LIVRE CINQUIËMB
joui qu*cn espérance, mais encore le moyen de conquérir ce duché, ou toute auti:p partie de l'Allemagne , sans la protection suédoise, protection que le ton impérieux d^Oxenstiern lui avait rendue odieuse. La France seule pouvait venir à son aide; il réclama son assistance, et l'obtint sans difficulté.
Depuis longtemps Richelieu cherchait à diminuer l'influence de la Suède dans la guerre d'Allemagne, qu'il }
voulait diriger lui-même sous un nom emprunté, et le duc Bernard lui paraissait plus que tout autre propre à lui en fournir le moyen ; car, réduit à se jeter dans ses bras sans aucune condition , il ne pouvait jamais s'élever assez haut pour devenir indépendant. Trop prudent pour s'engager dans des négociations écrites, il l'avait invité à se rendre près de lui, et le duc avait été le trouver à Saint4}ermain-en-Laye, où il signa, dans le mois d'octobre 1635, non en qualité de général suédois, mais en son propre nom, un traité par lequel la France s'engageait à lui payer une pension d'un million cinq cent mille livres pour ses besoins personnels, et quatre millions de livres pour l'entretien de l'armée qu'il devait commander sous la direction du cabinet français.
Pour l'engager à hâter la conquête de l'Alsace, on lui avait promis cette province à titre de récompense, à la fin de la guerre. Le duc Bernard feignit d'être dupe de cette générosité, qui était loin de la pensée de Riche- . lieu ; mais il sentait la nécessité d'opposer la dissimulation à la perfulie. Plein de confiance en sa bonne épée, il espérait que, s'il parvenait à arracher ce pays à l'ennemi qui en était le maître, il saurait bien aussi le défendre contre les amis qui voudraient le lui disputer. Jamais, au reste, il n'avait eu l'intention de rompre avec les Suédois ; aussi avait-il commencé ses opéra* tions en conduisant l'armée levée avec l'argent de la France sur les bords du Rhin, où il avait mis les Impé-
riaux dans riiopossibikté d'envoyer des renforis oontre le général fianner.
Tout en secondant ainsi les Suédois, il n*aTait pasélé moins utile au cardinal La Valette, qui, dès Tannée précédente, avait été repoussé jusqu'à Metz par le générai Gallas. Ce vaillant général avait également repris aux Suédois les villes de Mayence et de Franckenthal, et il aurait réalisé son audacieux projet d'établir ses quai^ tiers d'hiver sur le territoire français, si le duc Bernard, en venant au secours du cardinal \jsl Valette» ne Tavait pas forcé de se replier sur la Souabe.
Dès la campagne suivante, Gallas passa le Rhin près de Brissac, et chercha de nouveau à jeter lo théâtre de la guerre en France ; il réussit même à s'emparer du comté de Bourgogne pendant que les Espagnols envahissaient la Picardie par les Pays-Bas, et que Jean de Wertb, un des plus célèbres généraux de lalt^ne, pénc trait en Champagne, et menaçait Paris d'une prochaine invasion ; mais la vaillance française arrêta l'audace des Autrichiens, et une défaite éprouvée devant une forteresse insignifiante de la Franche-Comté les força de renoncer une seconde fois à leurs projets de cmiquètes. Une nécessité impérieuse avait seule pu contraindre le duc Bernard à plier sous les ordres d'un chef tel que La Valette, plus propre à porter fièrement le chapeau de cardinal qu'à manier avec honneur le bâton de maréchal de France. Si, en dépit de ce joug si contraire à ses vastes desseins, il avait fait la conquête de Saverne, en Alsace, le mauvais succès des armes françaises dans les Pays-Bas ne l'en avait pas moins mis dans rimpossîbililè de se soutenir sur le Rhin, pendant les campagnes de 1636 et 1637. Mais lorsqu'on 1638 il parvint à se dêbai^ rasser du lien qui Tavait retenu jusque-là, et à devenir enfin \e seul maître de son armée, il donna tout à coap à la guerre des allures ditîérentes.