ELEGIE A UNE DAME
qui ilemandoit des vers pour une autre qu'elle galanlisoit comme sa maîtresse.
"ar quelle autorité faudra-t-il que sans cesse
Je vante dans mes vers votre belle duchesse ,
Et tâche de fléchir ce superbe vainqueur
Dont le mérite heureux: vous trouve sans rigueur ?
Parce que votre cœur depuis trois Jours soupire,
Croj'ez-vous que le mien n'ait plus rien à vous dire :
Suis-je libre depuis qu'elle a su vous charmer ?
Parce que vous aimez ai-je cessé d'aimer ? Et guéri de vos traits, insensible à tous autres, N'ai-je plus d'autres maux à plaindre que les vôtres? Ah ! ne souffré-je point encore assez de mal, Sans que je me tourmente à me faire un rival? Si c'est pour m'éprouver, l'épreuve en est bizarre; Si c'est par fantaisie, au moins est-elle rare. De vouloir me contraindre à flatter le vainqueur Qui peut-être à mes vœux dérobe votre cœur.
Mon ame toutefois , soit coutvime ou caprice. Aime mieux obéir et se faire injustice ; Votre cœur le souhaite, et le mien plein d'ennuL A beau dire qu'il est aussi pressé que lui , Pour obliger vos vœux, vos soins et vos services. Je veux qu'il fasse trêve à ses propres supplices. Et par quelle raison en seroit-il jaloux? Toujours ce ne sera que soupirer pour vous : Sous ce terme trompeur il n'est rien qu'il ne fasse; Mais las I si son travail vous obtient quelque grAce, Pour prix de tant de zèle et de tant de ferveur, Que vous disposez-vous de faire en sa faveur ? Ce qu'il faut que pour vous je fasse auprès d'une aulif , Vous pouvez pour mon cœur le faire auprès du vôtre; Pour lui dites un mot , et soudain vous verrez Que j'en dirai pour vous plus que vous ne voudrez.
Mais sans considérer ce que je me propose, Ma passion me fait promettre toute chose; Mon amour tout gagné consent à se trahir;
i6o POÉSIES DIVERSES.
Mais hélas ! en ce point comment vous obéir?
Pour vanter la beauté qui captive votre ame,
Je dirai que ses yeux sont tout remplis de flamme,
Qu'Amour y prend les traits dont il sait tout charmer,
Et qu'un glaçon près d'eux se verroit enflammer :
De son divin esprit je louerai la justesse,
L'agrément, la présence et la délicatesse,
Son courage obligeant, son naturel heureux.
Son jugement solide et son cœur généreux.
Sa conversation douce , honnête et galante.
Son humeur agréable , égale et complaisante ,
Son procédé civil et sa noble fierté.
Sa candeur, son adresse et sa grande bonté;
Puis je louerois encore une bouche adorable.
Et d'un corps si parfait la grâce incomparable ,
Tant de charmes vainqueurs et tant d'attraits si doux;
Mais où les trouve-t-on, si ce n'étoit en vous,
Et qui ne verroit bien que dans cette aventure,
J'aurois sans y penser tiré votre peinture ?
Et s'il me faut ensuite exprimer le tourment
Que cause en votre esprit un objet si charmant;
Si je lui veux parler d'un amour véritable
Qu'ait fait naître un sujet infiniment aimable;
D'un désir allumé par des appas puissans,
Nourri par la raison, augmenté par les ans;
D'une soumission et d'un respect extrême
Povir la personne aimée et pour tout ce qu'elle aime;
D'un abandonnement de son propre intérêt,
Pour se sacrifier à tout ce qui lui plaît;
Et si je veux enfin exprimer un marljrre
Qui n'eut jamais d'exemple en l'amoureux empire,
Une constance rare, une éternelle foi.
Qui ne connoîtra bien que je parle pour moi ?
Mon cœur accoutumé de languir dans vos chaînes,
Au lieu de votre mal soupireroit ses peines.
Et, se plaignant alors dessus un ton trop haut,
Feroit voir de l'amour plus qu'il ne vous en faut.
En vain donc mon amour vous promet toute chose ,
Je ne vous puis servir; mais vous en êtes cause :
Dans l'état où m'ont mis vos injustes rigueurs.
Je ne puis soupirer de légères langueurs.
Afin que vos amours s'accomtnodent aux nôtres.
Diminuez tnes maux ou redoublez les vôtres;
Ainsi, par un commerce agréable entre nous.
Ce que je vous dirai pourra servir pour vous.