LIVRE QUATRIRMe
docteurs allemands , il se sentait dans une sphère in« connue, et les lenteurs et les hésitations qui caractéri* salent toutes les délibération» publiques de TEmpirene pouvaient manquer de le désespérer. Dédaignant un usage consacré par le temps, auquel les plus grands empereurs ont été forcés de se soumettre, et qui convient si bien au flegme allemand, il refusa d'accorder aux députés les dix jours de délai qu'ils exigeaient pour achever l'examen de ses propositions par des discussions écrites. Il ne lui était pas donné de comprendre comment on pouvait avoir besoin d'un pareil laps de temps pour délibérer sur une demande qui y selon lui, devait être accordée dès qu'il l'avait faite.
La dureté de sa conduite avec les députés ne les empêcïha pas cependant de lui donner un éclatant témoignage de conûance, lorsqu'il leur représenta la nécessité de choisir un chef et protecteur de Talliance protestante en Allemagne. Ce protectorat fut unaninienient accordé à la Suède, et ils le supplièrent humblement de la représenter parmi eux. Poussés par les conseils de Tagent du cabinet français, qui voulait limiter -le pouvoir du chancelier, les députés ajoutèrent à roflre qu'ils venaient de lui faire la proposition de lui associer un certain nombre de commissaires, qui, sous prétexte de lui aider à supporter le fardeau des affaires, seraient chargés de la caisse et de surveiller le recrutement, la marche et le mouvement des troupes. Oxenstiern protesta vivement contre cette surveillance, et finit par obtenir une autorité illimitée en tout ce qui concernait les opérations militaires.
La question des dédommagements que la Suède pouvait, à la fln de la guerre, attendre de la reconnaissance de ses alliés, ne fut pas résolue à l'entière satisfaction d'Oxenstiern. 11 avait demandé la concession formelle de la Poméranie ; mais les états se bornèrent à lui pro-
mettre de proportionner les récompenses et les indemnités aux services que son gouvernement leur rendrait.
Celte circonspection ne prenait sa source que dans la erainte de rendre la Suède trop puissante. Si elle eût été inspirée par le respect dû aux constitutions de TEmpire, qui en défendent le démembrement, les députés ne se seraient pas montrés si prodigues envers le chancelier, qu'ils comblèrent de dons magnifiques; et si l'agent français n*avait pas mis tout en œuvre pour ar* rèter les élans de leur générosité, aussi imprudente que peu patriotique, ils auraient fait présent au ministre suédois de l'archevêché de Mayence, qu'au reste il occupait déjà par droit de conquête. Enfin, si les déterminations de ce congrès ne réalisaient pas toutes les espérances d'Oxenstiern, il avait obtenu du moins, pour lui et pour son gouvernement, la direction de la guerre, Talliance des quatre cercles de la haute Allemagne, el un subside annuel de deux million^ et demi de r»chsthalers. Pendant cette même réunion, le chancdier trouva moyen de récompenser les députés des concessions qu'ils lui avaient faites.
L'électeur palatin Frédéric V, réduit depuis si-longtemps à une vie errante et à marcher humblement à la suite de Gustave-Adolphe, où il avait dépensé le reste de sa fortune personnelle, venait de le suivre dans la tombe. Ce malheureux prince avait regardé la mort da roi de Suède comme un dernier revers qui le livrait da nouveau à la haine de ses ennemis, et cette mort œpea* dant fit à ses héritiers une position bien au-dessus toutes leurs espérances. Le héros du Nord seul avait se permettre de refuser d^abord la restitution du Pa tinat, et de l'accorder ensuite comme 1^ don d*uii rain à son vassal.
Oxenstiern, qui devait avant tout donner une haï i^pinion à ses amis, et même à ses ennemis, de sa probii