LIVRE GlNaUlËME
la Bdgesse et tantôt par l'audace de ses opérations. Si des souiïrances cruelles enchainâient les mouvements de son corps, les créations de son génie avaient des ailes.
Jusque-là, les Étals autrichiens étaient restés exempts des ravages qui depuis longtemps désolaient l'Allemagne: Torstensohn s'était promis de les leur faire éprouver à leur tour. Tous les généraux suédois avaient eu ce projet, lui seul sut le réaliser. Il conduisit son armée, épuisée par des privations de toute espèce , dans cette Autriche privilégiée, où régnaient encore le luxe et Tabondance; et sa main perdue^ plus forte que la main de ses prédécesseurs , jeta le brandon de la guerre jusque sur les marches du trône impérial. Tous les généraux suédois, et notamment le général Stahlhantsch , qui, après avoir été battu en Silésie par les Impériaux, s'était réfugié dans la nouvelle Marche, reçurent l'ordre de se rendre avec leurs troupes dans le pays de l.unebourg, où le nouveau généralissime venait d'établir son quartier général.
Là, les préparatifs se firent avec tant de promptitude et de mystère, que l'armée suédoise put traverser les États de Brandebourg, malgré la neutralité armée que son nouvel et célèbre électeur venait d'adopter, et elle parut en Silésie avant que l'ennemi eût eu le temps de deviner de quel côté elle voulait diriger ses attaques. La ville do Glogau fut prise sans le secours de l'artillerie : au lieu de battre les remparts en brèche , les assaillants les escaladèrent l'épée à la main, et s^emparèrent de la place sans avoir ni reçu ni tiré un coup de canon. Le duc François-Albert de Lauçnbourg, lui qui avait vu Gustave-Adolphe recevoir à ses côtés une balle autrichienne, périt d'une balle suédoise près de SchweidnitZt après avoir été témoin de la déroute complète des troupes qu'il commandait. La ville de Schweidnitz et toutes les
provinces au delà de l*Oder furent conquises a?ec<UM rapidité qui tenait dû prodige.
Après ces premiers succès, Torstensohn envahit b Moravie, où jamais encore aucun ennemi de l'Âutridie n'avait pénétré, et se rendit maître d'OImutz. La non* velle de la perte de cette forteresse, que l'on croyait imprenable, répandît la terreur jusque dans la ville impériale. L'archiduc Léopold et le général Piccolomini réunirent aussitôt leurs forces, et obligèrent le conquérant suédois à quitter la Moravie, et bientôt après h Silésie. Mais, appelant aussitôt à lui le général Wrangel avec son corps d*armée, Torstensohn reprit roffensife, et s'empara de nouveau de la plupart des villes perdues. Malgré ses efforts, il ne put contraindre les Impériaoi à livrer bataille, et chercha en -vain une occasîoa de pénétrer en Bohème.
Pour se dédommager de ces tentatives manquées, ii envahit la Lusace, se rendit mailre de Zittau, continua sa marche à travers la Misnie, passa l'Elbe près de Torgau. Alors seulement il s'arrêta pour mette le siège devant Leipzig, où il se flattait de trouver des vivres en abondance et de grandes richesses, car depuis près de dix ans, cette ville avait presque toujours été épargnée par le fléau dé la guerre. L'archiduc et Piccolomini accoururent aussitôt au secours de cette opulente cîié. Loin de les éviter, Torstensohn marcha à leur rencontfê en ordre de bataille, et, par un singulier concours d*é vénements, il se trouva en face <d'eux sur le même terrain où, onze ans plus tôt, Gustave-Adolphe avait fondé la puissance suédoise en Allemagne par une victoire éclatante.
Ce glorieux souvenir enflamma l'ardeur de l'armée ci de ses ohefs, et tous jiu*èrent de se montrer dignes è^ sol sanctifié sur lequel ils avaient le bonheur de cooibattre. Les généraux Stablhantsch et Willenbei^ se je-