LE PHILOSOPHE ÉGOÏSTE
As-tu vu l'enfant, ignorant encore de Tamour qui le réchauffe et le berce, et dormant tantôt sur on bras, tantôt sur un autre, jusqu'à ce que Tardeur de la passion éveille le jeune homme, et que tout à coup le monde se révèle à lui avec le sentiment de son existence ?
As-tu vu la mère lorsqu'elle veille sur le repos de son enfant, lorsqu'elle achète, par la privation de son propre sommeil, le sommeil de son bien-aimé, qu'elle s'inquiète des rêves qu'il fait, qu'elle alimente de sa vie cette vie tremblante, et ne se paye de ses sollicitudes que par d'autres sollicitudes ?
Et tu blasphèmes cette grande nature qui, sous l'image d'un enfant et sous celle d'une mère, tantôt reçoit et tantôt donne, et ne subsiste que par le besoin 1 Tu veux te suffire à toi-même, te soustraire à cette noble chaîne, qui unit dans une douce confiance la créature à la créature. Tu veux, pauvre être, rester seul, uniquement seul, quand l'infini même ne se compose que de l'échange des forces.
HOiNOREZ LES FEMMES
Honorez les femmes : elles tressent et mêlent des roses célestes à la vie terrestre ; elles forment Thenreax lien de Tamonr et, sons ce voile pudique des grâces, elles entretiennent, d'une main pieuse et vigilante, le feu étemel des nobles sentiments.
Sans cesse hors des bornes de la vérité s'égare l'ardeur sauvage de l'homme : sans cesse ses pensées rentratnent sur l'océan des passions. Il étend une main avide vers l'espace, jamais son cœur n'est satisfait^ ses rêves inquiets l'emportent jusque dans les sphères éloignées.
Hais avec le charme d'un regard tout-puissant les femmes rappellent le fugitif, et lui font reconnaître les traces du présent. Sous la sainte garde de leur mère, dans leurs habitudes, elles sont restées les filles fidèles de la vraie nature.
Rudes sont les efforts de l'homme ; avec sa force écrasante, il s'en va à travers la vie sans repos et sans relâche. Ce qu'il créa, il le détruit : jamais la lutte de ses désirs ne s'arrête : ils tombent et renaissent comme les têtes de l'hydre.
Mais, satisfaites d'une gloire paisible, les femmes
cueillent la fleur du moment et Tentretiennent avec des soins touchants; plus libres que Thommedans leur cercle restreint, plus riches que lui dans les domaines de leur savoir, dans les immenses trésors de la poésie.
Fiëre et superbe, se suffisant à elle-même, Tàme froide de Thomme ne connaît pas le bonheur de Funion des cœurs, les joies célestes de l'amour. Elle ne connaît pas rechange des âmes, elle ne se fond pas en larmes affectueuses^ les combats de la vie ne font qu'endurcir encoce sa dureté première.
Mais l'âme sensible de la femme ressemble à la harpe éolienne qui frémit au souiHe léger du Zéphyre. L'image de la souffirance jette une tendre anxiété dans leurs cœurs généreuxi et les larmes mouillent leurs paupières comme une rosée céleste •
Là où s'étend l'impérieuse domination de l'homme, là règne orgueilleusement le droit du plus fort. Le Scythe brandit son épée, et le Perse deyient esclave. Les désirs impétueux et sauvages sont en lutte, et la rude voix des sombres puissances conmiande aux lieux abandonnés par les Grâces.
Mais avec de douces et persuasives prières, les femmes tiennent le sceptre de la vertu : elles éteignent le feu ardent des dissensions, elles apprennent aux forces hostiles et ennemies à se contenir sous des formes aimables, et réunissent ce qui toujours se fuit.
NÉNIE
Le beau doit aussi moarir; le bean, qui subjugue les hommes et les dieux, ne peut fléchir la poitrine de fer da maître du Styx.
Une fois le roi des ombres fut attendri par rAmour, et soudain il réclama d*une roix sévère son présent. Aphrodite ne peut guérir les blessures qu*un sanglier sauvage a faites au corps d'un beau jeune homme. Une déesse ne peut sauver le héros divin, son fils, lorsqu'à la porte Scée il accomplit son destin. Elle sort de la mer avec les filles de Nérée, et se lamente sur le sort de son noble enfant. Les Dieux pleurent avec les Déesses : ils pleurent parce que la beauté meurt, parce que la perfection périt. Mais il est beau d'entendre un chant de deuil dans la bouche 4' un être aimé, le vulgaire seul descend aux enfers ^ns qu'on le plaigne.