LIVRE GINQUIÈHB
vainqueurs; pour se faire des provisions de grains,* les soldats coupaient les épis dans les champs, où les chevaux venaient manger et gaspiller le reste. Plus de mille châteaux ou villages furent réduits en cendres, et souvent on en vit, dans une seule nuit, des centaines dévorés par les flammes. De la Bohème, ces vainqueurs furieux s'étendirent en Silésie, d*où ils menaçaient d'un sort semblable la Moravie et l'Autriche, lorsqu'ils furent arrêtés dans leurs sanglants succès par les généraux Hatzfeld et Piccolomini, sous les ordres de l'archiduc Léopold, que l'empereur avait chargé de réparer la dé* faite de Gallas.
Chassés de leurs quartiers d'hiver en Bohème dès le commencement de 1640, les Suédois ne songèrent qu*à sauver leur butin, et se retirèrent avec tant de précipitation à travers les montagnes de la Misnie, qu'ils y furent surpris et battus par les Saxons. Ce revers les réduisit à chercher un refuge en Thuringe. Si une seule campagne avait suffi pour rétablir la gloire de leurs armes, une seule aussi suffit pour la leur faire perdre; mais une suivante la relèvera de nouveau, et c'est ainsi que nous les verrons sans cesse passer d'une extrémité à l'autre.
Fatigués enfln des chaînes que leur imposait la paix de Prague. les ducs de Lunebourg conduisirent au secours de Banner les troupes avec lesquelles, quelques années plus tôt, ils Pavaient combattu. La Hesse lui envoya des auxiliaires, et le duc de Longueville, général en chef de l'ancienne armée du duc Bernard, devenue la propriété de la France, vint avec ses vaillantes troupes le rejoindre devant Erfurt, où il était campé et menacé d'une ruine totale.
Redevenu asâez fort pour braver de nouveau les Impériaux, Banner leur offrit la bataille près de Saafeld; mais leur chef Piccolomini l'évita , et la position qu'il
avait prise ne permit pas de l'y contraindre. Forcé de chercher ailleurs des conquêtes à faire, il voulut attaquer les Bavarois, qui venaient de se séparer des Impériaux et dirigeaient leur marche vers la Franconie. Mais la prudence du général bavarois Mercy et Fapprodic d^m corps autrichien firent échouer ce projet. L^deox armées de la Bavière et de TAutriche entrèrent dans le pays de Hesse, où elles s'enfermèrent, non loin l'une de l'autre, dans des camps fortifiés, d'où le froid et la famine ne tardèrent pas à les chasser. PicColomini choisit pour ses quartiers d'hiver les riches bords du Weser; mais, devancé par Banner, il fut obligé de les lui céder, et d'aller désespérer par sa désastreuse présence lescvêchés de la Franconie.
Au milieu de ces événements, une diète s*était réunk à Ratisbonne, afin de décider en dernier ressort de la paix ou de la guerre. L'empereur Ferdinand III la présidait en personne ; mais la plupart des membres protestants étaient absents, et les catholiques , et surtoai les évêques, dirigeaient seuls les délibérations; aussi le parti de la réformation soutint-il avec raison que VEmpire n'était pas représenté à cette diiète. Les protestants allèrent jusqu'à dire qu'ils ne voyaient dans cette di^ qu'une conspiration de l'empereur et de ses partisans contre leurs intérêts et leurs droits. Persuadé qu*eD troublant cette assemblée et qu'en la dispersant avant qu'elle eût eu le temps de prendre *une décision, il acquerrait des droits à la reconnaissance de tous les ennemis de Pempereur et réparerait sa gloire militaîrct compromise par le mauvais succès de son expédition es Bohême , Banner se proposa de surprendre la ville de Ratisbonne.
Ne confiant à personne son audacieux projet, il quitta brusquement, et au milieu de l'hiver de 1641, ses quar tiers de Lunebourg. L'épaisse couche de neige qui cou-