‹ Poésies de SegraisChapitre 3 sur 92 · XIV ESSAI · texte numérisé non relu

XIV ESSAI

du moins conserver leur génie ; mais les Italiens , trop éloignes par l'esprit et les mœurs , de la simplicité antique , pour en sentir tout le prix , voulurent aller au-delà des limites sagement trace'es par les maîtres , et malheureusement ils entraînèrent dans leurs écarts la plupart des nations modernes , parce que , sortis les premiers de l'épaisse nuit du moyen âge , ils répandirent subitement un e'clat dont le reste de l'Europe , encore plonge' dans les ténèbres , fut e'bloui. C'est donc sur les Italiens que doit tomber le reproche d'avoir dégrade' la pastorale ; ce furent eux qui substituèrent aux peintures naïves des occupations et des mœurs des bergers , une espèce de me'taphysique amoureuse , des dissertations sentimentales, des Madrigaux spirituels, enfin tout l'attirail de la galanterie , c'est-à-dire des pense'es fausses et un style fade et doucereux. Jadis les bergers s'entretenaient de leurs troupeaux , de leurs laitages et des objets que la saison offrait à leurs regards : si parfois ils racontaient leurs amours , im sentiment vrai donnait de l'inte'ret à leurs récits ; jamais ils n'exage'raient ni leur bonheur ni leurs souffrances : chez les Italiens au contraire, tous les bergers sont autant de Ge'ladons qui ne parlent que de leur martyre , de leurs feux , de leurs cliaîncs , qui passent les jours à soupirer

SUR LES POETES BUCOLIQIES. xy

au fond d'une grotte , an lion de conduire les troupeaux au fleuve ou de traire le lait des brebis. Cette ridicule manie , dont on les a gratifies en dépit de la nature , répand dans leurs discours beaucoup d'invraisemblance , et encore plus de monotonie et de froideur. JN'aimerait - on pas cent fois mieux un pâtre qui se fait tirer une e'pine du pied par un de ses compagnons , comme dans la quatrième Idylle de Theocrite, que ces langoureux et insipides pastoureaux toujours en contemplation devant les perfections de leur bergère , et très-peu soucieux de voir si le loup ne profite point de leur sottise.

Ces re'flexions, applicables en gene'ral à lapoe'sie Bucolique chez les Italiens , ne sont pas rigoureusement vraies par rapport à chacun des auteurs en particulier. On rencontre là comme ailleurs trop de varie'té dans les caractères , et par suite dans les ouvrages , pour les soumettre tous au même jugement : nous allons donc essayer de découvrir les nuances propres à chaque écrivain , autrement nous n'aurions qu'une idée imparfaite de leurs beautés et de leurs défauts.

Dès le XlVe. siècle, Pétrarque publia des cdoçues Latines écrites d'un stvle obscur et barbare, (quoique admirable , si on le compare au jargon scolastique répandu de son temps.

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