LIVRE QUATRIÈME
duc de Friedland venait de leur faire faire» et une trêve de quinze jours fut tout ce que le comte de Terzky put obtenir. Pour utiliser ce délai, le comte Kinsky fut envoyé à Dresde, afin de s'entendre avec le chargé d'affaires de France sur les secours que ce cabinet avait fait espérer au généralissime impérial.
Feuquières, qui avait en effet reçu de son gouvernement Tordre de promettre à Wallenstein une avance d'argent aussi forte que ses besoins pourraient l'exiger, n'osa exécuter cet ordre; car il venait d'apprendre l'imprudence qu'on avait commise en révélant à l'armée alliée un projet qui demandait le plus grand mystère. Le dévouement bien connu du ministère saxon à la cause de l'empereur ne permettait pas d'espérer qu'il pût jamais approuver un pareil projet, et la part que ce même projet faisait aux Suédois n'était pas assez brillante pour les décider à concourir à son succès. Feuquières confia ses inquiétudes sur l'inconcevable conduite de Wallenstein au chancelier Oxenstiern. Cet homme d'État, qui n'avait jamais eu aucune confiance dans la loyauté du généralissime impérial , trouva les propositions qu'il venait de faire à la Suède fort audessous de ce qu'elle avait le droit de prétendre. Il n'ignorait pas que naguère il avait entamé des négociations semblables avec Gustave- Adolphe; mais la promesse de pousser l'armée impériale tout entière à trahir son souverain ne lui parut pas moins impossible à réaliser, et il douta qu'elle eût été faite de bonne foi. En comparant le caractère circonspect et mystérieux de Wallenstein avec la démarche qui avait été faite en son nom en Silésie, il finit par croire qu'il avait voulu tendre un piège à l'armée alliée.
O'Ârnheim lui-même ne tarda pas à partager cette opinion : c'est qu'il était plus naturel de. douter de la probité que de la haute raison de cet homme extraor-
dinaire, qui semblait tout à coup avoir pris à tâche d'entasser contradictions sur contradictions. Tout en recherchant l'alliance des Suédois, il disait aux Saxons qu'il fallait au plus vite chasser ces audacieux étran* gers de tous les points de l'Empire; et presque au même moment il profita de la sécurité que la trêve inspirait aux officiers saxons pour s'emparer de leurs personnes et les retenir prisonniers dans son propre palais, ôû ib étaient venus lui rendre visite. Lui-même aussi rompit le premier cette trêve qu'il avait demandée , et qu'il ne tarda pas à solliciter de nouveau. C'est ainsi qu'il repoussa par degrés la confiance de ses plus zélés partisans, qui finirent par ne plus voir dans sa conduite qu'un tissu de perfidies pour augmenter son armée aux dépens de celle des alliés ; et ce résultat, il l'obtint en eflet. Chaque jour un grand nombre de soldats quittaient le drapeau de la réformation pour s'enrôler sous le sien; mais cet avantage important ne le rendit pas plus empressé à réaliser les espérances de la oour de Vienne. Au moment où elle avait lieu de s'attendre à une affiaire décisive, elle apprenait qu'il venait de renouveler les négociations de paix; et quand, une trêve protégeait l'ennemi, il reprenait brusquement les hostilités.
Ces contradictions apparentes avaient cependant un but profond, mais difficile à atteindre ; il voulait perdre en même temps l'empereur et les Suédois, et conclure avec la Saxe une alliance dans son intérêt personnel. Fatigué de la marche trop lente des événements et des plaintes réitérées du cabinet impérial, il prit enfin la résolution de réaliser ses projets par la force ouverte. Avant la dernière trêve déjà , il avait envoyé le générai Ilolk en Misnie avec l'ordre positif d'y mettre tout à feu et à sang. Ces horreurs furent un instant suspendue par la mort de ce général , qui périt par suite de