LIVRE QCATR1ÈUE
il perdait l'unique objet des plus tendres affections de éon cœur, et le seul homme capable de réaliser lep vœux de gloire et de prospérité qu'il avait formés pour son pays. Il eut pourtant la force de maîtriser sa douleur; car sa conscience lui disait que lui seul pouvait détourner une partie des maux que ce malheur allait attirer sur la Suède. Son esprit pénétrant devina les obstacles que lui opposeraient le découragenoent de la diète germanique, les intrigues des cours, les irrésolutions des alliés de Gustave- Adolphe, la jalousie des chefs de Tarmée suédoise , et la répugnance des souverains allemands à reconnaître l'autorité d'une puissance étrangère. Mais ce même esprit qui lui montrait toute l'étendue du danger, lui indiqua le moyen de le détourner. La consternation que la mort de leur protecteur avait causée aux protestants pouvait les pousser soit à conclure une paix onéreuse avec l'empereur, soit à resserrer leur alliance avec la Suède. Pour les amener à prendre ce dernier parti, il fallait, avant tout, déployer une noble confiance en soi-même et les éclairer sur leurs véritables intérêts. Malheureusement les formalités indispensables pour revêtir Oxenstiern des pouvoirs que le sénat venait de lui confier avaient fait perdre un temps précieux, que le parti impérial exploita à son profit.
C*en était fait de l'autorité suédoise en Allemagne, si Ferdinand II avait voulu suivre les sages conseils que Wallenstein lui donna dans cette circonstance. Mais ce fut. en vain que le généralissime l'engagea à proclamer une amnistie générale, afin de rallier tous les princes protestants à sa cause, en leur offrant lui-même des conditions favorables. Cette mesure aurait certainement produit l'effet que le duc de Friedland en attendait ; Malheureusement pour l'empereur, la mort de Gustave- Adolphe avait tellement exalté ses espérances, qu'il repoussa toute négociation DacifiQue; et l'Espagne le
fortifia dans ie funeste projet de s'agrandir parles conquêtes que la continuation de la guerre semblait lui promettre.
Enrichi par la dlme des biens ecclésiastiques que le pape \enail de lui accorder, le cabinet de Madrid avança à Ferdinand des sommes considérables, traita pour loi avec rélecteur de Saxe, et leva en Italie des troupes destinées à fortifier le parti catholique en Allemagne. L'électeur de Bavière aussi avait trouvé moyen de réorganiser une armée, et le duc de Lorraine, trop aventureux pour ne pas chercher à profiter du changement survenu dans les affaires, se prépara i rentrer en campagne.
Oxensticrn, qui redoutait beaucoup moins 1^ hostilités ouvertes du parti impérial que les hésitations et la perfidie de ses alliés, s'empressa de quitter la haute Allemagne, dont il s'était assuré la fidélité par des traités et des garnisons, pour se rendre dans la basse Allemagne, afin de rompre par sa présence les trames perfides qu'on y ourdissait contre la Suède. L'électeur de Saxe surtout lui était suspect.
Ce prince en effet avait été tellement offensé de \*aatorité que le sénat venait d'accorder à Oxenstiem, et qui donnait à un simple gentilhomme le droit de lui dicter des ordres, qu'il n'avait plus besoin d'autres conseils que de ceux de son amour-propre pour regarder comme nul le traité conclu avec Gustave-Adolphe; mais il balançait encore sut le choix de l'un des deux partis qu'il voulait prendre, celui de se réconcilier avec l'empereur, ou de se mettre à la tête des protestants contre l'Autriche et contre la Suède. Le duc Ulric de Brunswick nourrissait des projets à peu près semblables, qu'il ne se donnait pas même la peine de caeli^; car il refusa aux Suédois le droit de recruter sur son territoire» et convoqua les représentants protestants