‹ Poésies de SegraisChapitre 4 sur 92 · XV. ESSAI · texte numérisé non relu

XV. ESSAI

Vers la fin tlii siècle suivant, le Platonicien Gii'olamo Benivieni , l'un des restaurateurs de la poésie Italienne , Jacopo' Fiorino de' Boninsegni , Antonio Tebaldeo , Diomede Guidalotto, etc. , s'exercèrent avec quelque succès dans la poésie Bucolique. Baldassar Castiglione , habile politique , guerrier courageux et bon écrivain pour le temps , composa , au commencement du X.VI«. siècle, des stances pastorales dont les auteurs Grecs et Latins lui fournirent les principales idées. Il eût fait sagement de se contenter de les reproduire , sans les e'tendre et sans y mêler les siennes : par -là il eût e'vitë l'affectation et la diffusion communes à la plupart des productions que nous allons examiner, on pourrait presque dire à tous les auteurs Italiens. Ce double défaut tient au génie et à la langue de la nation. Chez un peuple vif et passionne , les c'carts doivent être fre'quens , parce que l'imagination saisit des rapports singuliers entre les objets les plus disparates ; et une langue à inversions , qui peut se passer de la rime , qui permet au poëte de tronquer ou d'allonger les mots selon le besoin du vers, qui se prête enfin avec souplesse à tous les caprices de l'imagination , favorise e'videmment une stérile fécondité. Siuis sortir du sujet qui iious occupe , on en

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trouverait facilement la preuve dans une foule tle poètes Bucoliques Italiens que leur me'diocrité n'a pas enipcche d'aCtj[ucrir quelque réputation dans leur patrie ; mais quel serait le fruit de cette tâche ennuyeuse et pénible ? Laissons les Arsocchi , les Sërafino , les Baldi , les Tansillo et mille autres jouir de leur obscurité' , et rappelons seulement des noms dont la gloire s'est étendue et se conserve encore hors de l'Italie. Le premier qui se pre'sente est Sannazar , auquel on doit attribuer , sinon l'invention , du moins la vogue passagère de cette espèce d'ëglogue qui met en scène des pécheurs k la place des bergers. Il est possible que The'ocrite ait suggéré cette ide'e aux Italiens ; mais n'e'tait-ce pas méconnaître le ve'ritable caractère de la pastorale, qui consiste à reposer l'imagination fatiguée des agitations des villes , par le spectacle d'une vie exempte de troubles , d'inquiétudes , et de cette foule d'intérêts et de passions qui assiègent incessamment les hommes , et leur présentent à chaque pas de nouvelles illusions , sans jamais les conduire au bonheur ? Les Idylles de Théocrite et les églogues de Yii'gile remplissaient parfaitement ce but. La vie paisible des bergers , la naïve simplicité de leurs mœurs , la douceur de leurs passions , leurs petites rivalités , leurs joyeux combats , tout

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cela présentait à l'aine des tableaux sur lesquels elle aime à se reposer. A ce fond déjà si riant , le lieu de la scène ajoutait encore un nouveau charme ; mais dans les églogues marines , si Ton peut leur dpnner ce nom , l'enchantement a disparu. La vie des pêcheurs entraîne l'idée du travail et de la misère : le spectacle tour à tour monotone ou effrayant d'une mer immobile , ou des Ilots soulevés par la tempête , attriste l'imagination , et l'on ne peut, sans invraisemblance , supposer une grande aménité de mœurs à des hommes qui n'ont que des occupations grossières et pénibles : il est d'ailleurs plus agréable , ainsi que le remarque ingénieusement Fontenelle , d'envoyer à sa maîtresse des fleurs ou des fruits, que des huîtres à l'écaillé. Sannazar manqua donc de goût en s'écartant du chemin tracé par Théocrite et Virgile ; il en manqua davantage encore en ne mettant dans labouchede ses pécheurs qu'un verbiage commun, invraisemblable , quelquefois maniéré, et toujours dépourvu d'intérêt. Si l'on peut trouver quelque mérite dans ses églogues Latines , c'est qu'elles sont écrites avec une pureté capable de leur donner beaucoup de vogue dans un siècle où les Italiens cultivaient la langue Latine de préférence à leur langue maternelle. Le style de Sannazar

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était compare à celui de Virgile ; tous les savans lui prodiguaient une admiration outre'e ; et , parce qu'après avoir passe' des années entières à polir laborieusement quelques vers froids et vides de pense'es , il parvenait à les purger de toute expression inusite'e dans le siècle d'Auguste, il se fit une réputation colossale qu'on a de lapeine à comprendre aujourd'hui.

Mais c'est moins par l'ouvrage dont nous venons de pai'ler , que par son Jrcadie , qu'il faut juger du talent de Sannazar pour la poésie pastorale. L'auteur feint qu'il voyage dans TArcadie j il raconte en douze morceaux do prose , à la suite de chacun desquels vient une e'glogue , ce qui le frappe dans le pays qu'il visite , les mœurs des bergers , leurs plaisirs , leurs fêtes , et leurs innocens combats , et leur tranquille félicite. Ce cadre pouvait avoir le double avantage d'admettre toute sorte de sujets et de conserver, au milieu d'une variété' piquante, un me'rite e'galement pre'cieux , l'unité' ; mais il eût fallu de l'invention , de l'originalité' , une certaine e'tendue dans les ide'es , pour distribuer les diverses parties du plan , et l'on ne trouve rien de tout cela dans Sannazar. Il semble convaincu qu'il suffit de dire, dans une longue amplification, qu'un lieu est enchanteur , pour le rendre tel en

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