LIVRE QUATRIÈNB
avec l'ennemi, on aiguisait presque sous ses yeux le fer destiné à le frapper. La sentence impériale qui le mettait hors la toi avait produit son effet, et la justice éter» nelle permit que le plus ingrat des sujets tombât sous les coups de ses plus ingrates créatures.
Un Irlandais nommé Lesslie, qu'il avait particulière* ment comblé de ses faveurs, et qu'il regardait comme un de ses partisans les plus dévoués, se décida à devenir l'assrassin de son bienfaiteur, parce que des récompenses brillantes étaient promises à celui qui oserait débarrasser Tempereur de cet ennemi redoutable. A peine arrivé à Éger, le perfide Irlandais communiqua tous les secrets que Wallenstein lui avait confiés pendant la route à Buttler et à Gordon , tous deux colonels commandants de la place d'Êger, Irlandais comme lui et bientôt ses complices. Ces hommes, courageux jusqu'à la férocité, reculèrent cependant à l'idée d^ tremper leurs mains dans le sang de leur général ; ils résolurent de le livrer vivant, projet que facilitait la confiance de leur victime. £n effet, Wallenstein ne supposait pas même la possibilité qu'il pût avoir quelque chose à craindre de la garnison d'Êger, et dans toutes les éventualités possibles il croyait avoir en elle des défenseurs dévoués. Lesslie surtout redoubla tellement de soins et d'attentions pour lui» affecta des craintes si vives pour sa sûreté, que le duc poussa la condescendance et la bonté jusqu'à chercher à le rassurer, en lui confiant qu'il venait de recevoir l'avis de la prochaine arrivée des Saxons et des Suédois. Cet aveu imprudent prouva aux trois conjurés qu'ils n'avaient pas un instant à perdre; car dès le lendemain Éger pouvait être occupé par les Suédois, à qui le généralissime voulait en confier la' garde comme la clef de la Bohème. Sa mort et celle de ses plu» fidèles amis fui donc arrêtée pendant la nuit même, et fixée à la nuit suivante.
Pour faciliter rexéculion de ce crime, le colood Biittlcr fil préparer en hâte un grand festin, sous prétexte de célébrer les heureuses nouvelles que le généralissime venait de recevoir. Trop préoccupé pour vouloir paraître à une réjouissance publique , Wallensteia s'excusa; ses amis seuls promirent d'assister au banquet. Celte circonstance força les assassins à changer de mesures à son égard; pour les autres victimes, elles restèrent les mêmes. Avant leur arrivée , on avait io- Iroduil secrètement dans la citadelle tous les soldats dé la garnison qu'on avait pu entraîner dans le complot, et cinquante dragons du régiment de Buttler, caches dans une pièce communiquant à la salle du festin , devaient s*y précipiter à un signal convenu, et frapper les officiers qu'on leur avait désignés d'avance.
Tout se passa comme on s'y était attendu. Les amis de Wallenstein, sans aucun pressentiment du piège infernal qu'on leur avait tendu, s'abandonnèrent aux plaisirs de la table, et portèrent des toasts exaltés au grand homme qui, disaient-ils, avait cessé d'être le jouet de la ])erfidie de l'empereur, pour devenir un souverain indépendant. Le vin délia tellement leur langue, qu'Hic s'écria avec emphase :
<c Avant trois jours, Wallenstein se trouvera à la tète € d'une armée plus formidable que toutes celles que « jusqu'ici il a conduites à la victoire,
« Et alors, ajouta imprudemment le capitaine Neo- € mann, nous laverons dans le sang autrichien la tadie « de trahison dont ces vils esclaves ont osé nous salir, b
S'il était encore resté quelques doutes aux conjurés sur la sincérité des confidences que Wallenstein leur avait faites, ces discours les eussent détruits. On servît enfin le dessert ; Lessiie donna le signal convenu, les soldats placés dans la citadelle levèrent le ponl-levis et fermèrent toutes les issues; les dragons de Bulller se