LIVRE TROISIÈME
bataille de Prague, où il avait combattu à côtédeWallenstein, en qualité de colonel avait été son début dans la carrière militaire. Malgré la blessure grave qu'il reçut à cette bataille et le petit nombre de soldats restés debout autour de lui, il avait mis en fuite un régiment entier. Tombé à son tour, il était resté pendant plusieurs heures au milieu des morts et sous le poids de son clie^ val. •Des pillards impériaux, venus pour dépouiller les morts, le reconnurent et lui sauvèrent la vie.
Plus tard, il soumit avec très-peu de troupes les re* belles de la haute Autriche; sa valeur relarda la défaite de Tilly près de Leipzig, et Tempereur lui dut ses plus importants succès sur TElbe et sur le Wcser. Son ardeur sauvage, qui ne reculait devant aucun danger, le faisait regarder comme Tuistrument le plus terrible d*un général en chef, mais elle le rendait en même temps incapable de remplir lui-même ce poste. S'il faut en croire le témoignage de Tilly, l'intrépidité de Pappenheim, qui lui avait été si utile au début de la bataille de Leipzig, causa, quelques heures 4)lus tard , la perle de cette même bataille. Lui aussi prit une part sanglante au sac de Magdebourg; car la vie des camps lui avait fait perdre par degrés tous les principes de morale et tous les sentiments d'humanité et de véritable honneur, qu'il devait à une éducation distinguée et à ses nombreux voyages dans les pays les plus civilisés de l'Europe.
Dès sa naissance, au reste, la nature semblait l'avoir destiné au métier des armes ; car elle l'avait mar que au front d'une tache rouge, de 4a forme de deux sabres en croix. L'âge affaiblit cette marque; mais à chaque émotion qui accélérait le cours de son sang, elle reparaissait plus éclatante que jamais. Faut -il s'étonner si la superstition, si puissante à cette époque, vit dans ce phénomène la preuve que le comte
de Pappcnhcirn était prédestiné à exterminer, par le fer et par le feu, les ennemis de TÉglise romaine? Sa vie entière fut consacrée à justifier celle croyance, et les deux branches de la maison d'Autriche lui donnaient à Fenvi des témoignages de leur satisfaction ; mais la seule récompense qu*il ambitionnait depuis si longtemps arrivi trop tard : le courrier qui devait apporter au comte de Pappenheim la décoration de Tordre de la Toison d*or, partit de Madrid le jour même où ce général expirait à Leipzig.
Wallenstein avait pour ainsi dire proclamé lui-même sa défaite, en abandonnant toute son artillerie sur le champ de bataille, et en évacuant immédiatement la Saxe, malgré la résolution qu*il avait prise d*y établir ses quartiers d*hiver ; mais on n*en chanta pas moins des Te Deum dans toutes les villes de rAutriche et de TËspagne, pour célébrer son triomphe. 1^ victoire cependant ne pouvait être douteuse; le duc Bernard de Weimar était resté maître de la plaine de Luizen^ malgré ies régiments de Croates que Walleuste/n avait envoyés le lendemain pour s'en emparer ; et peu après ce prince reprit toutes les autres places tories de la Saxe.
Mais cette victoire avait coûté cher aux Suédois, et les cris de joie et de triomphe firent bientôt place à un morne désespoir; car il. n'était pas revenu avec eux du combat, le héros qui les avait accoutumés à vaincre; il était resté au milieu des cadavres mutilés, sur le sol où son nom seul avait suffi pour gagner la bataille. Et od se mit à le chercher, et on le trouva enfin près d'uœ énorme pierre, qui depuis plus d'un siècle gisait entre le canai et Lutzen, et à laquelle ce funeste événement i fait donner le nom de pierre des Suédois,
Le corps de Gustave-Adolphe, enfoui sous un oiodk céau de morts , était couvert de sang et de blessures,