LIVRE QUATRIÈME
tante, puisque le héros du Nord n*existait plus, et que, pour rinstant du moins, les protestants se trouvaient sans chef et sans principe d'union.
Fiers de ces avantages, les catho\iques n*étaient nullement disposés à les sacrifier à Tamour de la paix, à moins que cette paix ne leur procurât la réalisation complète de tous leurs désirs; et, en ce cas, les protes» tants ne pouvaient l'accepter sans signer leur perle. Il était donc bien naturel que des deux côtés on se préparât à continuer la guerre. Mais, pour le parti de la réformation surtout, ces préparatifs étaient difficiles, presque impossibles.
Gustave-Adolphe n'avait dû qu'à son influence personnelle les ressources immenses qu'il s'était procurées de tous côtés ; et ce qui n'avait été possible que pour lui s'était évanoui avec lui. La plupart des membres de la diète, que la crainte de l'empereur avait poussés à subir la loi d'un étranger, s'empressèrent de secouer un joug qui ne pouvait plus leur offrir les mêmes avantages; d'autres cherchèrent à s'emparer de l'autorité suprême, qu'ils n'avaient accordée à Gustave- Adolphe» que parce qu'ils se sentaient trop faibles pour la lui disputer ; d'autres encore cédèrent aux promesses séduisantes de l'empereur, et embrassèrent sa cause en trahissant la leur.
Le reste, écrasé sous le poids d'une guerre qui déjà . s'était prolongée pendant quatorze ans, soupirait après une paix quelle qu'elle fût. Les généraux de l'armée protestante, presque tous souverains de TEmpire, n'avaient plus de chef reconnu, et pas un d*eux ne voulait SB résigner à recevoir les ordres d'un inférieur, ni même d*un égal. La même discorde régnait dans le conseil.
JLa Suède n'était pas dans une situation plus avantageuso : une fille de six ans était devenue Théritière du ii'ône de Gustave-Adolphe, et les embarras inséparables
d*une longue régence ne permettaient guère d*espérer que le sénat déploierait l'énergie qu'exigeait la gravité des circonstances. Le génie actif du roi avait tiré h Suède de sa sphère étroite et obscure» et Tavait élcTée à une hauteur d'où elle ne pouvait plus descendre sans avouer qu'elle n'avait jamais été rien par elle-même, el que son éclat politique n'avait été que le reflet de l'éclat du grand homme qui Tavait gouvernée un instant.
La guerre d'Allemagne avait épuisé ses caisses et <Uminué sa population, et la nation succombait presque sous un fardeau dont rien ne la dédommageait ; car elle n'avait aucune part au butin qui enrichissait la noblesse et quelques soldats privilégiés. Tant que Gustave-Adolphe vivait, elle pouvait regarder les contributions extraordinaires qu'on lui imposait comme un prêt fait à ce monarque, que sa reconnaissance restituerait avec usure, puisqu'il ne pouvait manquer de prospérer entre ses mains habiles. Cet espoir s'évanouit à sa mort, et le peuple, fatigué de ses souffrances, refusa de les supporter plus longtemps.
Cependant l'flme de Gustave-Adolphe semblait animer les hommes à qui il avait confié l'administration de scm royaume. La conduite du sénat suédois, dans cette circonstance solennelle, rappelle celle des sénateurs de la vieille Rome, quand Brennus ou Annibal menaçaient l'existence de la patrie. La gloire de la Suède avait coûté trop cher au peuple pour que ses nobles représentants pussent consentir à y renoncer; ils ne voulaient pas avoir perdu pour rien le plus grand et le meilleur des rois. Forcé de choisir entre les calamités d'une goen« douteuse et les avantages matériels d'une paix honteuse, le sénat vola courageusement pour les périls el pour l'honneur; et le peuple ne put s'empêcher d'admirer cette assemblée de vieillards, qui, pour défendre la gloire nationale, retrouvèrent toute l'énergie de h