LIVRE QUATRIÈME
jeunesse ; et il se sentit vaillant et grand comme ses sénateurs.
Entouré d'ennemis au dehors et au dedans» le sénat s*arma contre tous avec autant de sagesse que d*hé» roisme, et travailla à l'agrandissement d'un royaume dont Texistence était menacée sur tous les points.
La mort de Gustave-Adolphe et la minorité de sa fille avaient réveillé les prétentions du roi de Pologne au trônede Wasa ; et Ladislas, fils deSigismond, ne négligea rien pour se créer un parti au sein même de la Suède. Ce motif décida le sénat à proclamer la jeune Christine» et à prendre la régence telle que le roi lui-même l'avait réglée avant son départ.
Toys les fonctionnaires du royaume furent convoqués à Stockholm pour prêter serment à la nouvelle reine. Des mesures sévères rendirent toute correspondance avec la Pologne impossible; une loi spéciale remit en vigueur les arrêts de proscription que les rois précédents avaient prononcés contre les héritiers- de Sigismond ; et pour s'assurer à tout événement une alUance puissante contre la Pologne, on resserra les liens d'amitié qui unissaient la Russie et la Suède.
La jalousie du Danemark s'était évanouie avec le grand roi qui l'avait excitée , et l'union entre ces deux États voisins devint d'autant plus intime et plus sincèriB, qu'elle favorisait, les secrets projets de Chris* tian IV sur la jeune reine, qu'il voulait marier avec son fils Ulric. L'Angleterre et la Hollande renouvelèrent au sénat l'assurance de leur amitié, ^t l'engagèrent à continuer une guerre si glorieusement commencée.
Le cabinet français, à qui son propre intérêt faisait un devoir de maintenir l'autorité suédoise en Allemagne, se montra plus que jamais disposé à la soutenir; car Gustave-Adolphe, qui lui portait ombrage, et qui l'aurait toujours empêché de réaliser ses secrets desseins
sur l'Alsace, n'existait plus. Au reste, la politique éclairée de Richelieu lui faisait comprendre qu'en abandi»* nant la Suède à ses propres forces, elle ne manquerait pas de se trouver réduite à conclure la paix avec la maison d'Autriche, ce qui annulerait tout ce que Toq avait fait pour affaiblir la puissance dangereuse de celle maison.
Ainsi fortifié par des alliances puissantes, le sénat de Stockholm persista dans la noble résolution de continuer, autant qu'il était en son pouvoir, les vastes desseins du roi. 11 serait injuste cependant de louer sans réserve une résolution à laquelle l'intérêt personnel n'était pas resté entièrement étranger. 11 est grand et beau sans doute de préférer les périls de la guerre, quand l'honneur national l'exige, aux douceurs d'une paix incompatible avec cet honneur; mais, en définitive, ce n'élait ni le sénat ni la noblesse suédoise, mais le peuple et l'empire germanique, qui devaient supporter k poids de la lutte.
Éloignée, du théâtre de la guerre et soumise à des formes administratives toujours lentes et minutieuses, la régence était peu propre à surveiller et à diriger ellemême la part active qu'elle voulait continuer à (Mrendre dans les affaires de l'empire germanique. Les intérêts du royaume en Allemagne ne pouvaient être bien défendus que par un seul homme, digne de remplacer, pour ainsi dire, Gustave-Adolphe. \je chancelier Oxenstiern, le premier ministre, l'ami intime, le conûdenl des plus secrètes pensées de ce monarque, et qui seul connaissait la nature et le degré de ses relations avec toutes les cours d'Europe, devait nécessairement fixer le choix du sénat.
Le chancelier Oxenstiern était à Hanau, dans la haute Allemagne, lorsqu'il apprit la mort du roi. Celte nouvelle fut plus terrible pour lui que pour tout autre; car