elle n'a plus de chef, mais cette affreuse fiouvelle, loin d'abattre son courage, l'exalte jusqu'à la fureur. Qui oserait encore attacher quelque prix à sa vie, quand la plus glorieuse, la plus utile de toutes, vient d'airiver à son ternie 1 Comment l'homme sans importance aurail-il pu redouter les coups de la mort, quand elle venait de frapper une tète couronnée, une tète qui pensait pour toutes les autres et veillait à tous les intérêts?

Les Uplandais, les Smalandais, les Finlandais, les Osirogoths et les Visigolhs, se jettent avec la rage de lions

altérés de sang sur Taile gauche de Tennemi, et la roettent en déroule connpiète; mais en vain lout fuit devant eux » ils ne savent pas profiter de leur victoire. Tout à coup le duc Bernard de Weimar paraît à leur tète, et dirige leur haine pour le bien de tous.

Le génie de Gustave-Adolphe semble planer au-dessus de son armée victorieuse. L'aile gauche s'empare des batteries des moulins à vent, et les Impériaux essuient le feu de leurs propres canons. Le centre repasse ks fossés, se rend maître de la batterie qui les défendait, et se précipite sur les lourdes brigades de l'ennemi, qui résiste toujours plus faiblement. Le hasard se ligue avecla valeur suédoise, carie feu prend aux caissons des Impériaux, qui, à l'aspect des bombes et des grenades éclatant au milieu d'un épais nuage de fumée, se croient cernés de toutes parts et leur artillerie au pouvoir des Suédois»

Le combat touche à sa fin : uil seul instant encore, et la défaite des Impérieux est complète. Un nouveau caprice de la fortune retarde cette décision : Pappenheim vient d'arriver sur le champ de bataille 9vec huit régiments de dragons et de cuirassiers. Ce renfort considérable, auquel on ne s'attendait plus, répare et annule toutes les pertes que les Impériaux ont essuyée» jusquMci, et la lutte recommence.

La présence d'esprit de Pappenheim arrête les fugitifs^ sa valeur les ramène au combat. Entraîné par son héroïsme sauvage et par le désir de rencontrer Gustave- Adolphe, qu'il cherche à la place la plus périlleuse, i) charge la cavalerie suédoise, qui, fatiguée de vaincre, recule devant ce nouveau torrent d'ennemis qui se renouvelle sans cesse, comme s'il sortait des entrailles de la terre. L'arrivée inattendue de Pappenheim a ranûné le courage de l'infanterie impériale, et le duc de Friedland profite aussitôt de cet instant favorable pour la rat lier et former un nouvel ordre de bataille.

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