LIVRE CINQUIÈME
posés à embrasser la cause impériale; et malgré l'ostentation que la France avait déployée en déclarant la guerre à l'Espagne, elle avait essuyé plusieurs défaites.
En vn mot, la Suède avait perdu tout ce qu'elle possédait dans rintérieur de l'Allemagne; en Poméranie même, il ne lui restait plus que les places principales, lorsqu'elle fut tirée de cet abaissement par une seule campagne, et surtout par la diversion que les victoires du duc Bernard sur les bords du Rhin avaient faite aux forces impériales. Pendant ce temps, la France et la Suède avaient renouvelé à Hambourg leurs anciens traités, avec des avantages nouveaux pour cette dernière puissance. D'un autre côté, la princesse Amélie, veuve du landgrave de Hesse-Cassel , avait pris, du consentement des représentants des états, les rênes du gouvernement, où elle se maintint avec fermeté malgré les intrigues et les hostilités ouvertes de l'empereur et des princes de la ligue de Hesse-Darmstadt, qui lui contestaient ses droits à rhéritage de son mari.
Par des négociations habiles, cette princesse sut résister jusqu'au moment où une alliance secrète avec la France la mit à l'abri de tout danger; et bientôt les victoires du duc Bernard, si favorables à la cause protestante, qui était aussi la sienne, lui permirent de bannir toute contrainte et de se déclarer ouvertement en faveur de la Suède. Le jeune prince palatin avait levé une armée contre l'ennemi commun avec l'argent de l'Angleterre. Le générai autrichien de Hatzfeld avait, il est vrai, mis cette armée en déroute près de Flotha ; mais cette expédition inanquée eut du moins l'avantage d'avoir occupé les Impériaux,* et de taciliter ainsi les opérations des Suédois sur d'autres points. Plusieurs de leurs anciens amis commençaient à leur redevenir favorables, et les États de la basse Saxe avaient consenti à rester neutres*
^418 HISTOIRE DE LA GUEBRE DE TRENTE A!fS.
Ce fut SOUS ces auspices favorables, et fortifié {wr quatorze mille hommes qii*on lui avait eoToyés de h Suède et de Livonie» que Banner avait ouvert la canh pagne de 1638. Chaque jour son armée s'était grossie par la désertion des Impériaux, qui, pressés par la faim, leur plus cruelle ennemie, s'enrôlaient sovs le drapeao suédois, où le manque de vivres se faisait moms cnieilement sentir ; car la Poméranie, quoique déjà épuisée, pouvait encore passer pour riche en comparaison des provinces allemandes.
Tous les pays entre TElbe et l'Oder étaient tellement dévastés , que Banner n^aurait pu les traverser avec son. armée sai)s Texposer à y mourir de faim. Aussi , lorsqu'il fut redevenu assez fort pour quitter h Poméranie et tenter une expédition contre la Saxe et la Bohème , prit-il un long .détour pour arriver dans ces provinces. En s'approchant du territoire de Halberstadt, tout Téleclorat de Saxe avait été saisi d'an tel efTroi, qu'on s'était empressé d'envoyer au-devant de lui des provisions de vivres pour le décider à rester dans les environs de Magdebourg. L'envoi de ces Vivres était un sacriRce d'autant plus cruel qu'on avait déjà été réduit par la famine à vaincre Fhorreur qu'inspire l'idée de se nourrir de chair humaine. Mais Banner n'avait nulle envie de séjourner dans ces provinces afiamées; son intention était de s'emparer des États héréditaires de l'empereur.
Après avoir battu le général autrichien de Salis devant Elsterbourg, défait l'armée saxonne pr^ de Schemnitz, et pris possession de Pima, il pénétra en Bohême, passa l'Elbe, menaça Prague, soumit Brandels et Leutmerits, mit le général Hofkirehen en déroute, et répandit la terreur et la consternation par toute là Bohème. Dans ce malheureux royaume, qu'on avait laissé sans défense, tout ce qui pouvait se transporter devint la proie des