HYMNE
"escends de la montagne à la double colline
Et quitte les concerts de la troupe divine,
Apollon : ton savoir des ans victorieux
Ne se limite point aux airs mélodieux;
Tu sais mille secrets aux mortels secourables ;
Il n'est point quand tu veux de douleurs incurables;
Seul tu connois des cieux les mouvemens certains ;
Dans les astres tu lis le destin des hvimains;
Mais je laisse chercher ces sciences fameuses
ii8 POÉSIES DIVERSES.
Aux avares esprils, aux âmes curieuses;
Toujours j'abandonnai mon tranquille loisir
Aux appas innocens d'un honnête plaisir.
Maintenant, transporté de l'ardeur qui me pique.
Tu me fais concevoir un dessein magnifique,
Et l'objet qui m'anime à ce pompeux dessein
Mérite le secours de ta divine main.
Donc si par toi fleurit la noble architecture ,
Le travail immortel de la lente sculpture.
Le divin art d'Apelle et les crayons savans
Encor si renommés par leurs traits décevans.
Tiens toi-même , grand Dieu, disposer mon ouvrage
Pour l'honneur de ces lieux, la Pallas de notre âge;
Architecte aujourd'hui, peintre et docte sculpteur,
De mon hardi projet viens te montrer l'auteur.
L'Orne délicieuse arrose un saint bocage Que Malherbe autrefois sur ce plaisant rivage Planta de ses lauriers sur le Pinde cueillis, El dont est ombragé tout l'empire des hs. Et moi si je reviens de la longue carrière Où l'ardeur de quitter la terrestre poussière Emporte malgré moi mon vol audacieux Sur les illustres pas qui conduisent aux cieux ; Si j'aborde jamais la plage réclamée.
Courbé sous le doux faix des rameaux d'Idumée, Je les destine encore à ce charmant séjour, Ma célèbre patrie et ma première amour. Là, si des saints lauriers j'ose approcher ces palmes,
POÉSIES DIVERSES. i ly
J'espère les voir croître, et, sous leurs ombres calmes Le reste de mes jours en paix les cultivant, Dans la voix des mortels laisser mon nom vivant.
Biais tel qu'ayant fini sa course vagabonde Le nocher échappé de la fureur de l'onde, Pour acquitter les vœux promis aux immortels. Soudain fait sur le bord fumer les saints autels, Ou de sa nef au temple append l'artiste image, Pale encore et tremblant des terreurs du naufrage; Tel voulant célébrer la grande déité Qui me guide au sentier de l'immortalité, Par qui j'ose espérer de garantir ma vie Du souffle envenimé de la mordante envie, Et dont les doux regards illuminent mon cœur Du beau feu dont tvi fais sentir la vive ardeur, Par ton divin secours dans ce sacré bocage D'un temple merveilleux je médite l'ouvrage.
Tu m'entends , c'en est fait , bientôt l'ouvrage est prêt; L'étoffe est assemblée et le dessein te plaît ; De ton brillant palais, du char de la lumière Tu prends pour le former l'éclatante matière ; Sur vingt degrés de jaspe aux portes on parvient; Les portes sont d'argent que l'or joint et soutient. Dieux ! que ce temple est vaste ! Aussi la renommée N'en sera pas sitôt par la terre semée , Que les rois enchaînés viendront de toutes parts S'immoler à la n5'^mplie au feu de ses regards, Et les peuples unis à ce grand sacrifice
Tâcher par mille vœux de la rendre propice.
Mais la masse s'élève et semble dans les cieux
Cacher avec orgueil son faste audacieux;
Les riches lames d'or de diverse figure
Du dôme font briller la superbe structure :
Abandonne la règle et songe aux ornemens
Dont le travail s'égale au prix des diamans;
En cent marbres divers , sur la voûte élevée ,
Des héros ses aïeux soit l'histoire gravée,
Ou que l'art enchanteur d'un habile pinceau,
Imitant le travail de l'artiste ciseau ,
Semble faire sortir des épaisses murailles
De ces grands conquérans les célèbres batailles ;
Qu'ici le fier Martel, sur un cheval fougueux,
Foule les bataillons du Maure belliqueux;
Au trône des Césars élève Charlemagne
Qui départ l'Italie et délivre l'Espagne;
Que l'auguste Philippe et Charles le vainqueur
Chassent comme troupeaux l'Anglois usurpateur ;
Qu'il gagne ses vaisseaux, qu'il en coupe les cables
Et laisse sur nos bords ses ancres dans les sables ;
Que si tu veux mêler dans ces affreux combats
La fameuse Pucelle ensanglantant son bras,
Povu* marquer son courage et sa vaillante adresse.
Emprunte la fierté de ma grande princesse :
Là , que dans un long ordre on voie aux champs de Mars
Les Bourbons déployer leurs nobles étendards;
Car quiconque a porté ce nom rempli de gloire
POESIES DIVERSES. i
En a par mille exploits consacré la mémoire ; Que sur cent grandes nefs paroisse au premier raiijj Le roi vaillant et saint, source de ce beau sang, Voler au bord du Nil et, transporté de zèle, Aflrancbir le Jourdain du joug do l'infidelle; Qu'ici le grand Henri , par ses illustfes faits Ayant fait refleurir l^abondance et la paix. Sous l'éclatant lambris de la voûte azurée , Savoure les douceurs d'éternelle durée, Boive le doux nectar avec les immortels Et, comme eux, des humains reçoive des autels; Que sur ses pas hardis, <^ar mille funérailles Gaston sape les tours et s'ouvre les murailles; Peins Courtrai, Graveline et ses flancs meurtriers Qui jettent l'épouvante aux plus hardis guerriers, Et figure si bien comme il les mit en poudre , Qu'on pense ouïr gronder sa belliqueuse foudre.
Je m'égare et me perds en ce vaste sujet : Suis-moi, père des Arts, et règle mon projet. Loin d'offrir tout le temple à celte illustre race. Il faut, tout grand qu'il est, en ménager la place; L'objet qu'à mille rois j'y veux faire adorer, Sans que j'emprunte rien, a de quoi le parer. Et si tu veux tracer ses belles aventures. Il n'en faut point chercher aux sombres sépultures.
Telle qu'on voit Diane à l'ombrage d'iui bois, Le dos encor chargé de son riche carquois, A son bal inviter la troupe des Dryades,
12a POliSIES DIVERSES.
Et surpasser l'éclat des blondes Oreades :
Telle, au premier tableau placé dans un beau jour,
Paroîtra la princesse au milieu de sa cour,
Autant par son air haut que par son origine
Des nymphes surpassant la majesté divine;
Soit qu'aux tons ravissans d'un concert plein d'appas,
Elevant sa démarche et mesurant ses pas,
Plus brillante que J'or dont sa robe étincelle,
Elle attire à la fois tous les regards sur elle;
Soit qu'avecque sa troupe en un bocage épais.
De la grande Junon quittant le grand palais.
Sous l'habit innocent d'une simple bergèie.
Elle danse avix chansons sur la verte fougère.
Dans vm plus vaste champ peint dans l'autre tableau, Qu'elle poursuive un cerf qui gagne un clair ruisseau; Marque loin au-devant de sa leste cohorte Son cheval glorieux du fardeau qu'il emporte ; Qu'il paroisse hennir, que l'herbe sous ses pas Demeure ferme et droite et ne se courbe pas, Et qu'à ses prompts élans on voie en grosses ondes De la nymphe flotter les belles tresses blondes ; Qu'elle ait un dard en main qu'elle semble lancer, Que son rapide cours paroisse devancer.
îson loin , pour figurer son belliqueux courage , Peins deux camps animés d'une pareille rage S'appeiler au combat par des cris furieux, Et les chefs avancés se menacer des yeux, La princesse les voir, et d'un front intrépide,
POÉSIES DIVERSES. ia5
Réprimer la fureur de tant de sang avide; D'un visage assuré passer les rangs épais, Et ramener les chefs au désir de la paix; Marque en ses yeux brillans le beau feu qui l'anime Pour les cœurs embrasés d'un désir magnanime, Et fais briller encor sur le front des soldats L'amour qu'ils ont conçu pour ses divins appas. Mais le son éclatant des guerrières trompettes Ne lui fait point haïr nos champêtres musettes; Elle n'ignore point que, sans tes verts lauriers. Flétrissent dans l'oubli ceux des plus grands guerriers : Laisse donc dans les camps les armes sanguinaires , Et passe pour la suivre aux antres solitaires; Soit pour la peindre assise entre les doctes sœurs , Goûtant de leurs concerts les charmantes douceurs. Admirant les beautés d'un ouvrage héroïque , Sans dédaigner les jeux de la scène comique ; Soit que, ton feu céleste en sa grande ame épris. Tu te peignes toi-même admirant ses écrits. Et faisant remarquer leur beauté naturelle. Aux grâces qui jamais ne s'éloignèrent d'elle. Pour mieux représenter par quels charma ns accords Un si puissant génie anime un si beau corps. Exprime comme un mot de sa bouche éloquente Peut calmer la fureur d'une foule insolente; Fais que l'on pense voir un grand peuple irrité S'adoucir à l'aspect de tant de majesté , Et voir tomber des mains de ce monstre sauvage
Les grès et les tisons dont il armoit sa rage. Surtout, Dieu du savoir, il faut dans un tableau, D'un art ingénieux et d'un dessein nouveau , D'Amour partout vainqueur faire voir la défaite, Et le coup qu'en secret sa vengeance projette ; Qu'en un bocage épais de myrtes amoureux , Dans le triste maintien d'im chasseur malheureux, Honteux et fugitif, l'œil ardent de colère. Il vienne se sîjuver dans les bras de sa mère, Lui montre son carquois vainement épuisé , Son flambeau sans Iqmière avec son arc brisé , Semblant, pour l'engager en sa grande querelle, Lui dire que la nymphe est plus aimable qu'elle. Qui le pourra nier, quand sur le saint autel, Du ciseau qui rendit Phidias immortel.
Ta main voudra tailler son adorable image , Et par ce grand chef-d'œuvre accomplir ton ouvrage ? Mais quel marbre assez rare en sa vive blancheur Peut montrer de son teint l'éclat et la fraîcheur, Qui conservant des lis la candide innocence , Prouve si dignement son auguste naissance ? Quels feux, si ce n'est point un de ces clairs rayons Dont tu sais animer tout ce que nous voyons , Marqueront par des traits aux ans ineffaçables. Ses yeux, moins à des yeux qu'à toi-même semblables, Quand par tes dous; regards, en un jour clair et pur, Tu fais du vaste Olympe étinoeler l'azur ? Est-ce assez des rubis ou de l'éclat des roses ,
POÉSIES DIVERSES. laS
Dans l'aimable saison nouvellement écloses,
Povir marquer cette bouche où ces charmantes fleurs
Toujours comme au prinlempsfont briller leurs couleurs ,
Cette bouche adorable et féconde en miracles.
Et par qui désormais tu rendras tes oracles ?
Mais que je crains pour loi qu'enfin ayant formé
Ce beau corps tel qu'il est d'un albâtre animé.
Un feu qui n'éteint point ne coule dans ton ame ,
De ces deux monts de neige où le désir s'enflamme !
Garde-toi d'y jetter un regard curieux;
Attache à ses habits tes soins industrieux ;
Marques-y cet air libre et cette négligence
Qui les met au-dessus de leur magnificence.
Plus belle que Vénus elle en hait les appas,
Et veut ne ressembler qu'à la chaste Pallas;
Donne-lui donc vu» casque à l'ondoyant panache;
Laisse pendre à son bras la terrible rondache ;
Que sa divine main, plus propre à prendre un cœur,
Semble agiler ce dard d'Ilion la terreur ,
Ce dard qu'en mille lieux a suivi la victoire,
Cette divine main plus blanche que l'ivoire :
Poursuis, docle artisan; d'un art ingénieux
Ouvre sur le genou ses habits précieux.
Pour laisser de sa jambe admirer la figure,
Et d'un pied si bien fait l'agréable structure.
C'est alors qu'adorant ton ouvrage achevé
Tu reprendras la lyre, et d'un ton élevé
Tu chanteras sa gloire, ou par mille cantiques
12a POÉSIES DIVERSES.
Vanteras soii courage et ses faits héroïques :
Tu diras que ce cœur si fier, si généreux,
Ne se laisse émouvoir qu'aux pleurs des malheureux;
Qu'il sert aux opprimés de refuge et d'asile,
Dans l'un et l'autre sort pour lui-même tranquille;
Que libre , et des périls ne pouvant s'étonner,
Par sa seule parole il se laisse enchaîner.
Est sûr en sa promesse , et sensible et fidelle
Aux secrets, aux ennuis qu'on partage avec elle;
ïu diras que , sincère en ses affections ,
Elle ne connoît point d'indignes passions;
Que, d'une juste main dispersant ses richesses.
Sa façon de donner redouble ses largesses;
Qu'elle fait au mérite un gracieux accueil.
Civile sans bassesse et fière sans orgueil,
Sans que cette douceur, savante en l'art de plaire.
Inspire aux plus hardis un penser téméraire.
Tantôt tu chanteras, dans un air concerté ,
De ce fécond esprit la vive activité ,
Les rapides élans qui l'élèvent de terre.
Percent la région où so fait le tonnerre ,
Lui font voir d'un clin d'oeil les siècles les plus vieux,
Et la font pénétrer dans les secrets des Dieux.
Ajoute qu'elle est juste, intrépide, immuable;
Vante encor de ses doigts l'adresse inimitable;
Mais quand tu finiras par tant de piété,
Sera-ce point des Dieux blâmer la cruauté,
Et nous faire nier leur juste providence ,
De ne lui donner pas un sceplre en récompense ?
Grand Dieu , pour m'élever à tes airs ravissans.
Epure mes esprits, illumine mes sens!
Ainsi jamais ton ile incertaine et flottante
Ne se voie exposée à la vague inconstante,
El puisse s'efTacer l'amour infortuné
Dont ton cœur soupira pour l'ingrate Daphné!
Ni tonnerre grondant ni pluvieux nuage
Ne dérobe aux mortels ton radieux visage ;
Jamais il ne soit rien de si charmant que toi ,
Hors la nymphe et l'objet qui me tient sous sa loi !
laS POÉSIEb DIVERSES.
ODE A xM. CHAPELAIN,'
«ur les victoires de monseigneur le duc '^ d'Euglileu , en iGjG.
JD AMEux Virgile de la France,
Célèbre ornement de nos jours.
Qui du Pinde et de ses détours
As la parfaite connoissance;
Toi sur qui les savantes sœurs Répandent à l'envi leurs plus riches faveurs, Chapelain, trouve bon que ma foible musette.
Sortie à peine des déserts.
Interrompe le bruit de ta haute trompette. Pour te faire écouter ses rustiques concerts.
■ Jean Cliapelain , reçu à l'académie française en 1639, dans le temps de son établissement, étoit de Paris, et y est mort le 22 février 1674» ^gé de 79 ans.
* Louis II , prince de (londé , qu'on surnomme à si juste litre le grand Condé, porta le nom d'Engliien jusqu'à la mort de Henri II , son père.
L'invincible Enghien dont la gloire,
Par tant d'illustres actions ,
Des Césars et des Scipions
Étouffe déjà la mémoire,
Non content que dans tes beaux vers On ait vu son grand nom courir tout l'univers, Force ma jeune muse à lui donner ses veilles,
M'encourage et veut qu'aujourd'hui L'Europe mette au rang de ses rares merveilles Celle de m'exciter à bien parler de lui.
Si je chéris la violence
Qu'à mon esprit font ses hauts faitsj
La peur de tomber sous le faix
M'étonne et me tient en balance :
Ce beau projet rempli d'appas Présente sous des fleurs un abîme à mes pas; Si j*ai beaucoup de cœur, je connois ma foiblesse ;
Mais l'ardeur qui me vient saisir, Qui m'échauffe et m'engage et me pousse et me presse , De crainte tout glacé me briile de désir.
Dans un lieu désert, mais superbe De l'honneur qu'il eut autrefois D'entendre résonner ses bois Des premiers airs du grand Malherbe , La Muse qui me conduisoit, Qui de l'art d'Apollon ma jeunesse instrtiisoit ,
i5o P0l5siES DIVERSES.
Sans cesse de ton chant me vantoit l'harmonie,
Et, trop foible pour mon dessein.
Avec confusion m'apprit que ton génie Mieux qu'elle d'un beau feu pouvoit remplir mon sein.
C'est lui, dit-elle, dont la reine Ne doit couler que pour les Rois , Qui, pour chanter les hauts exploits, Puise à grands traits dans l'Hypocrène; C'est lui dont les inventions
Donnent le dernier lustre aux belles actions,
Savent vaincre l'oubli, triompher des années. Elever un mortel aux deux ,
Annoblir d'un héros les grandes destinées
Et le placer vivant à la table des Dieux,
Pour Enghien il est tout de flamme;
Souviens-toi que pour le gagner
C'est assez de lui témoigner
Qu'un même feu brûle ton ame;
Crois que ton désir est si beau Qu'au lieu de mépriser ton foible chalumeau Il en joindra le son aux accens de sa lyre.
En réglera tous les accords.
Te fera voir le Dieu qui l'instruit et l'inspire , Et conduira ta voix en ses jeunes efforts.
C'est avecque cette assurance
POESIES DIVERSES. i5i
Que , de zèle tout enflammé
Pour le projet que j'ai formé.
Je demande ton assistance :
Fais donc voir qu'avec équité Au fond de nos déserts une Divinité De ton rare savoir m'a rendu ses oracles ;
Montre par de dignes effets Qu'avec juste raison je promets des miracles, Quand je te prends pour guide au dessein que je fais.
Applaudis à ma jeune audace ,
Inimitable Chapelain ,
Guide mes pas, conduis ma main ,
Élève-moi sur le Parnasse ;
Là , par des sentiers reculés, Mais de tes pas hardis incessamment foulés, A son double sommet fais pénétrer mon ame ;
Sollicite et presse Apollon De me faire sentir la chaleur qui t'enflamme, Quand tu veux travailler pour le sang de Bourbon.
Qui doute , en l'ardeur qui m'anime ,
Qu'instruit de tes doctes leçons ,
Je n'entonne dans mes chansons
Un air et charmant et sublime ?
Le récit des fameux combats Par qui ce grand héros a mis l'Espagne à bas Sera de mes travaux la matière et le lustre ,
i33 POÉSIES DIVERSES.
Et tous ces miracles divers Qui n'ont rien que de grand, qui n'ont rien que d'illustre , Ne pouvant s'abaisser, relèveront mes vers.
Non que dans mon apprentissage
Je veuille que, par ton conseil ,
Dans un ouvrage au tien pareil
D'abord ma jeunesse s'engage ,
Que pour coup d'essai glorieux J'ose déjà chanter son nom victorieux, Dans quelque Borbonide aux siècles immortelle ,
Et, ramassant tous ses exploits.
Donner un digne frère à ta noble Pucelle, Qui dompte l'Espagnol comme elle fit l'Anglois.
Mais tel qu'au printemps Philomèle
De ses petits règle les airs ,
Et de ses ravissans concerts
Leur propose un divin modèle,
Hausse et fléchit leurs mouvemens , Leur apprend à pousser ces doux gémissemens , Ces soupirs enchanteurs, ces plaintes amoureuses,
Et leur forme enfin cette voix Qui donne de l'envie aux plus harmonieuses , Et nous fait mépriser la musique des rois.
Tantôt tu me feras décrire ,
Dans quelque hymne bien concerté,
POÉSIES DIVERSES. i3d
Son adorable majesté
Qui soumet tout à son empire,
L'éclat de ses charmes vainqueurs, Ce port qui chaque jour lui gagne tant de cœurs , Cet air de souverain, cet attrayant visage
Dont le pouvoir avantageux Rangeroit sous ses lois l'ame la plus sauvage , Jît de ses ennemis arracheroit des vœvix.
Échauffé de ta même flamme ,
Je chanterai par quels accords
Le ciel a joint aux biens du corps
Les richesses d'une belle ame ;
Je lovierai son divin esprit Qu'Apollon éleva, que Minerve nourrit.
Que de leurs plus beaux arts les Muses enrichirent. I
Oh ! que d'illustres ornemens j
Doivent avoir les vers que ces charmes inspirent. Quand ils sont secondés de tes euseignemens ! i
Après, dans quelque œuvre durable,
Je célébrerai ses vertus
Par qui les vices abattus
Trouvent son cœur impénétrable ,
Sa prudence, sa fermeté.
Sa force, sa candeur, sa générosité.
Les nobles qualités par qui cet autre Hercule
S'élève jusque dans les cieux,
i34 POÉSIES DIVERSES.
Rend notre âge étonné, le future incrédule, Et des siècles passés les héros envieux.
Mon style dans ce grand ouvrage ,
Aux grandes choses élevé ,
Pour chef-d'œuvre s'est réservé
Et sa valeur et son courage ;
C'est alors qu'il prendra l'essor, (Tue tu me permettras d'emboucher le grand cor Dont tu fais retentir les actes héroïques,
Et c'est alors que l'univers Résonnera partout de mes nobles cantiques , Et les verra chanter par cent peuples divers.
Ma Muse si bien exercée
Ne doutera plus désormais
D'entreprendre de ses hauts faits
La gloire au firmament poussée ;
Que n'apprendrai-je pas de toi , Lorsque je chanterai ce grand jour "de Piocroi, Où son bras se fraya le chemin des conquêtes,
Où l'Espagne , par tant de morts , De son fier'Gerion vit les dernières têtes Tomber sous la vigueur de ses premiers efforts?
• La bataille de Rocroî , donnée le 19 mai lô^i.
• Gerion,roi de la Celtibcrie , aujourd'hui l'Arragon. La fable lai donne trois corp».
POESIES DIVERSES. i35
Par qui voit-on nos villes pleines
De leurs escadrons mutilés,
Et leurs régimens dépeuplé»
De leurs plus sages capitaines,
La délivrance des Germains, La Flandre sous le joug, l'Artois entre nos mains, Si loin de tous côtés la frontière étendue.
L'assurance de nos états, L'Autriche épouvantée et l'Espagne éperdue. Que par autant d'effets de ses fameux combats?
Enfin s'il permet que je loue
Ses grands travaux, dignes du tien,
Fais que ma voix ne chante rien
Que son mérite désavoue :
Du vaillant 'Mercy terrassé, Du Bavarois défait et tant de fois chassé Fais qu'avecque succès j'entonne les histoires,
Et par d'ineffaçables traits Fais que, dans mes chansons, de ses nobles victoires Je laisse à nos neveux les augustes portraits.
Dans ce labeur plein de merveilles ( Si jamais, docte Chapelain, Tu me daignes prêter la main )
• François Mercy , général de l'armée du duc de Bavière, connu sous le nom du baron de Mercy. H fut tué à la bataille de ?^ortlingue que le duc d'Eoghicn gagna sur les Bavarois en 164^.
Que |e prétends charmer d'oreilles!
Oh ! que mes vers auront d'appas, Lorsque j'y mêlerai tous ses autres combats, Le destin de Fribourg, de Mayence et de Spire!
Mais, pour en parler dignement, Il faut qu'auparavant ton Apollon m'inspire Par quels charmes un vers dure éternellement.
Doncques de ta haute science
Daigne mon esprit éclairer,
Et ne me fais plus soupirer
Dans mon illustre impatience;
Si tu contentes mon espoir.
J'ose tout présumer de mon peu de savoir, Et veux, sans me flatter d'un penser trop superbe.
Faire dire à tout l'univers Qu'encore une fois l'Orne a vu naître un Malherbe , Et comme lui partout faire admirer mes ver»
POÉSIES DIVERSES. lô;