‹ Poésies de SchillerChapitre 234 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Qniltant dès le$ premiers jours du mois de février ses quartiers d*hiver, qu*il avait établis dans l'évôché de Bàle, il vint camper sur les bords du Rhin, malgré les neiges et les glaces qui semblaient rendre impossible la reprise des hostilités. Après s'êlre emparé par surprise des trois Waldstetten, Laufenbourg, Waldshut et Seckingen, il mit le siège devant Rheinfeld. Hais le général autrichien duc de Savelli vint au secours de cette ville avec des forces tellement supérieures en nombre , que le duc Bernard fut obligé dé se retirer, après avoir essuyé des pertes considérables. Pour réparer cet échec, il profita de la sécurité que sa retraite avait inspirée à Tennemi ; et, déjouant toutes les prévisions humaines, il l'attaqua trois jours après (le 21 février 1638), et le battit Complètement.

Celte brillante victoire coûta aux Impériaux non-seulement une partie de leur armée, artillerie, bagages et munitions, mais les quatre généraux qui la comman* daient : Savelli, Jean de Werth, Enkefordet Sperreuter, furent faits prisonniers avec deux mille officiers ou soldats. Richelieu fit venir ces deux derniers généraux en France, afin de flatter la vanité nationale par la vue de ces illustres captifs ; et, pour achever d'étourdir le peuple sur les sacrifices qu'on lui imposait pour soutenir la guerre d'Allemagne, une procession solennelle porta à Notre-Dame de Paris les drapeaux et les étendards con« quis sur les Impériaux, et fit trois fois le tour du maîtreautel en inclinant devant lui ces trophées, que l'on finit par confier à la garde du sanctuaire.

Immédiatement après cette victoire , le duc Bernard s'empara de Rheinfeld, de Rseteln et de Freibourg ; elles enrôlements volontaires qui venaient renforcer son ar* mée ne tardèrent pas à la rendre formidable.

La forteresse* de Brissac, sur le haut Rhin , passait à Juste titre pour la clef de l'Alsace ; aussi les Autrichiens

la gardaient-ils avec un soin tout particulier. (Tétait pour la garantir de toute surprise, que, dans les années précédentes, on avait exposé à une perte certaine rannée italienne du duc de Feria. La solidité de ses remparts et les avantages naturels de sa position lui permettaient dç défier les attaques réitérées d'un ennemi intrépide; et cependant tous les généraux de Tempereur, stationnés dans la contrée, avaient pour mission principale de protéger cette place, et de tout abandonner pour la sauver, si jamais elle se trouvait menacée.

L^ fortune avait si visiblement protégé le duc Bernard, qu*il se crut autorisé à ne plus rien voir d'impossible pour lui, et il prit la résolution de s'emparer de Brissac, non par la force, mais par la famine. Ôe prcj^ téméraire lui avait été inspiré par Timprudence du commandant de cette place, qui , persuadé qu'on n^oserait jamais Fattaquer , venait de convertir en argent les immenses provisions de vivres entassés depuis longtemps dans les magasins.

Instruit de cette circonstance et des préparatifs du duc Bernard pour assiéger Brissac, le général autrichien de Gœtz vint en hâte à la tôte de douze mille hommes et trois mille chariots chargés de vivres pour approvisionner la place; mais le duc attaqua ce convoi près de Wittevryer , mit Tescorte en déroute , et s*empara des chariots. Le duc de Lorraine , qui vint à son tour pour faire lever le siège avec six mille hommes , éprouva le même sort sur le Champ des Bœufs ( Ochsenfeld ) , près de Thann; et le général Gœtz, à peine remis de sa défaite, essaya de nouveau , mais en vain , de secourir la ville. Elle se rendit enfin le 7 décembre 1638, après un siège de quatre mois , qui lui avait fait éprouver toutes les horreur^ de la famine.

En prenant possession de Brissac, le duc Bernard dé ploya autant d'humanité et de générosité qu'il avait

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