AMINTE
A Madame la marquise de Gamaches, sous le nom de Silvie.
\7uE ferois-je sans vous, ô mes doux chalumeaux. Au frais délicieux que font ces verts rameaux ? Car qu'est-ce qu'un berger sans sa douce musette ? Chantons donc et disons ma triste chansonnette : Aminte qui l'ouït m'en vit d'un œil plus doux, Et l'insensé Damon en paroissoit jaloux. ' Pendant que de ces monts les échos vont l'apprendre, Aminte reviendra peut-être pour L'entendre, Aminte d'un regard m'attaque quelquefois, ' Et la folâtre après se sauve dans ces bois :
* InTidit stultus Amyntas.
f'irg. Ed. a. v. ôg,
• Malo me Galatea petit , lascira puella ;
Et fugit ad 8alices,et se cupit antè videri.
f^irg. Ed. 3. v. 64.
C'est uae imitation des vers 88 et 89 de la 5«. Id. de Théocrite. Elle
Elle passe et s'enfuit; et cependant la belle
Veut toujours être vue et qu'on coure après elle.
Chantons doncques : Silvie au moins m'écoutera,
Et je serai content quand mon cliant lui plaira.
Nymphe, elle n'est superbe, injuste, ni légère;
Nymphe, elle a la candeur d'une jeune bergère;
A son aimable esprit , à ses charmes puissans
Un de nos plus grands Dieux a donné de l'encens.
Elle aime de Pallas la déité suprême;
Et sur tous les bergers j'aime celui qu'elle aime.
Silvie, écoutez-moi; venez prendre le frais
A l'ombrage plaisant de ces aulnes épais.
A présent qu'en nos champs tout s'altère et se brûle
Aux regards enflammés de l'àpre canicule,
Vous méritez nos airs les plus mélodieux :
Vous en savez chanter qui charmeroient les Dieux.
Ainsi parloit Silvandre, au rivage de Seine : Le fleuve, pour l'ouïr, couloit doux sur l'arène; Tout l'univers , sensible à son triste souci ,
s»Toit été reproduite avant Segrais par Sannazar , et l'a été depui» par Pope,
Fillida ognor mi chiama , e poi s'asconde ,
E getta un pomo, e ride, et vuol già ch'io
La veggia biancheggiar tra verdi fronde.
Sannaz. Egl. 9*. v. 84 e seg.
The sprightly silvia trips along the green , She runs, but hopes slie does not run unseen ; "While a king glance at her pursuer Aies, How much at variance are feet and eyes.
Pope past. the 1"'. v. bj etc.
ÉGLOGUES. '-y
S'y montroit attentif, lorsqu'il reprit ainsi: Aminte, tu me fuis, et tu me fuis, volage,' Comme le faon peureux de la biche sauvage Qui va cherchant sa mère aux rochers écartés, Y craint du doux Zéphyr les trembles agités : Le moindre oiseau l'étonné; il a peur de son ombre, 11 a peur de lui-même et de la forêt sombre. Arrête, fugitive.... Hé quoi, suis-je à tes yeux Un tigre dévorant, un lion furieux?
Ce que tu crains en moi n'est rien qu'une étincelle Du beau feu qui t'anime et qui te rend si belle. Mais il brille en tes yeux, et brûle dans mon cœur; Il cause ta beauté, comme il fait ma langueur: Et c'est-là cette amour, cette flamme si vive. Qui jette tant d'effroi dans ton ame craintive. Ce qu'il a de douceur il ne l'a que pour toi : S'il a de l'amertume, il n'en a que pour moi.
• Vitas hinnuleo me similis, Chloë, Quaerenti pavidam montibus aviis
Matrem , non sine vane Aurarum et silrae metu.
Nam seu mobilibus veris inhorruit Adventus foliis, seu virides rubum Dimovere lacertae ; Et corde et genibus tremit.
Atqui non ego te, tigris ut aspera , Gxtulusve leo , frangere persequor.
Horat. Od. L 1. Od. 2^.
Encore, si tu veux, d'un regard, belle Aminle,
Je puis n'y pas trouver une goutte d'absinthe.
Bienheureuse langueur ! agréable tourment !
Doux et beaux sont les jours que l'on passe en aimant.
Soit pour ce seul plaisir notre verte jeunesse,
Et pour les tristes soins la chagrine vieillesse.
Vois ce beau jour, Aminte; et vois de toutes parts
Le Soleil l'embraser de ses plus chauds regards.
Vois l'âpre moissonneur, de la plaine si belle
Ranger à pleines mains la dépouille en javelle.
N'est-ce pas un avis aux cœurs les plus contens
Que nos jours les plus beaux ne durent pas long-temps.
Et que, si l'on ne cueille et tes lis et tes roses,
L'hiver moissonnera de si divines choses?
La beauté, ce trésor qu'on ne peut estimer, N'est donnée aux mortels que pour se faire aimer : Rien n'est beau qu'en aimant, et la terre elle-même Ne dure en sa beauté que quand le Soleil l'aime , Qu'autant que, pour lui plaire étalant ses attraits, Elle fait reverdir nos champs et nos forêts.
Triste est une beauté pour qui rien ne soupire. On languit, on se plaint sous l'amoureux empire; Mais n'être point aimée et n'aimer rien aussi Des soucis de la vie est le plus grand souci.
Qui craint l'ennui d'aimer, toute chose l'ennuie; Celle qui fuit l'amour mérite qu'on la fuie, Comme on fuit justement ces climats malheureux Dont détourne le ciel ses regards amoureux.
Quiconque se voudra faire une vie heureuse, Que, content, il s'attache à la vie amoureuse; Qu'il quitte pour jamais l'ambitieuse cour; Qu'il vienne dans ces bois, borné de son amour, A ses jeunes désirs son ame abandonnée , Se faire une innocente et libre destinée.
Aminte, arrête un peu; vois sur ce vieux cormier Le baiser amoureux du sauvage ramier , * Les caresses qu'il fait à sa compagne aimée, Oui d'un même désir se fait voir animée. Peut-on , considérant leur innocent souci, Ne pas dire en soi-même : « Heureux qui vit ainsi ! »
Sur ce vert alizier vois ces deux tourterelles Se chercher, s'approcher et trémousser des ailes: • Si l'une des deux fuit, soudain l'autre suivra, Et tant qu'elles vivront ce plaisir durera.
Aminte, approche-toi de ce plaisant bocage; Entends de ces oiseaux l'agréable ramage: Ce qu'ils chantent la nuit, ce qu'ils chantent le jour, Aminte, tout cela ne parle que d'amour. Chantez, petits oiseaux; nul danger, nulle crainte N'interrompe jamais votre amoureuse plainte : Chantez, petits oiseaux, et puissé-je toujours Avecque vous chanter mes fidelles amours.
» Mira là quel Colombo, Con che dolce susurro lufiogando Bac'ia la sua compagna.
Amint. Al. i. se, i.