‹ Poésies de SchillerChapitre 239 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

vrait toutes les routes lui facilita le moyen de transpor* ter ses troupes avec une vitesse extrême , et les glaces profondes qui enchaînaient le cours des rivières lui permirent de les franchir sans ponts et sans bateaux. Traînant après lui le maréchal de Guébriant, un des chefs de Tarméé de France et de Weimar (nom sous lequel on désignait l'ancienne armée du duc Bernard }, Banner traversa avec la rapidité de Téclair la Thuringe et la Voigtland , et parut en face de Ratisbonne avant que dans cette viUe on eût pu recevoir la nouvelle de son-départ de Lunebourg.

Il serait impossible de décrire la consternation de la diète : les représentants des puissances étrangères prirent la fuite ; tous les souverains allemands se disposèrent à imiter cet exemple : l'empereur seul eut le courage de déclarer qu'il ne quitterait point la ville , quel que fût le sort qui lui était réservé , et sa fermeté inspira du courage aux plus timides. Malheureusement pour les Suédois, un dégel inattendu rompit les glaces du Danube , et ce fleuve, encore immobile la veille , et qu'on pouvait passer à pied sec , devint tout à coup si furieux, que la démence seule aurait pu songer à y jeter un pont ou seulement quelques J)ateaux.

Vaincu par l'inconstance de la saison, Banner qui voulait du moins avoir fait quelque chose pour humilier l'empereur etefirayer Ratisbonne, ne se retira qu'après avoir tiré cinq cents coups de canon dans les rues de cette ville 9 où ils firent beaucoup de fracas, mais fort peu de mal. Pour se dédommager de cette entreprise échouée, et assurer à ses troupes de bons quartiers d'hiver et un riche butin, il prit la résolution de pénétrer en Moravie par la Bavière; mais le général français refusa de le suivre plus longtemps, dans la crainte qu'il ne cherchât ainsi à éloigner l'armée de France et de l^eimar pour en disposer à son gré. 11 retourna donc vers

le Mein » laissant Banner exposé aux attaques de toute l'armée impériale, qui s'était réunie en hâte entre Ratb* bonne et Ingolstadt.

. Risquer une bataille contre un ennemi si supérieur en nombre eût été assurer sa perte; la retraite à traveis une contrée ennemie, sillonnée de fleuves et couverte de forêts , paraissant également impossible; mais rien ne Tétait pour l'esprit si fertile en expédients et le couinge indomptable de Banner. La route qui, à travers le Wald^ conduit en Saxe, était la seule qui lui restait à prendre; pour s'y jeter il avait besoin d'arrêter l'ennemi pendamt quelques jours du moins, et il confia cette tâche importante à trois régiments suédois, qui, sans autres remparts que les murs à moitié écroulés de Neubourg, occupènefit par leur valeur Spartiate toute l'armée impériale durant quatre jours, dont Banner profita pour s'échapper par Éger et Ànnaberg. Mais Piccolomini le poursuivît sur une route plus courte, et s'il n^eût pas eu le bonheur de le devancer d'une demi-heure prés du passage de Prisnitz, c'en eût été fait pour toujours de l'autorité suédoise en Allemagne. À Rwickau, Banner rejoignît de nouveau le général de Guébriand , et tous deux se dirigèrent vers Halberstadt, après avoir vainement essayé d'empêcher les Autrichiens de passer la Saale.

Ce fut à Halberstadt, au mois de mai 1641 , que le gé> néral Banner termina sa glorieuse carrière; et cette fois du moins on ne peut attribuer la mort prématurée d'un grand homme à un autre poison qu'à celui de h débauche.

Si la fortune n'avait pas permis au général Banner de soutenir la gloire des armes suédoises avec un éclat ajustant , il ne cessa jamais de se montrer digne du héros

^ C'est par ce mot, qui signifie forêt, qu'on désigne la partie él Boehmerwald (forêt de Bohême) qui appartient à la Bavière.

(2Voto du Iradueiêmr*}

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sous lequel il s'était formé au métier des armes. Aussi prudent qu'intrépide, son secret n'était jamais qu*à lui ; ^

et il exécutait avec promptitude les vastes et téméraires ' conceptions de son esprit inépuisable en ressources. <

-Inaccessible à la crainte, il aimait le danger ; plus grand dans l'adversité que dans la fortune , ses ennemis ne le redoutaient jamais davantage que lorsqu'il paraissait toucher à sa perte. Mais à ces hautes qualités il joignait tous les travers, tous les vices que la vie des camps engendre souvent, et qu'elle excuse toujours.

Aussi absolu au conseil qu*à la tête d'une armée, rude comme son métier, fier comme un conquérant, il désespéra les princes allemands ses alliés, plus encoi-e par l'arrogance de ses manières, que par les contributions dont il surchargeait leurs Ëtats. Ami des plaisirs de la tablç et de toutes les jouissances des sens, il s'y abandonnait sans réserve , comme le seul moyen de se dédommager des fatigues et des privations de la guerre ; et il en usa avec si peu de modération, que sa mort fut générale* ment attribuée à sa vie déréglée.

Mais s'il fut sensuel, dissolu et somptueux comme Alexandre et Mahomet II, il savait comme eux passer tout à coup de Tenivrèment des voluptés et du luxe, aux fatigues et aux périls de la guerre ; et ce fut presque toujours au moment où ses soldats l'accusaient d'étouilcr ses vertus guerrières dans une mollesse honteuse et efféminée, qu'on le voyait reparaître à la tête de son ar- * niée avec toute l'austérité sévère, le courage infatigable et le calme imposant d'un grand capitaine. Les diverses batailles qu'il livra sur le sol allemand coûtèrent la vie à plus de quatre-vingt mille hommes, et les six cents drapeaux et étendards quUl envoya à Stockholm immortalisèrent son nom, en constatant ses nombreuses victoires.

La perle de ce grand général fut d'autant plus cruelle

pour la Suède, que tout l'autorisait à la regarder comme irréparable. L'énergie de Banner avait seule pu contour la licence effrénée et l'esprit de révolte qui depuis longtemps s'étaient introduits dans rarmée. Aussi, à peine les officias furent-ils instruits de sa mort, qu'ils demandèrent leur solde arriérée d'un ton d'autorité et de menace; et des quatre généraux qui s'étaient partagé le commandemeiit de l'armée aucun ne put les bin rentrer dans le devoir.

Tous laj liens de 1» discipline se relâchèrent; le défaut de vivres, et les circulaires de l'empereur qiu appelaient sous ses drapeaux les soldats de toutes les nations, occasionnèrent une désertion considérabie. L'armée de France et de Weimar montrait peu de «ète; celle de Lunebourg se sépara des Suédois; la maison de Brunswick se réconcilia avec l'empereur après k mort du duc Georges, et les Hessois se dirigèrent vers la Weslphalie pour se reposer de leurs fatigues. L'ennemi, malgré les deux grandes batailles qu'il avait perdues pendant la campagne, profita du désordre occasionné par la mort du général Banner pour prendre pied dans la basse Saxe. Mais tout à coup un généralissime, Bernard de Torstensohn, arriva de la Suède avec des troupes nouvelles et toutes les ressources nécessaires pour recommencer la guerre,

Torstensohn était un élève de Gustave-Adolphe, qu^il avait d'abord servi eu qualité de page, et sous les ordres duquel il avait fait la première canopagne de la Pologne. Malheureusement la goutte, en paralysant ses membres, l'avait enlevé à une carrière à laquelle il paraissait prédestiné; mais, malgré son infirmité, il parvint en pea de temps à changer complètement les affaires de la Suède en Allemagne. Réduit à commander l'armée dans une chaise à porteurs , il surpassa tous ses adversaires par la rapidité d^ ses manœuvres, et les défit tantôt par

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