‹ Poésies de SchillerChapitre 8 sur 258 · LE CHANT DE LA CLOCHE · texte numérisé non relu

LE CHANT DE LA CLOCHE

dans un cominna accord, et toates les forces se déploient dans ce mouvement empressé. Le mattre et le compagnon poursuivent lear œuvre sous la sainte proteclioD de la liberté. Chacun se réjouit de la place qu'il occupe et brave le dédain. Le travail est l'honneur du citoyen, la prospérité est la récompense du travail. Si le roi s'honore de sa dignité, nous nous honorons de notre travail.

Douce paix, heureuse union! restez, restes dans cette ville. Qu'il ne vienne jamais, le jour où des hordes cruelles traverseraient cette vallée, où le ciel, que colore la riante pourpre du soir, refléterait les lueurs terribles de Tincendie des villes et des villages!

A présent, brisez le moule ; il a rempli sa destination. Que le regard et le cœur se réjouissent à Taspect de notre œuvre heureusement achevée. Frappez ! frappez ! avec le marteau jusqu'à ce que Tenveloppe éclate : pour que nous voyions notre cloche, il faut que le moule soit bris^en morceaux.

Le mattre sait d'une main prudente et en temps opportun rompre Tenveloppe ; mais malheur ! quand le bronze embrasé éclate de lui-même et se répand en torrents de feu. Dans son aveugle fureur, il s'élance avec le bruit de la foudre, déchire la terre qui l'entoure, et, pareil aux gueules de l'enfer, vomit la flamme dévorante. Là où régnent les forces inintelli-

génies et brutales, là l'œuvre pure ne peut s'accomplir. Quand les peuples s'affranchissent d'euxmêmes, le bien-être ne peut subsister.

Malheur ! lorsqu'au milieu des villes l'étincelle a longtemps couvé ; lorsque la foule, brisant ses chaînes, cherche pour elle-même un secours terrible ; alors la révolte, suspendue aux cordes de la cloche, la fait gémir daAS l'air et change en instrument de violence un instrument de paix.

Liberté! Égalité ! Voilà les mots qui retentissent. Le bourgeois paisible saisit ses armes; la multitude inonde les rues et les places, des bandes d'assassins errent de côté et d'autre. Les femmes deviennent des hyènes et se font un jeu de la terreur. De leurs dents de panthères elles déchirent le cœur palpitant d'un ennemi. Plus rien de sacré ; tous les liens d'une réserve pudique sont rompus. Le bon cède la place au méchant*, et les vices marchent en liberté. Le réveil du lion est dangereux, la dent du tigre est effrayante ; mais ce qu'il y a de plus effrayant, c'est l'homme dans son délire. Malheur à ceux qui prêtent à cet aveugle éternel la torche, la lumière du ciel ! elle ne l'éclairé pas, mais elle peut, entre ses mains, incendier les villes, ravager les campagnes.

Dieu a béni mon travail. Voyez ! du milieu de l'enveloppe s'élève le métal, pur comme une étoile d'or. De son sommet jusqu'à sa base il reluit comme

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le soleil, et les armoiries bien dessinées attestent rexpérience du mouleur. Venez ! venez, mes compagnons ! formez le cercle ! baptisons la cloche, donnons-lui le nom de Concorde. Qu'elle ne rassemble la communauté que pour des réunions de paix et d*affection !

Qu'elle soity par le maître qui la formée, consacrée à cette œuvre pacifique. Élevée au-dessus de la vie terrestre, elle planera sous la voûte du ciel azuré. Elle se balancera près du tonnerre et prés des astres. Sa voii sera une voix suprême, comme celle des planètes, qui dans leur marche louent le Créateur et règlent le cours de Tannée; que sa bouche d'airain ne soit occupée qu'aux choses graves et éternelles. Que le temps la touche à chaque heure dans son vol rapide. Que, sans cœur et sans compassion, elle prête sa voix au destin et annonce les vicissitudes de la vie. Qu'elle nous répète que rien ne dure en ce monde, que toute chose terrestre s'évanouit comme le son qu'elle fait entendre et qui bientôt expire.

Maintenant, arrachez avec les câbles la cloche de la fosse; qu'elle s'élève dans les airs, dans l'empire du son. Tirez! tirez! Elle s'émeut, elle s'ébranle; elle annonce la joie à cette ville. Que ses premiers accents soient des accents de paix !

rOTAGE

Moros se glisse auprès de Denys le Tyran avec un poignard caché sous ses vêlements : les archers l'arrêtenl et l'enchaînent. « Parle, lui dit d'un air sinistre le despote, que voulais-tu faire de ce poignard ? — Délivrer la ville d'un tyran. — Tu expieras ton crime sur l'échafaud.

— Je suis, répond Moros, préparé à mourir, et je ne te demande pas mon pardon ; mais accordemoi une grâce. Je voudrais avoir trois jours pour marier ma sœur à son fiancé. Je te donne mon ami pour otage. Si je ne reviens pas, tu peux le faire mourir. »

Le roi sourit d'un air méchant et lui dit, après un instant de réflexion : « Je t'accorde ces trois jours ; mais sache que, passé ce délai, si tu n'es pas de retour ici, Ion ami mourra, et loi, tu auras ta grâce. »

Moros s'en va trouver son ami : c< Le roi ordonne que j'expie mon crime sur l'échafaud ; mais il m'accorde trois jours de délai pour marier ma sœur à

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