‹ Poésies de SchillerChapitre 218 sur 258 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

débauches; mais, immédiatement après respiration de la trêve, Wallenstein fit un nouveau mouvement vers la Saxe, et répandit le bruit que Piccolomini le précédait pour envahir et saccader ce pays. Trompé par ce bruit, d'Arnheim quitta aussitôt la Silésie pour aller au cecours de la Saxe, sans songer qu'il abandonnait à la merci de Tennemi le petit corps d'armée suédois stationné sur roder, près de Steinau, sous les ordres du comte de Thurn.

Wallenstein, qui s*était attendu à cette faute, se hâta d'en profiter. Laissant les Saxons s'éloigner de trente lieues environ, il envoya tout à coup le général Schafgotsch en avant, avec Tordre de surprendre la cavalerie suédoise. Peu préparée à une attaque, elle fut mise en déroute, et l'infanterie cernée par le gros de l'armée impériale. Après cette manœuvre, Wallenstein •fit dire au comte de Thurn qu'il lui accordait une demiheure pour décider si avec deux mille cinq cents hommes il voulait essayer de résister à une armée de vingt mille, ou s'il préférait se rendre à discrétion. Dans une pareille circonstance, le choix n'était pas douteux, et les Suédois déposèrent les armes. Les soldats furent incorporés dans l'armée impériale, et les ofQciers faits prisonniers de guerre. L'artillerie, les armes, les bagages, les drapeaux et étendards restèrent au pouvoir de l'ennemi. Cette victoire, qui n*avait pas coûté une goutte de sang, causa d'autant plus de joie au parti impérial et surtout aux jésuites, qu'elle avait enfin fait tomber au pouvoir du vainqueur le célèbre comte de Thurn, le chef de la première révolte de la Bohème, et la cause principale, quoique involontaire, de cette guerre désastreuse.

La cour de Vienne attendait avec une vive impatience ce grand criminel, à qui on préparait déjà un supplice entouré de la pompe effrayante que le fanatisme reli-

gieux et les haines politiques aiment à donner à leurs vengeances. Mais le duc de Friediand baissait trop les jésuites pour leur procurer lui-même ce triomphe; et d'ailleurs le comte de Thum savait sur ses secrets projets beaucoup plus qu'on n'en devait apprendre à Vienne. Ces considérations le décidèrent à lui rendre la lib«1é. Le parti catholique aurait pardonné au duc de Friediand une bataille perdue; mais sa vengeance frustrée l'irrita au point qu'il l'accusa hautement de trahison. N'opposant à ces reproches qu'une moquerie dédaigneuse, il répondit au cabinet de Vienne :

< Que vouliez-vous donc que je fisse de ce frénélî- « que? nous serions trop heureux si l'ennemi n'avait que c de pareils généraux, et je vous réponds qu'il rendra € de plus grands services à la tète d'une armée suédoise a qu'au fond d'un cachot. »

La prise de Liegnilz, de Gross-Glogau et de Francfort-sur-rOder suivit de près la victoire de Steinau. Le général Schafgotsch bloqua Breslau, mais sans succès, car cette ville libre et jalouse de ses privilèges était sincèrement attachée aux Suédois. Les colonels Illoct GœU relevèrent Thonneur des armes impériales sur la Baltique, et s'emparèrent de la ville de Landsberg, qu'on regardait comme la clef de la Poméranie. '

De son côté, Wallenstein entra avec son armée dans la Lusace , où il prit Gœrlitz d'assaut et força Bautzen à se rendre. Son intention cependant n'était pas de poursuivre ses conquêtes, mais de contraindre l'électeur de Saxe à accepter l'alliance qu'il lui offrait sai» cesse , et que ce prince refusait plus fortement que jamais y depuis les imprudentes révélations faites eÊ Silésie à l'armée alliée par le comte de Terzky. En dirigeant toutes ses forces contre la Saxe» il aurait sans doute fini par arracher à Jean-Georges un consentement que toutes les intrigues de cabinet n'auraient pa

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