‹ Poésies de SchillerChapitre 81 sur 258 · LES PLAINTES DE CÉRES · texte numérisé non relu

LES PLAINTES DE CÉRES

de Taurore brillent sur les vagues da fleuTe ténébreux, jusqa*à ce que Tarc-en-ciel dlris s'étende aU milieu des enfers.

Ne m'est-il rien resté d'elle, rien qui atteste à mon souvenir que ceux qui sont éloignés l'un de l'autre s'aiment encore? N'ai-je pas quelque don de ses mains chéries? N'y a-t'-il nul lien d*affection ' entre la mère et Tenfant, nul lien entre les vivants et les morts? Non, elle n'a pas tout entière disparu pourmoi.Non,nousnesommespastoutàfaitséparées. Les êtres étemels nous ont donné un langage éloquent*

Lorsque les enfants du printemps meurent, lors* que Tarbuste dépouillé de ses fleurs et de ses feuilles par le souffle froid du nord apparaît nu et triste, dans la corbeille de Pomone je prends les germes de la vie, les épis d'or pour les offrir au Styx. Je les jette dans le sein de la terre, je les place sur le cœur de mon enfant pour qu'ils soient les interprètes de mon amour, de ma douleur.

Lorsque, dans leurs danses joyeuses, les Heures ramènent le printemps, les germes morts se ravivent aux rayons du soleil, les germes dérobés aux regards sous la froide enveloppe du sillon montent à la surface du sol, revêtus de brillantes couleurs. Tandis que leur tige s'élève vers le ciel, leur racine se cache dans la nuit ; la puissance du Styx et de l'atmosphère agit également sur eux.

Ils touchent d^uii côté à Tenipire des morts, de Taatre à celui des vivants. Hélas 1 ce s(5nt pour moi de doux messagers, des voix chéries du Gocyte. H tient aussi ces jeunes plantes enfermées dans ses sinistres contours, et ma fille me dit, dans le murmure de ces plantes du printemps, que, dans les lieux où les ombres s'en vont à regret loin des jours dorés, le cœur reste ouvert aux sentiments de Tamour, Tâme conserve son ardente tendresse.

Je vous salue avec joie, doux enfants des plaines reverdies. Votre calice doit être rempli d'une rosée pure comme le nectar. Je veux vous parer des plus beaux rayons dlris, je veux donner à vos feuilles les couleurs de Taurore. Que dans le riant éclat du printemps, que dans les guirlandes fanées de l'automne, chaque cœur attendri apprenne à connaître ma joie et ma douleur.

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