‹ Poésies de SchillerChapitre 198 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

K sa première attaque, les bataillons suédois sont rejetés-au delà des fossés, et perdent pour la seconde fois la batterie dont la double conquête leur avait coûté si cher. Le régiment jaune, le plus vaillant de tous ceux qui dans cette journée ont donné tant de preuves d'héroïsme, est étendu tout entier sur le sol, dans le même ordre admirable qui Ta distingué pendant le combat. Le régiment bleu, aux prises avec le comte Piccolomini, éprouve le même sort, après une résistance qui tient du prodige; carseptiois le célèbre et vaillant général autrichien revient à la charge, sept fois, il a un cheval tué sous lui, et déjà six balles de mousqueterie l'ont atteint; mais il ne quitte le champ de bataille que lorsqu'il se trouve entraîné malgré lui par la fuite de l'armée entière.

Pendant toutes ces luttes terribles, et au milieu d'une grêle de balles et de boulets , Wailcnstein, calme et impassible sur son cheval de bataille, a parcouru tous les rangs à pas mesurés, comme s'il s'était agi d'une simple revue. D'un geste il a fait distribuer des secours aux blessés ; ici son regard a gourmande le timide et lui a rendu le courage; là ce même regard applaudit à un trait de valeur el donne de la bravoure à tous. Son man teau est percé à jour par une pluie de balle^; des régiments entiers tombent autour de lui, et il reste debout et sans blessures ; le dien de la vengeance veille sur ses jours, car déjà il aiguise le fer qui doit lui donner une mort moins glorieuse. Wallenstein n'était pas digne d'exhaler son' âme coupable sur le* champ d'honneur sanctifié par le noble sang de Gustave-Adolphe.

Dans cette cruelle journée, Pappenheim, le Télamon de l'armée impériale, le champion le plus terrible de la maison d'Autriche et de l'Église catholique, fut moins heureux que son chef. N'écoutant que le besoin de se mesurer personnellement avec le roi de Suède, il s'étaii précipité au milieu des mêlées les plus acharnées. Au

reste, Giislave-Adolphe avait manifesté le même désir; lui aussi avait cherché sur le champ de bataille le général ennemi dont il admirait la valeur. La mort s'était réservé le privilège d'accomplir ce voaii ; elle a réuni ces deux héros, et les a réconciliés sans doute ; car elle éteint toutes les haines, toutes les rivalités de la terre.

Le sein percé de deux balles, Pappenheim fut entraîné de force loin du champ de bataille. Lorsque l'on pansa ses blessures, il entendit murmurer autour de lui que l'adversaire qu*il avait cherché avec une ardeur si imprudente, avait depuis longtemps cessé de vivre; et quand on lui conflrma cette nouvelle son visage s'épanouit, et une étincelle de joie ranima ses yeux éteints.

< Maintenant, s'écria-t-il, je ne vous empêche plus c d'aller dire au duc de Friedland que je suis ble^ à « mort! Ajoutez que je meurs avec bonheur, puisque c je sais que Tirréconciliable ennemi de ma religion est « tombé avant moi. »

La fortune de Wallenstein semblait avoir quitté le champ de bataille avec le général qui y avait paru d'une manière si inattendue. A peine la cavalerie de Vaîle gauche, déjà vaincue deux fois, s'aperçut-elle de Tabsence de Pappenheim, qu'elle crut tout perdu, et chercha son salut dans la fuite. I^ même terreur s'empara de l'aile droite, à l'exception 'de quatre régiments que la valeur des colonels Gœtz, Terzky, KoUoredo et Ficcolomini força à conserver leurs positions. ProGtaot de la consternation de l'ennemi, l'infanterie suédoise combla les vides que la mort avait faits dans ses rangs, en se reformant sur une seule ligne; elle se précipita sur les fossés, qu'elle franchit de nouveau, et pour la troisième fois elle s'empara de la batterie.

Depuis longtemps déjà le soleil descendait vers The* rizon, le jour et avec lui cette lutte terrible vont fînir; mais des deux côtés les derniers efforts ont toute la fu-

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