ÉPITRE A UNE DAME
±v I s Q u ' E K dépit de la perruque Qui couvre le haut de ma nuque,
POÉSIES DIVERSES. i(n
Vous me trouvez assez bien fait
Pour eu faire un amant parfait,
Pliilis, je veux avec franchise
Vous dire combien je me prise.
Pour voir si pourrez m'accorder
Ce que je veux vous demander.
Surtout, ma divine maîtresse.
Assurez-vous de mon adresse ;
Que j'ai beaucoup d'affection ,
De zèle et de discrétion;
Que je suis bon, plein de souplesse,
Et, quoique Normand, sans finesse;
Mêmes, ô prodige! rimeur,
Et jamais de mauvaise humeur.
Peut-être qu'en galanterie
Je n'ai pas fort grande industrie;
Mais sous vos lois je m'instruirai ,
Ou jamais rien je n'y saurai.
Or, avec vous parler de gage
Il m'est honteux; car mon servage
Est un honneur dont , sur ma foi ,
On pourroit satisfaire un roi ;
Mais gratis vous offrir service ,
Ce seroit vous faire injustice :
Votre esprit est trop généreux
Pour vouloir d'un cœur amoureux.
Souffrant tourmens, flammes et chaînes.
Sans raijson retenir les peines :
iGG POESIES DIVERSES.
C'est un métier que , sans mentir.
On ne fait qu'avec repentir.
Donc , puisque dans cet esclavage Vous souhaitez que je m'engage.
En quatre mots , sans barguigner , Voici ce que je veux gagner.
Tandis que , sans vous l'oser dire , Vous verrez naître mon martyre , Vous disposerez votre cœur A se défaire de rigueur.
Après, lorsque de mes souffrances Vous aurez quelques assurances, Pourrez-vous à mon amitié Donner moins qu'un peu de pitié ?
Pour bien jouer mon personnage Il me faudra faire équipage.
Acheter mille inventions.
De fortes résolutions , 3Ie fournir de persévérance.
De doux propos, de complaisance:
Jugez si l'on en peut avoir A moins de deux onces d'espoir.
Quelquefois , sous une fenêtre, Transi, l'on me verra paroître.
Par un triste et tremblant aspect Témoigner mon profond respect ; Chez vous mon amour me conduire; Heurter, puis n'oser me produire,
Et je ne veux, en cette part.
De vos beaux yeux qu'un doux regard.
En même temps viendront les veilles, Des douleurs qui sont sans pareilles.
De longs évanouissemens, De lugubres géniissemens , Et peut-être de maladie Je verrai ma face enlaidie :
Croirai-je alors que d'un baiser Vous me voulussiez refuser ?
Vous savez bien, dans une absence, Ce qu'on souffre de violence , Que les véritables amans îf'ont point de plus nides tourmens :
Pour diminuer ce martyre Vous prendrez le soin de m'écrire.
Et, comme dans l'art de rimer Amour m'apprend à m'escrimer, Sur cet article, ce me semble, >'ous aurions grands contes ensemble ; Partant, Philis, dès aujourd'hui Accordons-nous sur icelui.
Pour une douzaine de stances Pleines de grandes doléances.
Vous me laisserez , sur le soir.
Couler la main sous le mouchoir.
Vous récompenserez une ode De quelque occasion commode ,
iG8 POÉSIES DIVERSES.
Pour vous assurer de mes vœux ; Deux chansons, d'un nœud de cheveux; Maints rondeaux, de maints « je vous aime » Ou de quelque chose de même.
J'aurai de vous, pour un sonnet.
Un rendez-vous au' Buissonnet; De vos beautés, pour élégie, L'original ou la copie; Vous me ferez pour un dixain Baiser votre très-blanche main; J'aurai quelque faveur grotesque Pour prix d'une épitre burlesque; Dans un discernement égal Vous traiterez un madrigal ; Qu'un petit mot de confidence Soit d'un quatrain reconnoissance; Même ne souffrirez qu'en vain Je vous présente un seul deuxain; Bref, selon l'ouvrage et la peine , Vous ferez état de ma veine, Et je vous laisse à supputer Où somme toute peut monter.
* Un lieu de promenade.
STANCES
»ur un dégagement.
VJOMME un feu qui s'éteint faute de nourriture, Faute d'espoir enfin s'est éteint mon amour; Mais tant qu'il put durer, sa flamme claire et pure Brilla comme à midi brille l'astre du jour.
Du juste et vain regret de vous avoir aimée,
S'il s'allume en mon cœur quelque secret courroux.
Du feu de ce courroux la plus noire fumée
Ne noircit point un nom qui m'est encor si doux.
J'ai pu me repentir, comme j'ai dû le faire; iMais sans murmure enfin je me suis retiré, Sans blasphémer les Dieux, auteurs de ma misère, Ni profaner l'autel que j'ai tant adoré.
Même en vous déclarant que votre orgueil me chasse, Tout outré que je suis des maux que j'ai soufferts, Je ne vous reviens point montrer avec audace Un captif insolent d'avoir brisé ses fers.
j:» POl^SIES DIVERSES.
Sans vous rien reprocher de mes peines souffertes, 11 me plaît seulement de m'en entretenir: Le nocher, dans le port, consolé de ses pertes, Des plus affreux périls aime le souvenir.
Je sais de vos appas la divine puissance; Mais de quelques appas qu'on puisse être charmé. Qui peut toujours servir sans nulle récompense? Qui peut toujours aimer et n'être point aimé ?
Je vous aimois, OljTiipe, et d'une amour si forte, Que ma raison séduite en vain montre à mon cœur Que de votre prison elle a rompu la porte, Tant ce cœur insensé s'aimoit dans sa langueur!
Triomphez-en , cruelle ; au moment que je songe Combien fut vain l'espoir par qui je fus surpris, Ce malheureux voudroit qu'un si plaisant mensonge Put encore abuser mes crédules esprits.
Mais je vois son erreur et je sais qui m'anime , l£t je sais encor mieux qu'au dessein que je fais. Quand la rébellion peut être légitime, Avecque son tyran il ne faut point de paix.
Cesse donc, vain effort de mon ame insensée,
Repentir d'un dessein sagement entrepris;
Tiens seul, viens pour jamais occuper ma pensée.
Digne ressentiment d'un indigne mépris.
Que la douleur passée est douce à la mémoire î Et qu'on doit dans son sort trouver peu de rigueur. Quand on a pu jouir d'une juste victoire, D'être du moins sauvé des chaînes du vainqueur.
WX*'V*WXWXV%/XVWWWWV'VXW\VWX
STANCES