LIVRE QUATRIÈME
tous prêtèrent le serment solennel de n'obéir à aucun ordre supérieur avant que la solde arriérée ne fût payée aux troupes, et qu*on n'eût accordé à chacun d'eux une gratification convenable, soit en argent, soit en terres conquises. Les sages représentations du duc Bernard de Weimar ne produisirent aucun effet; et la sévérité des généraux suédois ne servit qu'à augmenter Firritation des mutins. Ils exigèrent qu'on désignât à chaque régi-
' ment une ville allemande chargée d'acquitter les arriérés dans un délai fixé, et déclarèrent que si/au bout d'un mois, le chancelier n'avait pas rendu justice pleine et entière à cette demande, ils trouveraient le moyen de se payer par lews propres mains , et ne tireraient plus jamais Tépée pour le service de la Suède.
Cette réclamation impérieuse, faite dans uni moment où toutes les caisses étaient vides, inquiéta sérieusement Oxenstiern; il comprit qu'en la dédaignant, l'esprit de rébellion pourrait gagner l'armée tout entière, et le ré*
.duire à se trouver tout à coup sans soldats au milieu d*un pays ennemi; et cependant il était dans Timpossibilité matérielle de faire droit à celte réclamation. Le duc Bernard de Weimar, qui s'était acquis la confiance etl'aflection des troupes par son courage, ses talents et la douceur de son caractère, exerçait seuï assez d'influence sur leur esprit pour apaiser cette sédition. Le chancelier le savait, aussi le chargea-t-il de cette tâche ; mais, avant de l'accepter, le duc profita de l'importance momentanée qu'elle lui donnait pour obtenir des avantages que, dans toute autre occasion, il n'aurait pas osé demander.
Gustave-Adolphe lui avait promis un duché qui devait se composer des évèchés réunis de Bamberg et dt- Wurtzbourg; il exigea non-seulement la réalisation immédiate de cette promesse, mais encore le titre et l'autorité de généralissime des armées suédoises en Aile-
magne. Cet abus d'une position avantageuse qu'il ne' devait qu'au hasard indigna tellement Oxenstiern , que dans le premier mouvement de sa colère il lui 6t dire que la Suède n'avait plus besoin de ses services. Se repentant presque aussitôt de cette démarche impolitiqae, il se borna à refuser au duc Bernard, sous un prétexte convenable et pour Tinstant seulement , le commandement en chef; mais il lui céda, à titre de fief suédois, les évèchés promis , et que ses troupes occupaient déjà. Il s'engagea en même temps, au nom de son goavemement, à. le maintenir dans la possession de ces États, à la condition que les forteresses de Wurtzbourg et de Kœnigshof seraient occupées par les troupes suédoises.
Satisfait de cet arrangement, le duc Bernard harangua les mutins, fit des promesses brillantes à l'armée, et finit par apaiser entièrement la révolte, en distribuant lui-même parmi les officiers de fortes sommes d'argent, ainsi que des terres dont la valeur se montait à plus de cinq millions de reichsthalers, et sur lesquelles (a Suède n'avait d'autres droits que celui de conquête.
Ce fut par de pareils sacrifices qu'on parvint k rétablir la discipline et à ranimer le zèle de l'armée. Mais le moment de l'employer utilement en Bavière était passé; on se sépara donc, et chaque général conduisit ses trou* pes dans les provinces, où de nouveaux dangers lai*promettaient de nouveaux succès. Le général Horn surprit le haut Palatinat, fit la conquête de la nouvelle Marche, et s'avança sur les frontières de la Souabe, où les Impériaux avaient réuni des forces considérables dans rintention d'envahir le Wurtemberg. A l'approche des Suédois, ils se retirèrent aussitôt jusque sur les bords du lac de Constance, et montrèrent ainsi à l'ennemi une route qui jusque-là lui était restée inconnue.
Gustave Horn comprit la nécessité de posséder une place forte à l'entrée de la Suisse, afin de pouvoir établir