‹ Poésies de SchillerChapitre 220 sur 258 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

un de ses équipages, afin qu'il pût voyager plus commodément et avec plus d'éclat.

A peine parti de Pilsen où il laissa à Piccolomini le soin de surveiller Wallenstein, Gallas fit connaître aux différents corps d*armée qu'il rencontra, les pouvoirs qu'il avait reçus de Vienne, et qu'on accepta avec plus de soumission qu'il n'avait osé l'espérer. II est inutile sans doute d'ajouter que, loin d'engager AUringer à se rendre à Pilsen, lui-même se garda bien d'y retourner. Il conduisit un renfort dans la basse Autriche, que le duc Bernard de Weimar menaçait d'une invasion, et AUringer se rendit à la cour pour y donner de nouveaux renseignements sur Wallenstein. Budweiss et Thabor, deux villes importantes de la Bohême, reçurent des garnisons dévouées à l'empereur, et furent chargées d'opposer une résistance ouverte aux ordres que Wallenstein pourrait leur donner.

Après le départ de Gallas, Piccolomini exploita à son tour la crédulité du duc, et pour se mettre à l'abri de sa vengeance, il lui offrit d'aller chercher Gallas et Altringer. L'orgueil démesuré de Wallenstein ne lui permettait pas de revenir sur une opinion une fois énoncée, et de convenir ainsi qu'il pouvait se tromper. Aussi no douta-t-il point de la bonne foi de Piccolomini, et il le fit partir dans une de ses voitures, qui le conduisit à Lintz, d'où il se rendit à Vienne.

Piccolomini lui avait promis de revenir : il tint sa promesse, mais ce fut à la tète d'une armée destinée à le combattre. Tandis qu'il se dirigeait vers Pilsen, un autre corps commandé par le général Suys s'avançait vers Prague pour maintenir cette ville dans le devoir ft la protéger contre une attaque des rebelles. De son côté, Gallas signifia à l'armée la patente impériale qui le nommait successeur de Wallenstein, et fit afficher partout la sentence qui mettait hors la loi fancien gêné-

372 HfSTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS.

ralissime et ses quatre principaux complices. Ces me> sures firent éclater les haines que le duc de Fricdiand s^étâit attirées, et un concert de malédictions s*éleva contre lui. Forcé enfin de croire à la trahison de Piccolomini et des deux autres généraux, il fit publier la défense d'obéir à tout ordre qui ne serait pas signé par lui ou par Terzky et Illo.

Croyant avoir prévenu ain^i les dangers que l'abandon des chefs les plus influents de son armée ne pouvait manquer d'attirer sur lui, il se disposa à réunir toutes ses troupes pour les conduire à^ la conquête de TAutriche; et le duc Bernard de Weimar qu'il était parvenu à mettre dans ses intérêts , devait seconder cette entreprise. Déjà Terzky s'était mis en route pour Prague, où il l'aurait suivi, si le manque de chevaux ne l'avait pas forcé à retarder son départ. Ce fut en ce moment qu'il apprit que le parti impérial s^était rendu nîaitre de la capitale; qu'à l'exception des troupes dont il était entouré, l'armée entière l'avait abandonné, et que Piccolomini s'avançait vers lui avec des forces imposantes.

C'est dans les positions exceptionnelles que les grands caractères paraissent dans tout leur éclat. Trompé dans ses espérances, trahi par ceux-là mêmes qu'il avait comblés de bienfaits, Wallenstein tenait pluB que jamais à la réalisation de ses audacieux projets ; à ses yeux rien n'était perdu encore , car il s'était resté fidèle à luimême. En eflet, si la sentence qui le déclarait coupable de haute trahison, et le mettait hors la loi, lui enlevait une partie de ses partisans, elle lui valait du moins l'avantage de ne plus laisser à la Suède et à là Saxe aucun doute sur la sincérité de sa haine pour, l'empereur,, et de tout ce qu'il pourrait faire pour anéantir la puissance de ce monarque.

D'Arnheim*et Oxenstiern comprirent cette vérité, el

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