‹ Poésies de SchillerChapitre 3 sur 258 · BolIkneiBter, Schiller^ê lugend Geêchichle^ p · texte numérisé non relu

BolIkneiBter, Schiller^ê lugend Geêchichle^ p

chemin, saisi par ces douces et trompeuses chimères de la jeunesse, emporté tout d'un coup, sur des ailes d'or, dans une sphère idéale, et bercé comme un enfant assoupi dans l'harmonieuse région des songes? Les uns, en outrant les yeux à la lumière, en observant Tillusion dont ils avaient été le jouet, ont vu, comme Icane, leurs ailes se fondre aux rayons d'une lumière trop vive, et se sont noyés, comme lui, dans une vague impénétrable. D'autres, pleins de force encore après cette chute, ont su rester sur le rivage et s'y frayer une nouvelle route. Schiller était un de ceux qui peuvent passer par plusieurs épreuves sans y épuiser leurs forces et leur pouvoir, et la biographie de ces hommes qui ont traversé courageusement, noblement, les écueils de l'art et de la fortune, est une étude intéressante dont tout esprit sérieux doit tirer d'utiles leçons.

Schiller avait manifesté dès son enfance un sentiment très-religieux. A l'école militaire il conserva le même penchant, et la lecture de Klopstock ne pouvait que le fortifier. En 1 777, le souvenir des enseignements de sa famille, les pieuses exhortations de sa mère le dominaient encore pleinement. Il publia dans le Magasin de Souabe Une prière qui mérite d'être citée conrnié

une des plus pures, des plus tendres manifesta* tioQS de cette âme de poète.

«Souvent, dit-il, les ténèbres du doute ont enveloppé mon cœur, et dans Tangoisse que j'éprouvais, ô mon Dieu ! tu le sais, j'ai cherché ta lumière. Tu m'as soutenu dans de mauvais jours, dans des jours où, d'un côté, la superstition lançait ses arrêts passionnés, où , de l'autre, l'incrédulité me jetait son rire moqueur. Me voilà vacillant dans l'orage, hélas ! et le faible roseau succomberait dans sa faiblesse si tu ne prenais {Mtié, ô notre Père, de tes créatures ! Garde mon cœur dans ce repos, dans ce saint repos où nous sommes plus accessibles à la vérité. Le soleil ne se reflète pas dans la mer orageuse, il ne répand ses lueurs éclatantes que sur le miroir des vagues paisibles. Conserve-moi ce calme, pour que je puisse, mon Dieu, reconnaître Jésus-Christ que ta nous as envoyé; car là est la vérité qui fortifie le cœur et qui élève l'âme. Si j'ai la vérité, j'ai Jésus ; si j'ai Jésus, j'ai Dieu; si j'ai Dieu, j'ai tout J'entends le son de la cloche qui m'appelle au temple. Je vaislà porter ma croyance, m'affermir dans la vérité, me préparer à l'éternité. Dirigemoi, mon Père, ouvre mon cœur aux impressions de^l'd vérité, afin que je puisse les commu-

niquer aux miens et qu'ils soient heureux, d Entre l'année 1776, où cette prière fut vraisemblablement composée, et l'année 1778 où Schiller écrivit les Brigands^ une révolution radicale s'opéra dans son esprit. Après avoir été si vivement ému, et, Ton pourrait dire, absorbé par le sentiment religieux, il se sentit peu à peu attiré, entraîné par toutes sortes de réflexions et d'idées diverses.

Bientôt il éprouva cette inquiétude, cette agitation d'une âme jeune, sincère, passionnée, qui, ayant perdu son premier point d'appui, en cherche aventureusement un autre, s'afflige de ce qui lui manque, et s'irrite de ne point trouver ce qui trompe ses ardents désirs* 11 a lui-même dépeint d'une façon touchante cette situation douloureuse, dans un roman qu'il écrivait alors sous le titre de : Lettres de Jules à Raphaël. w Heureux temps, dit-il dans une de ces lettres, jours célestes où, les yeux fermés, je suivais encore avec ivresse le cours de la vie. Je m'abandonnais à mes sensations et j^étais heureux; Raphaël m'a appris à penser, et je suis prêt à pleurer sur cette découverte. Tu m*as enlevé la foi qui me donnait le calme. Tu m'as enseigné à mépriser ce que je vénérais. Tant d'idées étaient pour moi

sacrées, avant que ta triste sagesse les dépouillât de leur diarme! Quand je voyais le peuple se rendre en foule à l'église, quand j'entendais les membres d'une nombreuse communauté unir leurs voix dans une même prière, oui, me disaisje, oui, elle est divine cette loi que les meilleurs des hommes confessent, qui subjugue l'intelligence et console le cœur. Ta froide raison a éteint mon enthousiasme: Ne crois, m'as-tu dit, qu'à ton jugement ; il n'y a rien de sacré que la vérités et ce que le jugement reconnaît est la vérité. J'ai obéi, j'ai sacrifié mes plus douces pensées. Mon jugement est le seul guide qui me reste pour m'élever à Dieu, à la verlu, à l'éternité. Malheur à moi, si dans les actes de ce jugement je venais à trouver quelques contradictions, s'il fallait douter de son infaillibilité, si l'une des fibres malades de mon cerveau troublait sa direction ! »

Un peu plus loin, dans ces mêmes lettres, Schiller formule sa nouvelle philosophie, et cette philosophie est un panthéisme poétique. «Toutes les perfections de l'univers, dit-il, sont réunies en Dieu. La nature et Dieu sont deux grandeurs égales. La nature est un Dieu divisé à l'infini. Là où je découvre un corpsf, je pressens un es-

prit; là où je remarque un mouvement, je devine une pensée. Tous les esprits tendent à la perfection selon le libre état de leurs forces. La perfection que je conçois est la mienne; le bonheur que je me représente est mon bonheur. Je désire cette perfection parce que je l'ainicCe que nous nommons amour est le désir d'un bonheur étranger. L'amour est la boussole puissante du monde intellectuel, le guide qui doit nous conduire à la Divinité. Si chaque homme aimai tous les hommes, il posséderait par là le monde entier. »

Ce fut dans cette effervescence de la pensée, dans ce conflit des sentiments pieux, naïfs, don il s'éloignait, et des nouvelles croyances dont i cherchait à s'emparer, que Schiller écrivit les Brigands et Tode à Charles Moor, dernier sanglot de celte tragédie terrible, dernier accent des émotions violentes que Schiller s'était données lui-même en la composant.

Cette ode parut dans une Anthologie que le poète publia en 1782, et qu'il remplit presque en entier de ses propres œuvres: Déjà ce n'était plus l'écolier laborieux, mais peu sûr de lui-môme, inquiet et incertain, qui, en s'essayant à faire son thème, n'osait quitter des yeux le maître

qu'il s'était choisi, le rhythme qui lui servait de modèle. En s'abandonnant un jour à un mouvement de fougueuse inspiration, il avait en quelques semaines accompli une œuvre d'une rare hardiesse, et obtenu un éclatant succès. Maintenant il s'en allait plus libre et plus fort, oubliant les liens trop étroits dans lesquels il s'était luimême enlacé, et peignant tantôt avec une virile énergie, tantôt avec une grâce suave, tantôt avec une généreuse colère, ses propres émotions.

On trouve dans V Anthologie xxn grand nombre de pièces de différents tons et de différentes natures, dont la plupart ont été conservées dans le dernier recueil des œuvres lyriques du poëte, les unes en entier, lés autres modifiées, corrigées, et' parfois considérablement abrégées par lui.

Telle est entre autres celle qui a pour titre : Rousseau y dont Schiller n'a gardé que deux strophes % et qui primitivement en avait quatorze. Bans cette pièce il dépeignait les souffrances du philosophe errant de contrée en contrée et s'écriait avec un amer sarcasme : « Qui donc sontils ceux qui jugent les sages? vile écume de l'esprit qui disparaît devant le regard étincelant du

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