ÉPITRE GALANTE A UNE DAME
qui aimoit un vieillard.
AH m s , de tant d^àmans qui sont soùs votre empire N'aurez-vous eu le choix que pour prendre le pire ?
iGa POÉSIES DIVERSES.
Vous verrai-je toujours préférer à mes soins Les vieux ans de celui que je craignois le moins, Et sur tous mes rivaux lui donner l'avantage, Parce que le plus vieux doit être le plus sage ? Outre que la sagesse est de ces qualités De qui font peu d'état maintes rares beautés. Cette vertu qui sert dans les grandes affaires N'est pas essentielle aux amoureux mystères : Si rage nous apporte un don si précieux, Il en ôte à l'Amour qui lui servent bien mieux, Et c'est en ce sujet qu'aux âmes fortunées La valeur n'attend pas le nombre des années. Par ce libre discours, peut-être croirez-vous Qu'animé de dépit je vous parle en jaloux? Je ne sais pas, Philis , ce qu'il en peut paroître; Mais je sais bien qu'au moins je ne devrois pas l'clre. Et je maintiens, s'il faut que ce soit un des deux, Que c'est aux soixante ans , plutôt qu'aux vingt et deux ; Car enfin, quelque soin qu'il prenne pour vous plaire. Ses rides en défont plus qu'il n'en sauroit faire, Et, quoiqu'il puisse dire au mépris de ma foi, La nature et ses lois vous parleront pour moi. Et, sans vous déclarer ingrate et criminelle. Vous ne pouvez, Philis, vous déclarer contre elle. Après les ornemens, les grâces, les bienfaits Et les rares présens que sa main vous a faits. L'écouter, c'est commettre un inceste en fleurette; Car que vous peut conter sa vieillesse coquette,
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Que ces mêmes propos, dont, durant ses beaux jours,
Peut-être à votre aïevde il contoit ses amours ?
Que vous peut-il offrir qui convienne à vos charmes,
N'ayant que de vieux soins et que de vieilles larmes,
Que des respects ternis, que des soupirs passés.
Et qui pis est pour lui , que des désirs cassés ?
Ah ! considérez mieux le tort que vous vous faites :
Il lira vos poulets avecque des lunettes.
Et ne voyez-vous pas que déjà ses vieux ans
A sa prudence même ont fait perdre le sens?
Peut-il mieux radoter que montrer qu'il espère
Vous aimer but à but, comme je pourrois faire?
Passe encor s'il tàchoit,par de riclies présens.
Par des dons excessifs, solides et présens,
De vous faire trouver, dans sa riche vieillesse,
Ce qu'on ne trouve guère avec de la jeunesse :
Je demeure d'accord que ce seroit en vain ;
Mais je condamnerois un peu moins son dessein;
Car votre sexe enfin n'est pas si difficile.
Qu'il n'en soit dans la cour, qu'il n'en soit dans la ville
Qui sauroient, entre un nombre infini de chalans.
De sa galanterie acheter des galans ,
Et changer les bijoux d'un vieillard incommode.
En d'autres qui pourroient être plus à la mode ;
Mais c'est tout autre chose : il aime, il a du bien ,
Il peut et doit donner; mais il ne donne rien,
Et quand votre dessein ne seroit pas tout autre.
Son avarice peut me venger de la vôtre.
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Je sais que votre cœur est grand et généreux;
Mais tout cela se dit d'un vieillax-d amoureux;
Toujours la raillerie en ces sujets s'exerce ,
Et l'on rit des motifs d'un semblable commerce.
Aveugle qu'est l'Amour, on présume aujourd'hui
Qu'il aime la Fortune, aveugle comme lui.
Et qu'en ces derniers temps, sujet à l'avarice.
Du monde vieillissant il contracte le vice.
Pour moi j'en saurai bien juger plus sainement ;
Mais tous n'en auront pas un même sentiment.
Hors ce seul déplaisir je n'ai rien qui me touche :
Ma passion se lève et la sienne se couche.
Comblez-le de faveurs; pourquoi m'en émouvoir ?
Il m'en laissera plus qu'il n'en peut recevoir.
Et je puis mieux que lui trouver auti'e aventure ;
Mais pour vous témoigner qu'en cette conjoncture
Votre seul intérêt me fait parler ainsi ,
ÎH'e m'aimez point, Philia , à quarante ans d'ici.