‹ Poésies de SegraisChapitre 12 sur 92 · OLYMPE · texte numérisé non relu

OLYMPE

A. Madame de Monglat, sous le nom d'Olympe.

L'AMOiREf X Eurilas, absent de Timarette, Exprimoit par les sons de sa douce musette Combien l'ennui mortel d'un triste éloîgnement Presse le tendre cœur d'un véritable amant; Quand le beau Lisidor , fameux aux bords de Seine, Vint chanter avec lui son amoureuse peine. Son mal n'étoit pas moindre, et l'on en peut Juger: Il aimoit une nymphe, et n'étoit qu'un berger. Esclave malheureux d'un désir téméraire , A la divine Olympe il s'efForçoit de plaire : Hélas ! c'étoit en vain ; et l'aimer et la voir Fut son plus doux penser et son plus doux espoir. Tous deux, amis parfaits, assis aux bords de Loire, Sans contester du chant la frivole victoire , Contestoient seulement de leurs vives dovileurs.

HGLOGUES. a

Adorable Monglat, jugez de leurs malheurs: Vos charmes ont causé d'aussi cruelles peines. Vous, dont la voix s'égale au doux chant des Sirènes, Et dont l'aimable esprit, juge des plus beaux airs, N'a jamais dédaigné mes rustiques concerts , Écoutez d'Eurilas la champêtre musette, Et du beau Lisidor la douce chansonnette. Sans art ces deux bergers se plaignoient tour-à-tour : L'art pe se trouve point avec beaucoup d'amour.

SIJRILi.6.

Timarette s'en est allée !

L'ingrate, méprisant mes soupirs et mes pleurs,

Laisse mon ame désolée

A la merci de mes douleurs.

Je n'espérai jamais qu'un jour elle eût envie De finir de mes maux le pitoyable cours ;

Mais je l'aimois plus que ma vie,

St je 1^ voyais tous les jours.

LISIDOB.

Lieux sauvages et solitaires , De mes tristes ennuis les seuls dépositaires.

Antres affreux, noires forêts, Qui voyez de mes maux l'extrême violence , tardez toujours pour moi ce tranquille silence :

î8 ÉGLOGUES.

Promettez-moi , rochers , d'être discrets : Je viens vous confier le secret de ma vie, Et vous dire qu'Olympe a mon ame asservie.

Olympe reine de ces lieux , rigne objet de l'amour des plus grands de nos Dieux.

EURItÀS.

Ah ! que pour me résoudre à cette triste absence ,

Mon cœur se fait de violence !

Que je prévois pour lui de funestes langueurs ! Que ce cruel départ nae va coûter de larmes ! Et que j'aurai besoin, dans ces tristes alarmes,

Du souvenir de ses rigueurs , Pour résister à celui de ses charmes !

Il I s I D o R.

]Ne craignez point, beauté qui pouvez tout charmer, D'entendre le mal qui me touche :

Je n'aurai point ouvert la bouche, Que le trépas ne la vienne fermer.

S'il arrive enfin que mon ame.

Au gré d'un insensé désir , Accorde un soupir à ma flamme, Ce ne sera que mon dernier soupir ; Et je ne sais si , dans mon mal extrême , Je pourrai seulement prononcer : « Je vous aime. »

EGLOGUES. 29

EVRILÂS.

Qu'en ses plus beaux habits l'Aurore au teint vermeil

Annonce à l'univers le retour du Soleil,

Et que, devant son char, ses légères suivantes

Ouvrent de l'Orient les portes éclatantes ;

Depuis que ma bergère a quitté ces beaux lieux.

Le ciel n'a plus ni jour ni clarté pour mes yeux.

IISIDOR,

Que la nuit, couvrant tout de ses plus sombres voiles , Cache même à nos yeux ses plus claires étoiles; Olympe, d'un regard, comme au jour le plus clair. Illumine la terre et fait resplendir l'air.

ETiaiLAS.

Belle jeunesse de l'année , Pour moi, sans ma bergère, est ta beauté fanée : Son triste éloignement , source de mes doulevjrs , Efface de ces prés les plus vives couleurs.

LISIDOn.

Un gai Zéphyre nous caresse ; Tout nous charme , tout plaît et tout rit dans ces lieux :

5o ÉGLOGUES.

Berger, tu crois que l'hiver cesse; C'est le moindre effet des beaux yeux De ma belle maîtresse.

EVKILAS.

Ma divine bergère au moins sait mes malheurs, Et sans me voir, elle peut voir mes pleurs :

Car mon cœur, qui toujours avec elle demeure, Lui peut conter mon martyre à toute heure.

LISIDCft.

Je ne puis m'empêcher de voir Ces beaux yeux qui causent ma peine :

Hélas ! je ne sais qui m'y mène ; Mais je n'en reviens point, qu'avec le désespoir.

KURILIS.

Un jour, assis aux bords d'une onde claire et nette Où faisoit un bouquet l'aimable Timaretle, Jaloux des fleurs qu'on lui voyoit tenir : Pourquoi, dis-je, comme Narcisse, Par quelque effet de ton caprice.

Ne puis-je, Amour, une fleur devenir?

Quoique pourtant aimer autant que j'aime, Ce ne soit point s'aimer soi-même.

EGLOGUES.

Lorsqu'on ces lieux arriveroit Cette jeune merveille, De sa divine main elle me cueilleroit , Et me cueillant elle me baiseroit De sa bouche vermeille, Et sur son sein peut-être, après ce doux baiser , Elle me feroit reposer.

LISIDOK.

Ce jour vraiment fatal à ma nymphe si belle. Que pensant sur un cerf son javelot lancer , Ce fer, guidé par la Parque cruelle, De Melampe , son chien fidelle , D'un coup mortel vint le beau corps percer,

Et tout son sang verser Aux yeux de sa chère maîtresse, Qui pàmoit de tristesse Ah ! Melampe , dis-je à l'instant D'un ton foible et craintif, mais qu'Olympe povirtant Put assez bien entendre Et trouver doux et tendre :

Ah ! Melampe , il est vrai que ta mort fait pitié ; Mais tu meurs de ta nymphe ayant eu l'amitié : Il est vrai qu'en ton sort toute misère abonde ; Mais il sera pleuré des plus beaux yeux du monde , Et j'en sais qui mourront d'un semblable trépas, Et plus cruel encor, qui ne le seront pas.

o'j. EGLOGUES.

J'écoutois leurs chansons , couché sur la fougère. Qu'eussé-je fait alors, absent de ma bergère, Plus triste qu'Eurilas , hélas ! peut-être encor Amant plus insensé que le beau Lisidor ? Dès ce temps, d'Eurilas je brisai la musette, J'aimai de Lisidor la douce chansonnette. *

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EGLOGUE YI.

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