LIVRE QUATRIÈME
en Bavière , il fallait découvrir FAlsacc, que le général Hom avait soumise, et où il était parvenu à im- poser des garnisons suédoises «aux villes de Bcnfeld, Schelestadt, Colmar et Haguenau. Après son départ, le rhingrave Othon-Louis, chargé de la défense de cette contrée, où il ne se soutenait qu'avec peine, reçut l'ordre de marcher sur le Danube. Malgré ce nouveau renfort, le général. Banner se vit encore forcé d'appeler à son secours le duc Bernard de Weimar. Ce général, qui / depuis l'ouverture de la campagne de 1633 occupait le territoire de Bamberg, se mit aussitôt en route, défit en passant un corps bavarois commandé par le général Jean de Werth, et effectua sa jonction avec Banner près de Donawerth.
Cette armée , devenue imposante par le nombre, et surfout par le talent et la valeur des généraux qui la commandaient, menaçait la Bavière d'une invasion complète. Déjà ellp s'était emparée de l'évôché d'Ëichstadt; Ingolstadt était sur le point d'éprouver le môme sort : et le général Altringer ne pouvait opposer à ces progrès qu'une résistance faible et indécise, car les ordres exprès de Wallenstein lui défendaient toute action décisive. Tant de circonstances favorables autorisaient l'armée suédoise à compter sur un triomphe prochain et éclatant, lorsqu'elle se trouva tout à coup paralysée par une révolte du corps des officiers.
La Suède devait tout ce qu'elle était à la bonne discipline, à la persévérs^nce et à la valeur de son armée ; ses fatigues s'augmentaient avec la témérité des entreprises des généraux et des combinaisons du cabinet, qui, sans son bon vouloir, n'eussent été que de vains projets. Tous les grands résultats de cette guerre n'avaient en eflet été obtenus que par le sacrifice de la vie des soldats dont Gustave-Adolphe n'était point avare; car il avait pour principe qu'il ne faut jamais désespérer d'une
victoire, quand elle ne doit coûter que des homtnet.
L'expérience ayant appris aux soldats à connaître leur importance, ils se crujrent autorisés enfin à demander leur part des conquêtes si chèrement achetées aux dépens de leur sang. Mais les besoins de l'État, et plus en> core la cupidité des chefs, absorbaient tout; et Tannée, qui ne recevait pas même régulièrement sa solde, n'avait d'autre récompense que le pillage et l'espoir d*an avancement qu'à cette époque déjà Tintrigue obtenait souvent au mépris des droits acquis.
Le respect mêlé de crainte qu'inspirait Gustave- Adolphe avait réduit au silence leur juste mécontentement; mais, après sa mort, des murmures s'élevèrent de toutes parts et éclatèrent en réclamations impérieuses au moment même où l'État avait plus que jamais besoin du zèle et du dévouement de l'armée. Pfuhl et Mitschefal, deux officiers qui depuis longtemps s'étaient (ail remarquer par leur esprit inquiet et séditieux, soulevèrent le camp suédois des rives du Danube.
tf Tous les jours, disaient-ils à leurs camarades, on c rançonne les princes allemands, et nous ne voyons « jamais rien de ces sommes immenses que nos chets se (( partagent entre eux. Tandis qu'on nous pousse àtraa vers les neiges et les glaces, et que pas une voix ne « s'élève pour plaindre nos fatigues et célébrer noire « courage, on déclame au congrès de Helbornn contre c les excès de l'armée, sans songer que , puisqu'on n'a c( pas honte de la laisser mourir de faim et de froid, il c faut bien qu'elle cherche à se nourrir et à se ré> «( chauiïer. Les savants, dans des écrits que le monde c entier lira, parient à tort et à travers du génie et de (( la valeur de nos généraux; pas un d'eux ne dit que ce c n'est qu'à la force de nos bras et à notre intrépidité « qu'ils doivent tous leurs succès. »
Ces discours entraînèrent la plupart des ofQcîeiSf