‹ Poésies de SchillerChapitre 199 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

reur d'une première attaque ; des deux côtés le désespoir, la valeur et l'adresse se disputent les dernières minutes qui doivent rendre décisive une journée perdue en combats aussi sanglants qu'inutiles. Vain espoir ! personne ne sait fuir, mais personne aussi ne sait vaiu- >cre! Le courage enfante des prodiges qui se surpassent sans cesse ; et quand la tactique semble s'être épuisée en merveilles, elle en produit de plus surprenantes en* core. Le brouillard et les ténèbres amènent enfin le résultat que l'égalité du courage des combattants n'avait pu obtenir. Le carnage cesse parce qu'on ne peut plus distinguer son ennemi. Les trompettes sonnent, les deux armées se séparent d'un accord tacite, et chacune d'elles, se proclamant non vaincue, disparaît du champ de bataille.

Lorsque le général Pappenheim reçut la dépêche qui le rappelait à Lulzen, il venait d'entrer à Halle, et ses troupes étaient tellement occupées du pillage de cette ville, qu'il lui fut impossible de les réunir toutes avec la promptitude qu^exigeait la gravité des circonstances. Leur laissant l'ordre de le suivre au plus vite, il était parti avec les huit régiments de cavalerie qui avaient répondu k son premier appel. Arrivé sur le champ de bataille au moment de la déroute de l'aile gauche de l'armée impériale, il s'^ était trouvé enveloppé un instant ; mais sa présence d'esprit et sa valeur étaient parvenues à rallier les fuyards et à les ramener au combat*

Si son infanterie était venue le rejoindre à temps, elle eût peut-être changé le sort de la Journée, et en tout cas elle eût épargné à Wallenstein la honte d'une défaite, constatée par l'abandon du champ de bataille et de toute son artillerie. Mais ce renfort si impatiemment attendu n'arriva que plusieurs heures après la retraite des deux armées, et il ue trouva dans la plaine

de Lulzen que des chevaux égarés, et les canons que, dans sa fuite précipitée, Wallenstein ayait laissés sur le champ de bataille.

Les troupes de Pappenheim se bornèrent à contempler ce spectacle, sans pouvoir deviner quel avait été le résultat du combat. Sans ordres pour diriger leur conduite, et surtout sans chef assez hardi pour se charge de la responsabilité d'une entreprise qtielconque, elles prirent la route de Leipzig, où elles espéraient retrouver le généralissime et l'armée. C'était en eftet dans celle ville que le duc de Friedland avait cherché an refuge. Le lendemain, les restes épars de ses troupes Ty rejoignirent, sans armes, sans artillerie et sans drapeaux.

De son côté, le duc Bernard de Weimar fit reposer l'armée suédoise entre Weissenfels et Lutzeu, aOn de pouvoir repousser l'ennemi s'il songeait à s'emparer du champ de bataille, couvert de plus de neuf mille morts de chaque côté, ce qui formait plus de vingt mille cadavres. Le nombre des blessés était beaucoup plus considérable ; et de l'armée impériale surtout, pas uo homme n'était sorti entièrement sain et sauf de cette balaàV\e acharnée. Des deux côtés, une partie de la haute noblesse avait péri.

Convaincu d'avance de la victoire de Wallenstein, qui devait nécessairement entrain^ la ruine de la réformation, l'abbé de Fuldes avait voulu être présent à ce combat d'une si haute importance pour lui, et il paya de sa vie son fanatisme curieux.. L'histoire ne fait aucime mention des prisonniers, preuve nouvelle de la fureur des combattants, qui ne voulaient ni accepter ni accorder merci.

Pappenheim, qu'on avait transporté mourant à Liâpzig, ne survécut que vingt^juatre heures à ses blessures. Sa mort fut une perte irréparable pour l'aroice impériale, qu'il avait tant de fois conduite à la victoire* La

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